Identification

La Une Livres

Une amie pour la vie, Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdart

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Thierry Magnier, Jeunesse

Une amie pour la vie, octobre 2012, 40 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Laetitia Bourget et Emmanuelle Houdart Edition: Thierry Magnier

C’est une histoire d’amitié, l’histoire de l’amitié, pourrait-on dire, que nous content Laëtitia Bourget et Emmanuelle Houdart. Celles de deux jeunes femmes qui un jour deviendront deux belles vieilles. L’amitié rare, voire unique qui réunit et fait se rencontrer deux êtres dans un perpétuel mouvement de vie. L’amitié telle qu’on la rêve, telle qu’elle devrait être dans sa magie et sa pureté brute, sa marginalité de sentiment hybride dépassant l’affection et flirtant avec l’amour. A partir d’un texte concis, qui coule avec une évidence et une émotion bouleversantes, l’illustratrice s’empare de l’histoire avec grâce et puissance.

« Il était une fois deux jeunes filles aussi différentes l’une de l’autre que le jour et la nuit et aussi semblables que deux gouttes de rosée ». A chacune son démon, ses luttes, ses racines, sa découverte du monde. Puis survient la rencontre et le partage d’un repas, d’un abri ; la fin de deux solitudes. Le partage des savoirs, des réussites, des cadeaux et de la confiance ; le bienveillant regard sur la vie de l’autre, ses amours, ses réalisations ; les épreuves, la maladie, l’éloignement. Sensualité, gestes du quotidien, amours et maternité sont autant de moments évoqués et dépeints avec beauté et un humour discret. La file des prétendants portant leur cœur à la main pour l’offrir à la belle des terres de « soleil, de sel et de sable », la baignoire-cuisine et sa cohorte d’ustensiles de toutes sortes, qui réunit les deux personnages depuis leur jeunesse jusqu’à l’âge le plus avancé, en témoignent.

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».

L'ombre d'une chance, William Burroughs

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Titres (Christian Bourgois)

L’ombre d’une chance (Ghost of chance 1991), traduit de l’anglais (USA) par Sylvie Durastanti, novembre 2012, 92 p. 7 € . Ecrivain(s): William Burroughs Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

Dans ce court texte publié en 1991 aux Etats-Unis, William Burroughs reprend le fil des aventures du capitaine Mission, un capitaine d’aventures du XVIIIe siècle qu’il avait fait figurer dans le Havre des Saints et qui avait, depuis lors, fait des apparitions plus ou moins fugitives dans ses œuvres romanesques.

Le capitaine Mission dirige la Liberatatie, une colonie pirate qu’il a établie sur la côte ouest de Madagascar. Il y a promulgué une loi qui interdit de tuer les lémuriens sous peine d’exclusion de la colonie. Le crime est même passible de la peine de mort.

Pour les indigènes de la région, un lémurien est sacré. « En langue indigène, le terme employé pour lémurien signifie spectre, fantôme, ombre ». L’ombre ? Quelque chose à voir avec le titre du livre ?

Mission est aussi un émissaire de la Panique. La Panique, c’est le savoir que l’homme (qui est appelé ici un « Homo-sagouin ») redoute par-dessus tout : la vérité sur son origine.

Wake, Lisa McMann

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Wake, septembre 2012, 224 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Lisa McMann Edition: La Martinière Jeunesse

 

Janie Hannagan a dix-sept ans, et elle a sommeil. Depuis qu’elle a cinq ans, elle a peur de s’endormir, non parce qu’elle souffre d’insomnies récurrentes ou craint le noir, mais par peur des cauchemars et des rêves des autres. Car Janie est une capteuse, une personne dotée d’un don particulier, celui de pénétrer dans les songes de ses voisins immédiats et de les influer. Témoin de leurs terreurs absolues, de leurs secrets inavoués, de leurs désirs les plus troubles, Janie se débat, engluée dans une histoire qu’elle rejette.

Parce qu’être une capteuse est loin d’être facile, d’autant plus si les soucis d’une vie difficile vous rongent de l’intérieur. Avec un père inexistant, une mère alcoolique, des habits de récupération, des aides sociales trop rares, des surgelés dans le frigo et aucune amie, il est suffisamment difficile pour la jeune fille de s’intégrer dans le huppé lycée de Fieldridge. Alors de surcroît, avoir à gérer des évanouissements, des cécités fulgurantes et des spasmes ressemblants à des attaques cérébrales à chaque fois qu’elle est happée par le songe d’un dormeur voisin, bonjour l’insouciance ! Janie évite donc tout contact avec les gens de peur d’être l’observatrice impuissante de certains cauchemars : pas de soirées pyjama, pas de voyages scolaires et surtout pas d’hospitalisation.

Nouvelles du pays, Sefi Atta

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Nouvelles, Actes Sud

Nouvelles du pays. Trad. Anglais (Nigéria) Charlotte Woillez. Novembre 2012. 359 p. 23 € . Ecrivain(s): Sefi Atta Edition: Actes Sud

L’écriture de Sefi Atta relève de l’extraordinaire, rien moins. On sourit, on rit franchement, à chaque histoire, à chaque page souvent et pourtant, peu à peu, presque sans s’en apercevoir, le lecteur est bouleversé jusqu‘au fond de l’âme par ces nouvelles qui racontent la misère de l’Afrique, la double misère des femmes africaines, la triple misère des femmes africaines et musulmanes.

Souffrances itinérantes et universelles, que ces femmes soient au pays – alors objets de toutes les maltraitances de la vie, de la culture locale et des hommes - ou émigrées dans les pays développés - objets alors des humiliations et de l’exploitation économique et sexuelle - ou encore marginales par désespoir, comme cette femme inoubliable de la nouvelle intitulée « Dernier voyage » et qui passe de la cocaïne du Nigéria en Angleterre par avion, en avalant des dizaines de sachets de caoutchouc remplis de blanche qu’elle évacuera à l’arrivée par des « voies naturelles » :

 

« Elle doit faire attention avec l’huile : s’il y en a trop, son ventre risque de sécréter des sucs gastriques et de dissoudre le latex. Les sachets sont trop gros, pas faciles à avaler. Quand ils descendent, ses oreilles se bouchent, sa poitrine se contracte. »