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Manifeste vagabond, Blanche de Richemont

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 01 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Plon

Manifeste vagabond, 2012, 126 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Blanche de Richemont Edition: Plon

 

Ce Manifeste vagabond est un témoignage, un journal intime, un bilan, un manifeste, celui de Blanche de Richemont, une jeune femme qui s’interroge : « cela fait des années que tu cours sur les routes après un sens ; existe-t-il ? » Lorsque le retour devient difficile, lorsque « le voyage est devenu un esclavage », il faut s’arrêter, réfléchir. Écrire.

Pourquoi partir ? Parce que « les horizons ont leur mot à dire ». Parce que « notre âme n’est pas faite pour ces vies sédentaires figées dans le béton ». On part aussi, comme Blanche de Richemont, pour guérir des blessures ». Le décès d’un petit frère. Et « si la route ne nous libère pas de nos maux » mais au contraire « les met en lumière », un voyage difficile comme celui au Sinaï – « l’épreuve du feu » – permet de comprendre certaines choses sur le fonctionnement du corps et de l’âme. Partager le chemin et le bivouac met du plomb dans l’aile de quelques règles trop bien ancrées de notre société. « J’avais réalisé dans le désert que notre vie servait un autre but que la réussite ». Et lire Les clochards célestes inculque quelques idées nouvelles : « les clochards célestes savent s’emparer de leur destin, ignorant le regard de la société ». Avec tout ça, comment revenir dans « le monde des hommes » ?

Visage vive, Matthieu Gosztola

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 01 Août 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

Visage vive, Gros Textes, 2011, 7 € . Ecrivain(s): Matthieu Gosztola

Quand les mots s’affolent, quand ils épuisent leur sens et se mettent à nu, ils ne peuvent plus servir qu’à dire l’indicible, tout ce qui appartient, en l’occurrence, aux choses essentielles comme l’amour. On quitte le domaine traditionnel, et l’on tombe dans le monde de l’instable ou de l’inattendu, le monde musical, par exemple, où le sens des notes n’est défini que par l’usage qu’on en fait. A moins que visage ne signifie douleur, comme dans Mater Dolorosa, on s’interroge sur la juxtaposition ahurissante, dissonante pour ainsi dire, de ces mots Visage vive, servant de titre au recueil de poèmes de Matthieu Gosztola.

Mais visage a pris un autre sens, un sens caché, il s’habille de douleur et devient féminin. « On est près de la douleur qui blesse/Vive/ Visage vive ». Visage est douleur.

Ce recueil parle de la mort d’un enfant, dans un vrai « affolement des mots des mots très caractériels ». Dans le souvenir « tout est déjà dans le visage. Il est ce qui fait toute une histoire ». Et le poète s’adresse très tendrement à l’enfant défunt : « Tu as la nuit dans les yeux/ Plus que ce que tu pourrais/ Imaginer/ Le visage est notre folie ».

Le livre tout entier est en fait un long poème sur un impossible deuil. A chaque page il n’est qu’évocation de l’enfant, « retourné à sa réception d’étoile ».

Le roman de Thomas Lilienstein, Laurence Werner David

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Buchet-Chastel

Le roman de Thomas Lilienstein, 395 p. 20 € . Ecrivain(s): Laurence Werner David Edition: Buchet-Chastel

 

(A Christine Bini qui m'a poussé à aller plus loin.)

 

Ce roman est un méta-roman. On se perd même quand on croit trouver ou renouer les fils d’une multiplicité de narrations, de portraits, de situations et de rapports flous, de plongées et de remontées vers un air rare. Les amateurs de psychologies des profondeurs peuvent s’en gargariser.

Voici la quête d’une narratrice subtile amoureuse de Thomas, jardinier et fils de jardinière. Au fond, le jeune jardinier Thomas peut être perçu comme un végétal, une plante, une herbe qui pousse dont la narratrice botaniste tente de saisir les liens et les logiques – autant de lignes de fuite et d’échappées sans finalité ni même intrigue classique.

Le méta-roman passionnera les théoriciens du langage. Le trait singulier n’est pas pour autant la mise en œuvre d’une hypothèse préétablie : les fils se développent en fibres, en synapses, en boucles mouvementées. Il séduira les poètes. Il interrogera la critique. Et le critique risquera un hommage silencieux.

Dis-moi que tu m'aimes, Francisco de Paula Fernandez

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Espagne, Albin Michel

Dis-moi que tu m’aimes, traduit de l’espagnol par Yvelise Rabier, Wiz Albin Michel, juin 2012, 634 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Francisco de Paula Fernandez Edition: Albin Michel

 

Voici venu l’été et sa cohorte de plaisirs familiers et longtemps attendus durant la froide saison : du soleil à profusion, le bruit des vagues, le goût des fruits mûrs à point… et les romans d’amour à dévorer sur la plage, à l’ombre d’un parasol bienveillant. L’intrigue de Dis-moi que tu m’aimes semble répondre parfaitement à ces attentes : un chassé-croisé amoureux met en scène et en péril plusieurs jeunes gens à peine sortis de l’adolescence, sous le soleil de Barcelone. Ils sont jeunes, beaux ; ils sont confrontés peut-être pour la première fois aux complexités du sentiment amoureux et aux méandres du désir. Paula, l’héroïne lycéenne, a le cœur qui balance entre Angel, un prétendant dragué sur Facebook, et Alex, un garçon rencontré par hasard et qui a les mêmes goûts littéraires qu’elle. Or, Angel est courtisé par Katia une chanteuse à succès qui ne laisse pas indifférent. Quant à Mario, frère de Miriam, amie de Paula, il est désespéré car son amour pour Paula le déchire de mille tourments. Et ce n’est que le début…

Coupes sombres, Giulio Minghini

, le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Seuil

Coupes sombres, Seuil, Cadre rouge, 03/05/2012, 80 p. 13 € . Ecrivain(s): Giulio Minghini Edition: Seuil

« Comme le magicien sort la carte attendue de la manche d’un spectateur incrédule, Stanislaw se saisit du pistolet et en finit avec le monde ! »

En une seule phrase, le décor de ce tout petit roman est installé. Et de décor il en est question, puisque l’histoire alterne entre le théâtre et la réalité, ou le contraire, mais peu importe.

62 pages de pur plaisir, d’amour des mots, de la langue française et de sensibilité. Quel amour du verbe, quelle justesse dans l’emploi des termes et descriptions. Ce livre est plus que bien écrit, et quand on sait que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur, le respect n’en est que plus grand.

Certes, certains (ceux pour qui le nombre de signes est plus important que la qualité du texte) trouveront ce livre quelque peu inabouti et trop court. Ce qui à mon sens est une erreur. Ce roman est rapide, direct, mais pas court.

Simplement il est écrit sans futilités, artifices ou longueurs inutiles.

Mais surtout ces quelques pages sont ponctuées de phrases magnifiques telles : « … Après l’orgasme, la lumière revient d’un coup, immanquablement la tension dramatique retombe, personne n’y croit plus… »