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Tous les diamants du ciel, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Tous les diamants du ciel, 22 août 2012, 256 p. 20 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

D’abord le style. La langue de Claro emporte tout sur son passage. C’est une déferlante d’images, de formules. Il y a quelque chose d’éminemment musical, mais aussi une scansion, une incantation, comme si Claro plaidait une cause. Quelle cause ? Celle de la littérature qui invente et réinvente le langage, qui sculpte les mots, joue avec, et qui nous étourdit.

Comme Claro le dit lui-même (voir interview), il ne veut pas seulement proposer une lecture, il veut aussi faire vivre une expérience au lecteur. Il le transporte dans un monde, son monde. L’un de ses sujets est le LSD et il donne l’impression d’avoir écrit un livre « sous » LSD. Il y a quelque chose de très expérimental dans le livre, mais l’expérimentation ne prend pas le pas sur la compréhension, le sens du récit, le rythme. Rien n’est gratuit. Les belles phrases ne sont pas seulement là pour être belles mais sont toujours au service de l’histoire. Et quelle histoire !

Tous les diamants du ciel commence là où le précédent ouvrage de l’auteur, CosmoZ, s’achevait. Le début des années 50. Claro retrace l’histoire d’un monde, en l’occurrence celui des Trente Glorieuses : il sera question de la Guerre d’Algérie, de la bombe atomique, de la CIA, de la guerre froide, du péril rouge, de la libération sexuelle, de la conquête de la lune…

La table des autres, Michael Ondaatje

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 27 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire, Canada anglophone

La table des autres, 23 Août 2012, 256 p. traduction Michel Lederer, 22 € . Ecrivain(s): Michael Ondaatje Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Et quoiqu’il ait existé un paquebot nommé Oronsay (il y en a eu plusieurs Oronsay), le navire dans le roman est un produit de l’imagination ».

C’est en partie une question d’immigration. Il y a un navire. Un navire qui quitte Colombo en 1954. Des stewards qui accueillent ceux qui embarquent. Et peut-être sur le pont, comme dans les films, des gens qui jettent des derniers regards vers le port et agitent les bras vers ceux rester à terre.

C’est surtout un livre d’aventures. « Le sommeil est une prison pour un garçon qui a des amis à voir. Nous attendions la nuit avec impatience et étions debout avant que le jour se lève au-dessus du bateau. Nous mourions d’envie de continuer à explorer cet univers ». Une aventure qui occupe trois semaines de ballotements entre deux mondes. Le Sri Lanka d’un côté. L’Angleterre de l’autre. Entre l’océan indien. La canal de Suez. Les côtes du Moyen Orient. La Méditerranée.

Le garçon s’appelle Michael. Il quitte une famille qui n’est pas vraiment la sienne pour rejoindre une mère qu’il a quittée quatre ans auparavant. Il a onze ans. En embarquant il préfère s’isoler dans sa cabine plutôt que d’observer sa terre natale de la hauteur du pont.

Avez-vous l'adresse du paradis ?, François Bott

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

Avez-vous l’adresse du paradis ? 115 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): François Bott Edition: Le Cherche-Midi

 

Une vie peut en cacher une autre, comme ces matriochkas qui s’emboîtent, jusqu’au cœur, personnages banals, pour certains personnages d’ennui, qui s’ennuient :

« Elle aussi semblait considérer la révolution comme des grandes vacances, comme une distraction passagère de l’Histoire, une manière agréable de tuer les journées » (p.34),

« A l’hôtel Ibis, la chambre de Gatsby restait allumée très tard. Avant de s’endormir, il écrivait encore à quelques amis. Il terminait ses lettres par ces mots énigmatiques : « Avez-vous l’adresse du paradis ? » » (p.69).

Y a-t-il place pour autre chose, que ces morts ou ces ennuis profonds comme des tombeaux, sans histoire :

« Nos morts, disait-il, survivent à nos crochets » (p.92), que ces histoires d’amour qui se sabordent d’elles-mêmes : « Elle goûtait sans doute le charme des amours éphémères, le pathétique et la magie des dernières rencontres » (p.98). Somme toute, le destin joue les personnages, la vie n’est qu’une suite d’alternatives avec une marge de manœuvre infime.

La sagesse du nomade, Bruce Chatwin

Ecrit par Benoit Laureau , le Samedi, 04 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Grasset, Correspondance

La Sagesse du nomade (Under the sun), Lettres éditées par Elisabeth Chatwin et Nicholas Shakespeare, trad. anglais par Jacques Chabert, 537 p. 22 € . Ecrivain(s): Bruce Charles Chatwin Edition: Grasset

Le nomadisme n’est pas un archaïsme

Plus de vingt ans après la mort de l’écrivain Bruce Chatwin, sa femme Elizabeth Chatwin et son biographe anglais Nicholas Shakespeare ont réuni une grande partie de sa correspondance. Des premières lettres écrites à ses parents, à l’âge de 8 ans, du collège Old Hall (Shropshire), à celles dictées à Elizabeth alors qu’il est alité à Homer End, affaibli par le VIH, l’ensemble épistolaire de La Sagesse du nomade révèle l’intimité riche d’un homme généreux et impulsif.

Bruce Chatwin souffre d’une étrange maladie au nom très évocateur de « restlessness » et dont la traduction semble impossible tant ce terme contient de significations dans l’esprit de l’écrivain. Bougeotte pourrait être le terme le plus approprié. Depuis En Patagonie, ses voyages irriguent ses récits et réciproquement ses travaux d’écriture sont de constantes occasions de voyager, « pour vérifier » dit-il. Le collectionneur et marchand d’art John Kasmin dit de lui que son « plus gros problème était où être. Il ne savait jamais où être. C’était toujours ailleurs ». Son seul rejet de l’Angleterre, ce « tombeau vert », où il habite officiellement, le pousse à travailler ailleurs, dans un village du sud de la France, en Espagne, en Grèce ou en Inde…

Mapuche, Caryl Férey

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 04 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Roman, Série Noire (Gallimard)

Mapuche, 458 p. 19,90 €. Avril 2012 . Ecrivain(s): Caryl Férey Edition: Série Noire (Gallimard)

Mapuche, c’est avant tout l’histoire de la rencontre à Buenos Aires entre Jana, jeune sculptrice mapuche à l’histoire dramatiquement banale, de l’exil à la prostitution, jusqu’à ce qu’elle commence à s’accomplir en tant qu’artiste et en portant fièrement ses origines, et Rubén, détective rescapé de la dictature aujourd’hui au service des mères de la place de Mai. La disparition de Luz, ami travesti de Jana, et celle de Maria Victoria Campallo, jeune photographe fille d’une puissante famille portègne, vont faire se croiser ces deux personnages et leurs lourds passés respectifs et les entraîner dans une périlleuse enquête où ils vont pouvoir mesurer combien ils sont liés mais aussi combien les anciens tortionnaires bénéficient encore d’un énorme pouvoir.

 

Caryl Férey nous avait plutôt séduit avec Zulu ou encore La jambe gauche de Joe Strummer. On attendait donc avec intérêt son nouveau roman dont on savait depuis quelques années qu’il aurait pour cadre l’Argentine.

Peut-être en attendait-on trop.