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La Une Livres

Discordance, Anna Jörgensdotter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays nordiques, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Discordance, août 2012. Trad suédois Martine Desbureaux. 535 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anna Jörgensdotter Edition: Jean-Claude Lattès

 

Discordance est un roman de femme. Allons bon, c’est bien la peine d’écrire un article pour dire ça, tout le monde l’a bien vu. C’est pourtant un roman de femme. Un roman qui dit d’une femme et sur les femmes ce qu’aucun homme ne pourrait ni dire ni sentir ni vivre.

On est en Suède, sur deux décennies. 1938-1958. On commence fort : la maison de Melle Filipsson brûle. Avec Melle Filipsson dedans !

« C’est Edwin qui a sorti le cadavre, il le sait. Svarten le lui a dit quand il est arrivé. Le corps était carbonisé, et lui, Edwin, avait posé son blouson de cuir sur son visage à elle, Malva Filipsson. Ca a dû être horrible. »

Cet incendie peut être entendu comme une métaphore du livre qui suit : des femmes vouées aux flammes. Ce n’est plus le bûcher des sorcières mais celui de la vie qui leur est promise. Cent fois damnées sur terre : Enfance de servantes familiales, adolescence de proies sexuelles, mariages plus ou moins voulus, vie de domestique, vieillesse (rare) de solitude. Et les enfantements terribles, douloureux et souvent mortels :

Rien, Janne Teller

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays nordiques, Jeunesse, Les grandes personnes

Rien, juin 2012, 137 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Janne Teller Edition: Les grandes personnes

 

Qui n’a jamais réfléchi au sens du mot « Rien », chez lui au fond de son lit, ou, plus vraisemblablement assis, somnolent près de la fenêtre d’une salle de classe ? Qui n’a jamais cru, face à l’incompréhension des autres ou la sienne propre, que la vie n’avait aucun sens et qu’il n’était donc d’aucune utilité d’agir en quoi que ce soit ? Mais qui a eu, à l’instar de Pierre Anthon, élève en 4e, le courage de grimper dans un prunier et d’y élire domicile ad vitam aeternam, parce que de toute façon « tout commence pour finir » ?

Rien, de Janne Teller, est un OVNI dans le paysage de la littérature jeunesse. Pas simplement parce qu’il propose au lecteur une réflexion philosophique, voire métaphysique, sur le destin de l’humanité et son absurdité ; pas seulement parce qu’il offre une vision désabusée des événements historiques de notre siècle, mais surtout parce qu’il est loin de l’image enchanteresse d’une jeunesse optimiste et pleine d’aspirations. Pierre Anthon, perché dans son arbre comme d’aucuns prêchaient du fond d’un tonneau, lance des imprécations, prédit la chute de tout, crie l’absence de vérité et dresse le tableau d’adolescents perdus dans un maelstrom qui les dépasse.

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, Luis Sepulveda

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Métailié, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, illustré par Miles Hyman, Seuil Jeunesse & Métailié, 23 août 2012. 112 p. 25 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Seuil Jeunesse

Encore un très beau collector en série limitée, pour fêter les 20 ans de Seuil Jeunesse, en collaboration avec les Éditions Métailié qui ont publié Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, pour la première fois, en 1996. On connaît le talent de conteur de Sepúlveda, et quand ce talent est mis au service des enfants, fidèle à lui-même, cela donne une fable intelligente, écologiste, drôle et poétique qui plaît autant aux petits qu’aux grands. On y parle d’amitié, de courage, de confiance, d’entraide et de l’amour de l’autre dans sa différence.

Avec une couverture en toile sérigraphiée et un tiré à part, le tout est présenté dans une pochette transparente fermée par un autocollant signé Muzo. Un écrin à la hauteur, pour cette nouvelle édition grand format, avec de très belles illustrations de Miles Hyman.

Zorbas, est un bon gros chat noir heureux, qui a une belle vie, depuis qu’un jeune garçon l’a sauvé, tout petit, du bec d’un pélican pas très futé. Quand son jeune maître s’apprête à partir en vacances pour deux mois, Zorbas sait qu’il va pouvoir lui aussi profiter d’un temps rien que pour lui, car tout est parfaitement organisé pour son confort : logis, nourriture, et la liberté d’aller et venir comme bon lui semble.

Le couvre-feu d'octobre, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Dimanche, 16 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, L'Arpenteur (Gallimard)

Le couvre-feu d’octobre, 30 août 2012, 386 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

C’est un premier roman, et il faut signer ce prime aveu : c’est largement réussi.

Trois personnages, Octavio, son frère aîné, jamais nommé dans le texte du roman, et Judith, tous trois originaires d’Oran, occupent l’intrigue. Octavio, durant sa jeunesse oranaise, a nourri une profonde passion pour Judith, fasciné par les origines juives de cette dernière, l’assimilant, dans sa condition, aux indigènes, aux Algériens musulmans. Pourtant, c’est son frère aîné qui épouse Judith.

Octavio se rend en France en 1955 pour y poursuivre des études universitaires. Deux ans plus tard en 1957, le couple s’installe aussi en métropole.

Octavio rencontre alors, dans les milieux estudiantins parisiens, des sympathisants communistes. Il se lie avec Denis, proche de cette mouvance politique, mais s’en éloigne assez vite, rebuté par sa tiédeur et son incompréhension des aspirations du peuple algérien à l’indépendance. Ultérieurement, il est mis en contact, par l’intermédiaire d’un mystérieux Egyptien, avec une cellule du FLN.

Commence alors l’initiation : les techniques pour échapper aux filatures policières, les localisations de planques, les rendez-vous secrets. Après cette mise à l’épreuve, Octavio transporte des armes, des « valises », dont la dangerosité du contenu est évidente.

Les apparences, Gillian Flynn

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Samedi, 15 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, La rentrée littéraire, Sonatine

Les Apparences (Gone Girl), trad. USA Héloïse Esquié, août 2012, 22 € . Ecrivain(s): Gillian Flynn Edition: Sonatine

 

Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy Elliott Dune disparaît et tout laisse à croire qu’elle n’est pas partie volontairement.

Jusqu’à leur arrivée dans la ville natale de Nick, dans le Missouri, terre de Mark Twain (près d’Hannibal) où Nick jouait à Huck, Nick Dune et Amy formaient un couple parfait. Nick était journaliste et Amy écrivait des tests psychologiques de personnalité pour la presse féminine.

Amy est une légende de l’ombre : ses parents, tous deux psys, l’ont prise pour modèle (et l’ont modelée) pour une série de livres éducatifs, L’Epatante Amy. Avec le temps, cette belle et intelligente jeune femme  est devenue la personnification du cliché « les hommes la veulent, et les femmes veulent être elle ». Mais Amy est aussi victime de la crise qui frappe le monde à la fin des années 2000 et perd son travail, doit aider financièrement ses parents (le livre Amy n’est plus aussi épatant), et lorsque la mère de Nick tombe gravement malade, ils quittent leur appartement huppé de Manhattan et descendent l’échelle sociale, direction le Missouri. « Nous faisions littéralement l’expérience de la fin d’un mode de vie… »