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La Une Livres

Pike, Benjamin Whitmer (2ème recension)

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 29 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Pike, trad. (USA) Jacques Mailhos, Septembre 2012, 264 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Benjamin Whitmer Edition: Gallmeister

 

Pike, vieux truand reconverti dans la construction, voit débarquer un matin d’hiver des années Reagan la jeune Wendy, douze ans, sa petite fille qu’il n’a encore jamais vue. C’est que Pike a quitté son foyer, sa femme qu’il battait et sa fille, Sarah, depuis bien longtemps. Mais en apprenant que Sarah est morte, et même si on lui dit que c’est d’une overdose, Pike veut trouver un coupable et part donc pour Cincinnati avec Rory, jeune boxeur qu’il a pris sous son aile. Ils ne sont pourtant pas seuls à écumer les bas-fonds et à piétiner la neige sale qui recouvre la ville. Derrick, flic pourri jusqu’à la moelle, traîne aussi par là et tourne autour de Wendy.

Errance de personnages malmenés par la vie, pervertis par le monde de violence dans lequel ils ont vécu ou naturellement corrompus, Pike, premier roman de Benjamin Withmer, suinte la noirceur. Entre un trou du Kentucky peuplé de prolos aussi imposants que vides de sentiments (« Ils l’ont pas encore fabriquée, la cartouche de fusil à pompe capable de perforer trois cents bonnes livres de gros bouseux du Kentucky ») et les quartiers à putes et camés de Cincinnati, on patauge avec les personnages dans cette neige constamment grisâtre et boueuse qui ne dissimule plus rien de la laideur des lieux.

Aux armes défuntes, Pierre Hanot

Ecrit par Lionel Bedin , le Samedi, 29 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

Aux armes défuntes, Éditions Baleine, 2012, 16 € . Ecrivain(s): Pierre Hanot

 

La première partie de Aux armes défuntes, roman de Pierre Hanot, commence par un voyage, en 1948, dans le port de Marseille. Polmo (abréviation de Paul-Maurice) embarque pour l’Indochine. Polmo n’a pas beaucoup de culture, « il savait vaguement que là-bas, plus loin que l’Afrique, les gens bouffaient du riz avec des baguettes ». Polmo a raté le début de sa vie de militaire en étant prisonnier des Allemands. Il n’a pas pu tirer un coup de feu. Il a bien l’intention de se rattraper avec les Viets. A Port-Saïd, durant une escale, il se forge l’opinion que l’Égypte est un repaire de brigands, et tombe amoureux d’une entraîneuse. C’est l’aventure. « Par la magie du voyage, il était Surcouf le corsaire, la planète applaudirait ses exploits, l’aventure coucherait dans son lit ». Après seize jours de navigation « vertigineuse de crasse et d’inconfort » la troupe débarque en Cochinchine. Là, Polmo attend la vraie guerre au mess, un endroit minable avec un ventilateur HS, « les mouches copulaient sur les pales immobiles en toute quiétude ». Chez l’aumônier ça n’est guère mieux : « Mon Père, osa Polmo, j’ai abandonné la femme de ma vie en Égypte… Absolution, mon fils ! Lundi nous irons au bordel ». Polmo n’aura pas le temps d’aller voir : vient l’heure de l’accrochage dans la clairière. Dernier voyage. Polmo est tué.

Rue des voleurs, Mathias Enard (2ème recension)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 28 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Rue des voleurs, 256 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Actes Sud

Voilà un livre politique, mais aussi (d’abord ?) un livre d’aventures qui prend pour toile de fond le Printemps arabe. La petite histoire d’un individu plongée dans la grande, encore très fraîche.

Le livre commence très fort :

« Je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses ».

Le chien en question, c’est Lakhdar, un jeune Marocain de Tanger. Il a dix-sept ans, mais plutôt douze dans sa tête, avoue-t-il. Et les caresses qu’il recherche, ce sont celles de sa cousine Meryem, aux formes affriolantes. Mais au Maroc, certaines choses sont interdites à ceux qui ne sont pas mariés… Qu’à cela ne tienne ! Mais les deux jeunes gens se font surprendre par la famille. Incompréhension. Honte. Lakhdar est battu par son père. Il s’enfuit de la maison parentale. Il est trop orgueilleux pour revenir, demander pardon.

Commence alors une cavale. Séquence Oliver Twist. Lakhdar vagabonde à travers le pays, vit de mendicité. Quelque temps plus tard, il revient à Tanger. Grâce à l’entremise de son ami Bassam, il rejoint le « Groupe musulman pour la diffusion de la pensée coranique » et devient libraire. Mais certains membres du groupe ont parfois des comportements très étranges…

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski

Ecrit par Sophie Galabru , le Vendredi, 28 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, La rentrée littéraire, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, septembre 2012, 128 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

 

Sourire !

On sourit, souvent quelques secondes, jusqu’à la crispation, et pourtant la photo saisira l’expression comme prise sur le vif, une vivacité que le réel lui-même ne donnait pas. La photographie est une captation du réel, d’un visible, ou du moins est-elle ce procédé qui rend visible un mouvement, une fugacité, un instant émotionnel, parfois même un sacré. Dans cet essai, Daniel Grojnowski tente, sur un mode philosophique libre toujours nourri d’exemples, d’illustrations, de références, de dévoiler l’envers ou le négatif de notre rapport à la photographie. Tentative d’autant plus réussie que la simplicité et la clarté du langage, unis à la diversité des exemples, traduisent bien l’ambition de l’auteur de transmettre sa démarche de pensée à son lecteur. L’auteur part là d’une question personnelle, et il en avertit le lecteur « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique sans parvenir à trouver une réponse qui pouvait me satisfaire ». Parce que Roland Barthes dit bien qu’on ne voit jamais la photo elle-même mais toujours ce à quoi elle réfère, Daniel Grojnowski, lui, veut révéler le révélateur photographique, regarder la photo plutôt que le sourire.

Voyage à Bayonne, Gaëlle Bantegnie

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 28 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Voyage à Bayonne, Gallimard/L’Arbalète, 170 pages, 30 août 2012, 15,90 € . Ecrivain(s): Gaëlle Bantegnie Edition: Gallimard

Été 1998. L’équipe de France de football, match après match, se dirige vers une victoire historique. Emmanuelle et Boris, jeunes profs mariés depuis deux ans, ne vont s’apercevoir de rien, ni de l’euphorie ambiante qui dure des semaines pourtant, ni même, plus ordinairement, du beau temps qu’il fait. Un peu comme deux êtres sourds et aveugles au stade de France lors de cette fameuse finale.

Certes, il y a eu, juste avant, en avril, à l’occasion d’un voyage scolaire à Paris, la « coucherie » de Boris avec une collègue prof de lettres. Il l’a avoué lui-même d’ailleurs quelques semaines après, n’en pouvant plus d’avoir mauvaise conscience. A la décharge de Boris, il faut le dire, c’est Emmanuelle elle-même qui, avant le mariage, a proposé à son futur époux ce qu’elle a appelé le « principe d’afidélité ».

« Ils étaient convenus alors, en buvant des verres de saké avec des filles nues tout au fond, qu’ils s’autoriseraient à se tromper à l’occasion et que donc ça ne s’appellerait plus tromper ».

« Elle y adhérait parce que cette règle lui semblait aller dans le sens de l’Histoire et qu’elle se persuadait que leur couple concourrait ainsi au progrès universel des mœurs, jugeant qu’il n’y avait rien de plus réactionnaire que la notion d’adultère et rien de plus archaïque que la jalousie afférente ».