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Les Mamiwatas, Marc Trillard

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 09 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Les Mamiwatas, Août 2011, 296 p, 21 € . Ecrivain(s): Marc Trillard Edition: Actes Sud


Le lecteur averti se souviendra toujours d’une confidence de Michel Leiris et comment il succomba aux charmes d’une Ethiopienne (ces femmes qui passent parfois pour les plus belles du monde). Séduction ou possession ?

Théâtre ou expérience vécue ? Sans doute un breuvage d’étranges mélanges.

Ici, nous sommes au Cameroun, de l’autre côté de l’Afrique fantôme.

Mike, qui n’est pas l’auteur (il souligne une certaine distance à l’égard de « l’autofiction »), dirige l’Alliance Française de Buea. Alliance en déliquescence. Au bord de l’océan, sévissent de drôles d’Atalantes (elles courent si vite que nul homme ne peut les rattraper ; seuls qui y parviennent les épousent… ). Tandis que la révolte et les violences grondent en dessous du volcan, Gloria accepte un verre de Mike dans les profondeurs d’un bar nocturne.

« Elle l’attendait sans l’attendre. Un regard qui n’avait que flotter sur sa personne quand il était passé devant elle."

Room, Emma Donoghue

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Room, traduit de l’anglais (Canada) par Virginie Buhl, Stock, La Cosmopolite, 402 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Emma Donoghue Edition: Stock

Jack va bientôt fêter ses cinq ans. Il est un garçon comme les autres, avec des préoccupations de son âge… sauf qu’un certain nombre d’éléments bizarres régentent sa vie.

On apprend ainsi que « le grand méchant Nick » rôde. Il peut faire irruption chez eux tout à coup. Sa mère préfère alors cacher Jack dans un placard pour qu’il ne le voie pas…

Les dialogues prennent parfois une tournure inattendue, presque surréaliste.


« – Pourquoi t’as pas demandé des bougies comme Cadeau de Dimanche ?

– Eh bien, la semaine dernière, nous avions besoin d’analgésiques ».


Au fur et à mesure, on apprend que Jack et sa mère son séquestrés dans une même et unique pièce depuis des années, la « room » du titre. Jack y est né. Et ils n’ont pas moyen de s’échapper, la mère s’y est déjà risquée et l’a amèrement regretté…

Fille de, Carole Achache

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Fille de, octobre 2011, 302 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Carole Achache Edition: Stock

 

Le dernier livre de Carole Achache compte au nombre des romans écrits sous l’emprise d’une nécessité intime. Texte sur la filiation, et plus encore sur l’énigme des silences, Fille de affronte le mystère de la descendance. De la révolte et de la quête qui lui sont intrinsèquement attachées.

Comme à l’origine du monde, ce doute de la narratrice : l’aime-t-elle, cette mère à laquelle elle serait tentée de dénier jusqu’au statut de femme ? Cette Monique Lange qui éprouve inlassablement le « besoin d’une impossibilité en amour ». Qui possède un goût si sûr pour les passions sublimées, les homosexuels et les hommes traqués.

Nous sommes après-guerre. Le Parti communiste broie ses enfants désobéissants. Très tôt, les ailes de Monique Lange l’ont déposée rue Sébastien Bottin, aux éditions Gallimard. Là, où tout est possible. C’est la valse des rencontres miraculeuses, Genet, Violette Leduc, Florence Malraux, Duras, Jorge Semprun, Faulkner… Le désir de vivre est exacerbé. Monique Lange prend sa place dans le mouvement des couples qui flamboient puis se fanent. Côtoie des êtres qui s’inventent au gré des séparations, de l’alcool, des livres et des révolutions.

Enfance obscure, Pierre Péju

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 07 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Enfance obscure, 2011, 370 p. 20 € . Ecrivain(s): Pierre Péju Edition: Gallimard

Dans les sillons fertilisés par Deleuze, Pierre Péju a patiemment semé les graines des problématiques de l’Enfantin. Et cet Enfantin fonctionne comme un concept. Péju en déploie les plis dans une langue non-philosophique (au sens de Laruelle) et extrêmement accessible. Jardinier, il déplie observations et constats, questions et bourgeonnements de réponses.

Enfance obscure ? Camera obscura plutôt car ce livre est une boite de révélateurs. Même s’il ne le cite jamais, Michel Foucault rôde entre les lignes : Enfance obscure est une archéologie des savoirs et des pratiques sur les soubassements de l’Enfantin.

L’Enfantin n’est pas un souvenir mais un ensemble de « blocs perceptifs » pour parler comme Bergson. Un des splendides exemples vitaux des liens ténus qui lient indéfectiblement littérature, philosophie et vie.

Les points de vue y sont démultipliés plus que dépliés. Ethnopsychiatrie, économie, littérature dite enfantine, peinture et musique, traversent en lignes de forces cet essai inclassable, authentique œuvre (Leiris n’aurait pas pu la désavouer) où poésie et sciences dites humaines s’entremêlent pour en dégager les singularités éclairées.

Nouvelles du jour et de la nuit, Hubert Haddad

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 07 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Zulma

Nouvelles du jour et de la nuit, Nouvelles du jour, coffret de 5 recueils de nouvelles, 30 € – Nouvelles de la nuit, coffret de 5 recueils de nouvelles, 30 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

« Aujourd’hui comme hier, le temps trousse une vague mélodie de marin, certainement miraculeuse qui enchaîne les secondes aux nuits et les jours aux saisons »… Revoilà, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, l’écriture, l’inimaginable imaginaire du « prince de la nouvelle » : Hubert Haddad.

Zulma, et ses publications raffinées, comme autant d’orfèvreries persanes, a vingt ans et fête cet anniversaire en nous offrant un pur joyau : Nouvelles du jour et de la nuit. Deux coffrets de cinq recueils de nouvelles, chacun ; graphisme épuré, mais chatoyant à l’œil, comme ces écrins de parfums rares, musqués façon Arabie ; bleu des mers du sud pour « la nuit », orangé – soleil d’Afrique – pour « le jour ». A l’intérieur, chaque livret soigné, sans ostentation, décline le motif du coffret en un panaché de couleurs précieuses, faisant cette fois penser à des chocolats de luxe : c’est beau, c’est goûteux ; c’est Noël en été !