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Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, Amara Lakhous

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 05 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Italie, Babel (Actes Sud)

Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, trad. de l’italien par Elise Gruau, Mai 2012, 7 € . Ecrivain(s): Amara Lakhous Edition: Babel (Actes Sud)

Petit livre roboratif, au goût doux amer d’un excellent cappuccino : « je suis un adepte de la triade, cappuccino, croissant, Corriere della sera ; j’ai besoin du cappuccino comme la voiture, de l’essence ». Pas de doutes, on est bien en Italie, à Rome (l’Italie, ou un pays en soi ?), quartier de Termini. Piazza Vittorio. Multi ethnique, le coin, dirait le sociologue ; vieil immeuble sonore ; un ascenseur, comme nœud de l’histoire : « il y a ceux qui veulent mettre l’air conditionné en été, le chauffage en hiver ; ceux qui proposent d’accrocher un crucifix, la photo du pape ; ceux au contraire qui revendiquent un ascenseur laïque, sans aucun symbole religieux ».

Serait-on parti pour un « au théâtre sur ma place, ce matin, ce midi, ce soir » ? Jactant comme un distrayant Feydeau, un soir d’été, alors que passeraient ces petits martinets piailleurs qui sonorisent le ciel romain ? Personnages parlant fort, vérités propres à tout un chacun, émotion populaire arrosant le tout… il y a de ça ! Un habitant, louche, pas des plus sympa, se laissant nommer « le gladiateur », « pissant dans l’ascenseur sans vergogne », en s’arrangeant pour accuser la caniche de la voisine (« vergogna !! », comme on dit là bas)… est assassiné. Le suspect numéro 1, un Amadéo, disparaît. Chacun y va de « sa » vérité, et lui, depuis « sa » disparition, de ses hurlements numérotés, comme autant de pas dans un drame à l’antique.

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, David Le Breton

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 05 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Essais, Récits, Métailié

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, avril 2012, 176 p. 9 € . Ecrivain(s): David Le Breton Edition: Métailié

 

Que vous aimiez partir du côté de Guermantes ou randonner sur les crêtes montagneuses, contempler un lac ou arpenter les ruelles d’un centre-ville, amis marcheurs, ce livre est pour vous. Avec la finesse et la rigueur qu’on lui connaît, David Le Breton reprend la réflexion sur la marche qu’il avait entamée il y a dix ans. Si cet ouvrage ne renouvelle pas fondamentalement la question, il apporte une vision synthétique et une profusion de références qui témoignent de la vivacité et de l’évolution du phénomène. Etrangement, cet Eloge des chemins et de la lenteur donne l’impression d’une profondeur, marquée pas après pas. L’écriture fluide et précise figure ce chemin sur lequel l’auteur nous entraîne, à la suite de ces nombreux marcheurs, témoins, écrivains ou philosophes qui apportent leurs éclairages divers à l’ouvrage : « un chemin est une proposition, bien entendu une orientation ou une direction », une « tension vers un au-delà que chaque pas repousse plus loin ». Explication d’aspects surprenants et micro-récits se succèdent en parallèle à l’analyse d’ensemble menée par David Le Breton.

Grand-père avait un éléphant, Vaikom Muhammad Basheer

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 04 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Roman, Zulma

Grand-père avait un éléphant, trad. du malayalam par Dominique Vitalyos, 2005, 136 p. . Ecrivain(s): Vaikom Muhammad Basheer Edition: Zulma

Comment est le monde selon Kounnioupattouma, la fille de la fille chérie d’Anamakkar ?

Kounnioupattouma voit tout en rose, y compris les éléphants, surtout celui de son grand-père.

En effet, lui répète-t-on à longueur de jour, son grand-père avait un éléphant ! Et pas un petit, un maigre, un efflanqué ! Non, le plus grand, le plus fort et le plus beau des éléphants : un mâle gigantesque avec de grandes défenses, qui avait tué pas moins de quatre de ses cornacs, des kafir, évidemment.

Kounnioupattouma, enfant de sucre, ornée des plus précieux bijoux, grandit sur un piédestal, symbole vivant de la réussite sociale de ses parents, au milieu de sa maison, qu’elle ne quitte quasiment jamais, parée dans l’attente du mariage que ses parents arrangeront pour elle avec un jeune homme de son rang et de sa communauté avant d’accomplir leur pèlerinage du Hadj.

Toutes les femmes qui étaient déjà venues l’examiner croulaient sous l’or. Toutes des maîtresses de grandes maisons… Certaines lui avaient ouvert la bouche pour regarder à l’intérieur si elle avait toutes ses dents…

Kounnioupattouma n’avait pas une seule dent gâtée…

Homer & Langley, Edgar Laurence Doctorow

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Actes Sud

Homer & Langley. Trad USA Christine Le Bœuf 2012. 229 p. 22 €. . Ecrivain(s): Edgar Laurence Doctorow Edition: Actes Sud

Ce livre nous offre une épopée picaresque. Déjantée, stupéfiante, drôle et terrible ! Quand on lit cette introduction, on s’attend naturellement à la recension d’un grand roman d’aventure, parsemé d’événements étonnants voire fabuleux, qui nous mènerait à travers des contrées lointaines et improbables, en compagnie de personnages plus colorés les uns que les autres. Point du tout.

Les héros de ce roman sont deux frères, Homer et Langley Collyer. Fils d’une famille de la moyenne bourgeoisie new-yorkaise, ils ont perdu leurs parents très tôt, morts de la grippe espagnole qui ravagea le monde occidental en 1918. Ils ont reçu en héritage de leurs parents un beau compte en banque et, surtout, un beau et grand appartement en plein cœur de la 5ème avenue à New York ! Et c’est là, dans ce fabuleux terrain d’aventure de quelques centaines de mètres carrés, avec un tout petit bout de jardin, que Doctorow va déployer une véritable saga du XXème siècle, déroulée du tout début du siècle jusqu’à pratiquement sa fin. Là et pas ailleurs. Avec deux héros pathologiquement casaniers et pour qui le tour du bloc d’immeubles est déjà une expédition.

Homer est le narrateur.  La chose en soi est peu commune car Homer est … aveugle. Ordonner une narration minutieuse à partir d’un narrateur aveugle produit un récit époustouflant de proximité des choses et des gens.

La note secrète, Marta Morazzoni

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 01 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, Italie

La note secrète, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 301 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

 

Mais quelle est donc cette note secrète qui donne son titre au roman de Marta Morazzoni ? On l’attend, on l’entend presque mais toujours moderato. S’agit-il des voix magnifiques, contralto et soprano, de ces deux religieuses, qui s’entremêlent ? Note d’entente, note surgie – ou issue – du violoncelle à la corde cassée de sœur Rosalba, dans ce couvent où les voix naguère déployées à l’église, se sont tues ? Sœur Rosalba forme la voix d’une toute jeune nonne, Paola, de ses treize à ses dix-sept ans. Leurs voix s’entrelacent sur le Stabat mater de Pergolèse, derrière une grille ou protégées par un long voile lors des cérémonies. Seulement reliées au monde par le chant, les nonnes en révèlent plus sur elles que ne le souhaiterait la redoutable abbesse.

Pourquoi, le livre refermé sur une histoire fondée sur un fait réel, garde-t-on l’impression diffuse qu’on a manqué, qu’on est passé à côté, que l’histoire des deux nonnes se poursuit ? Deux âmes unies presque sans échange, dans la musique, mais bien plus, par, à travers la musique, se reconnaissent mère et fille spirituelles, même si toutes deux, séparées, tairont leur voix et ne se reverront jamais.