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La Une Livres

Mô-Namour, Claude Ponti

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 27 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, L'école des loisirs

Mô-Namour, octobre 2011, 40 pages, 18,50 €. . Ecrivain(s): Claude Ponti Edition: L'école des loisirs

La cuvée Ponti 2011 a tout d’un grand cru. Belle robe, forte en bouche, avec ce qu’il faut de violence et d’amertume pour mieux goûter son mystère. A ceux qui penseraient que sa créativité pourrait trouver des limites, Mô-Namour, son dernier album, apporte un virulent démenti. Images et mots se cognent, se choquent, s’entrecarabistouillent dans une histoire dure et sensible, prêtant à des lectures multiples. Enfants et adultes ne liront pas cet album de la même façon mais ils y trouveront tous matière à réflexion, plaisir et questionnements.

La vie d’Isée bascule lorsqu’un arbre Borderoutt se retrouve endormi en plein milieu de la chaussée  sur laquelle roule la voiture de ses parents. Alors que ces derniers disparaissent dans le ciel, Isée et son doudou Tadoramour retombent parmi les débris. « Ils sont si hauts qu’ils doivent… être morts », se dit-elle, « le cerveau tout embrouillaminé ». Commence alors un cheminement plein de surprises et d’embûches, de transformations et de révélations dans un univers à la fois des plus simples et des plus loufoques où les éléments sont aussi changeants que les personnages, où l’on bâtit des maisons dans des forêts de bois mort, des véhicules dans des cossavoyages, où l’on retrouve sa tête au bout de quelques vignettes, où la dynamique de la composition nous emporte dans un tourbillon de vivacité.

L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Jeunesse, Les grandes personnes

L’Innocent de Palerme, trad. italien par Faustina Fiore, (Io dentro gli spari), septembre 2011, 269 p. 16 € . Ecrivain(s): Silvana Gandolfi Edition: Les grandes personnes

Santino est champion de course et aimerait faire de la voile. Santino a six ans. C’est encore petit mais bien assez grand pourtant pour observer et garder en mémoire les faits et gestes des adultes. Et à Palerme, entre la maison familiale et la ville fantôme, s’opèrent d’étranges aller-retour jusqu’au jour où les dettes doivent être payées par le sang. Lucio a onze ans, il vit à Livourne et porte à bout de bras sa mère impotente et sa pénible sœur de quatre ans. Sa seule bouffée d’oxygène réside dans ses stages de voile en été et dans les lettres qu’il écrit au Chasseur. Le jour où sa mère n’est plus à la maison, tout bascule.

Les histoires de ces deux garçons vont se rencontrer et finir par se conjoindre en un subtil jeu d’écriture. Au-dessus de leurs têtes pèse une main tentaculaire qu’on ne nomme pas, qu’on ne peut parvenir à oublier, à semer, à éviter. Invisible ou sous le masque d’un personnage trop parfumé, trop élégant, la Mafia rôde tel un monstre infernal. Elle hante les rêves et pourrit la réalité. Elle déforme le regard des enfants et les force à grandir, abruptement.

La voix et l'ombre, Richard Millet

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Poésie, Gallimard

La voix et l’ombre, Gallimard, Collection L’un et l’autre, 210 p. 21 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Gallimard

Un nouveau livre de Richard Millet est toujours une découverte dont les attentes ne sont pas déçues. La voix et l’ombre fait partie de ces livres qui nous retiennent tant on y palpe l’engagement physique de l’auteur. Chaque mot a sa place dans une rhétorique au service de ce que les mots sont pourtant incapables de signifier. Quoi de plus singulier que de vouloir, par le truchement d’une galerie de portraits, rendre compte des liens que la voix et l’ombre entretiennent dans le corps. Il faut avoir fouillé les arcanes de nos chairs pour effectuer ce voyage incantatoire dans les zones de la voix et de l’ombre. Richard Millet nous soumet que notre sujétion au réel ne peut nous conduire à la conscience à laquelle il nous convie. L’effort indispensable pour concrétiser par le verbe ce qui nous échappe mais dont nous avons confusément conscience est inscrit dans cette écriture qui utilise des figures de style comme l’oxymore, des paradoxes, des ambiguïtés, des contradictions pour rendre compte, à force de mots qui sont autant d’outils, de l’impossibilité même d’écrire.

« La voix et l’ombre (…), l’une et l’autre accouplées (…) dans une lutte, une torsion où elles se confondent quelquefois ». Ainsi l’auteur prévient-il d’emblée de sa vision qui ne souffre aucun confort. Il ajoute « nous sommes des ombres bruyantes » et les portraits qui suivront seront revêtus de cette double enveloppe qui parfois se déchire.

La reine des lectrices, Alan Bennett

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard)

La Reine des lectrices, traduction Pierre Ménard, 2010, 124 p. . Ecrivain(s): Alan Bennett Edition: Folio (Gallimard)

De l’absolue séparation des pouvoirs et de la littérature.

Alan Bennett présuppose en toute ingénuité que la Reine d’Angleterre a peu lu avant que son destin ne croise celui de Norman, commis des cuisines régaliennes. On peut imaginer que son éducation britannique lui fournit toutefois un certain background. Vraisemblablement, l’octogénaire a eu d’autres chats à fouetter avant de s’adonner aux frivolités des lectures suggérées par un « gay savoir ».

Fraîchement convertie, la peu commune lectrice devient ce qu’elle est : une liseuse hors normes mais attentive à Norman, son initiateur à Wilde et à Genet. De profundis à Querelle, la conséquence est bonne. Mais les conseillers de la Cour veillent au grain. Et la souveraine graine doit être préservée de cette contamination culturelle. Voilà donc Norman, zélé malgré lui, limogé et promu au statut d’étudiant en lettres dans une Université éloignée de Windsor. Il pourra assouvir ses pulsions de lettres et ne pervertira pas la Reine dans l’exercice de ses fonctions.

Abreuvée d’ouvrages, la Reine des lectrices ne peut freiner sa course à l’échalote littéraire. Elle prend des notes et se pique d’écriture. On n’ose l’exprimer dans l’entourage de la Souveraine : la Reine devient une emmerdeuse de politiser en rond.

Enfants de poussière, Craig Johnson

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Samedi, 25 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Gallmeister

Enfants de poussière (Another man's mocassins), traduction de Sophie Aslanides. Editions Gallmeister, collection Noire. Sortie le 23 février. . Ecrivain(s): Craig Johnson Edition: Gallmeister

 

Ceux qui ne connaissent pas encore Walter Longmire et les autres (imaginez une petite communauté de fans qui hésitent en permanence entre partager ce plaisir et le garder pour soi) vont être gâtés : dans la quatrième aventure* du shérif d'Absaroka County, vous aurez deux Walt pour le prix d'un.

Le Walter Longmire qui doit s'occuper de sa fille en pleine convalescence après son agression à Philadelphie (voir L'Indien Blanc), doit résoudre ses problèmes de relations intimes avec son adjointe (un grand moment !) et surtout enquêter sur la mort d'une jeune asiatique retrouvée en bordure de route.

Et le Walter Longmire, jeune enquêteur dans la Police des marines, envoyé pour enquêter sur un trafic de drogues qui a causé la mort d'un jeune marine. Le cadre est bien différent : le Vietnam, en 67/68, quelques jours avant que Têt, ne soit plus jamais, pour des millions d'Américains, une simple fête de nouvel an asiatique mais une offensive vietnamienne qui a changé le cours de la guerre.