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La Une Livres

Pseudo, Ella Balaert

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 30 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Myriapode

Pseudo, Éditions Myriapode, août 2011, 144 p., 18 € . Ecrivain(s): Ella Balaert Edition: Myriapode


La correspondance a de tous temps intéressé les écrivains, le roman épistolaire n’est en rien nouveau. Et depuis plusieurs années, ère Internet oblige, fleurissent les romans faits d’échanges de courriers électroniques.

Pseudo est de ceux-là. Trois femmes que réunit une séance de gym hebdomadaire suivie d’un restaurant de quartier, trois femmes par ailleurs fort différentes – âge, milieu, situation familiale, goûts – décident d’en former une quatrième, imaginaire, pour répondre à l’annonce en ligne d’un antiquaire prénommé Ulysse. Ce sera Eva, avatar plus vrai que nature (« Ce n’est pas parce qu’elle est virtuelle qu’elle doit se désincarner ! » page 20), qu’elles se partagent en coupant la semaine en trois.

Trois mois durant, les échanges fusent, échanges entre Eva et Ulysse, mais aussi échanges entre les trois femmes. Sauf que les masques ne résisteront pas à l’épreuve du temps, et, s’il est facile de se cacher sur la toile, la vraie vie finit toujours par rattraper la virtualité.

Vidures, Denis Donikian

Ecrit par Ugy , le Mardi, 29 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud

Vidures, 360 pages, 22 euros . Ecrivain(s): Denis Donikian Edition: Actes Sud


Denis Donikian ne nous invite pas à un voyage touristique dans une Arménie qui recèle par ailleurs des trésors architecturaux sans doute trop peu connus. Non, l’auteur de Vidures (Vies dures, on y reviendra), nous fait partager son amour et sa détestation d’une Arménie actuelle qu’il connaît bien. Il est de ces auteurs qui n’hésitent pas à dénoncer le pire dont il est témoin, pour exhorter ceux qu’il observe avec amour à construire un avenir dans un pays miné par les maux qu’on retrouve chez ceux qui ont accédé à l’économie de marché depuis peu. L’Arménie qui vient de fêter  le vingtième anniversaire de son indépendance est en effet gangrénée par la corruption, et sa soif de consommation l’a conduite dans des impasses dont l’auteur veut faire prendre conscience.

Mais la forme que choisit Denis Donikian est celle du roman dans lequel tout est métaphore. Le titre d’abord qui joue sur l’ambigüité. En un mot, il s’agit d’ordures dont il faut se débarrasser. En deux mots, ce sont là les conditions de vie difficiles de  chaque Arménien dans une Arménie qui semble se complaire dans l’évocation systématique d’un passé douloureux pour mieux masquer son incapacité à affronter un présent et un avenir plus frontalement.

Zoli, Colum McCann

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 29 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, 10/18

Zoli – Irlande 2006 - Belfond 2007. 10/18 en 2011 . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: 10/18


1930 - Zoli Novotna avait six ans, mais elle n’était heureusement pas là quand sa famille se retrouve bloquée sur les glaces par la Hlinka, qui allume ensuite des feux sur la berge. Elle n’était heureusement pas là quand sa mère, son frère, ses deux sœurs et toute la famille, roulottes, chevaux, quand tout part englouti sous les eaux.


« Lorsqu'il a commencé à faire moins froid dans l'après-midi, les roulottes, bien obligé, se sont déplacées vers le milieu du lac. Mais la glace a fini par craquer, les roues se sont enfoncées et tout a coulé en même temps, les harpes et les chevaux »


La Hlinka c’est la haine. La milice fasciste de Slovaquie. La petite Zoli et son grand-père fuient sur les routes, fuient la Hlinka, fuient la haine et la mort, avec pour leitmotiv cette phrase qui reviendra tout au long du livre et qui pourrait finalement presque tout résumer :

Au regard des visages, Marie-Annick Gervais-Zaninger

Ecrit par Olivier Verdun , le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Hermann

Au regard des visages. Essai sur la littérature française du XXe siècle, 2011. 404 p. 34 € . Ecrivain(s): Marie-Annick Gervais-Zaninger Edition: Hermann

On sait, depuis Emmanuel Levinas, que le visage n'est pas tant une forme sensible que la résistance opposée par autrui à sa propre manifestation : rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme. Cette énigme de la rencontre intersubjective, la littérature n'a cessé de la traquer au XXe siècle, en un vaste panorama que Marie-Annick Gervais-Zaninger tente, avec beaucoup d'érudition, dans une langue parfois pâteuse mais toujours précise, de restituer. Son ambition, quelque peu titanesque, est d'entrecroiser discours savants et œuvres artistiques afin de mettre au jour, de Narcisse à Lacan, de Levinas à Yves Bonnefoy, ce que le visage a pu produire de trames conceptuelles.

L'auteur commence par décliner, comme il se doit, les différentes acceptions du visage, depuis sa triple dimension physique (« cette surface nue offerte aux regards des autres »), psychique (« la représentation que le sujet se construit de lui-même, son image intérieure ») et sociale (« ce qui résulte de l'interaction entre les autres et lui »), jusqu'à la tête qu'un Francis Bacon tente, à la façon d'un écorché, de faire surgir de l'intériorité organique, en passant par l'étymologie (visage se dit en grec ancien prosôpon, ce qui signifie littéralement « devant les yeux d'autrui ») et les notions de peau, de chair, de face, de regard, de figure.

Le premier appelé, Christian Ego

, le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Editions du Toucan

Le premier appelé, Editions du Toucan (coll. Toucan Noir), novembre 2011, 505 p., 22 € . Ecrivain(s): Christian Ego Edition: Editions du Toucan

 

Un thriller qu’on aurait aimé apprécier, qui aurait pu réussir. Tant la matière, l’ouverture, en étaient propices, voire fécondes. Le Front de l’Est, l’infini des plaines ukrainiennes, d’énigmatiques reliques orthodoxes convoyées par l’Armée Rouge, et qu’interceptent des légionnaires de la LVF… jusqu’à nos jours, soixante ans après, jusqu’au dénouement qui ressemble, c’est à déplorer, à un long éventement.

D’abord les personnages, qui ne sont pas assez typés (leur nature d’agent du GRU, de flics, de descendants de légionnaires se prêtait pourtant à une juste éthopée, à d’intéressants portraits), qui en quelque sorte semblent ne pas croire à leur propre rôle, et se perdent parfois en digressions, en dialogues dont l’humour est souvent parasite. Puis les reliques, qui s’avèrent finalement assez décevantes, dont le mystère n’en impose en tout cas pas. Et l’intrigue, quand jouerait-elle avec efficacité d’analepses et prolepses, quand serait-elle étayée par le travail documentaire, qui n’est pas assez tenue, plus précisément tendue, qui parfois fait relâche et aurait sans doute supporté d’être écourtée.

Le premier appelé est plus appréciable dans son intention que dans sa réalisation. Car, une fois encore, tout est là. Mal exploité cependant, ou mal ajusté, ou mal cadré – comme s’il y avait eu quelque part un problème de focale.