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Du toucher, essai sur Guyotat, Antoine Boute

Ecrit par Sophie Galabru , le Mercredi, 05 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, publie.net

Du toucher, essai sur Guyotat, 3,49 € . Ecrivain(s): Antoine Boute Edition: publie.net

 

Si Antoine Boute est un écrivain et poète dont la pratique repose sur l’exploration des formes de langage, de ses détournements, de sa sonorité et ses rythmes, il n’est pas étonnant alors qu’il se soit consacré à faire parler la langue de Pierre Guyotat. Langue parlée-écrite, expérimentant ses limites, refusant sa simple fonction de représentation du réel ou de communication d’un sens ; chez Guyotat on peut bien dire que la langue ne parle pas de quelque chose, mais que quelque chose parle en elle. Cette écriture au lieu de figurer défigure, ne livrant aucun un sens, car en réalité elle se préoccupe des sens, et essentiellement de celui du tact. D’ailleurs, dans cet essai, Antoine Boute ne veut s’intéresser à l’écriture de Guyotat que sous la perspective d’une écriture qui refuse toute forme ou tout esprit pour être pure matière, pur toucher.

Si vous n’avez pas lu Guyotat, l’ouvrage en offre une introduction qui sait mêler évènements biographiques et conséquences littéraires. Hanté par la présence de la guerre, de l’esclavage prostitutionnel et du viol durant la guerre d’Algérie à laquelle il fut appelé, Pierre Guyotat ne cessa d’élaborer un langage nouveau en rupture avec les traditions, détourné de sa faculté représentative, bref un langage prostitutionnel et corporel.

Léon et Louise, Alex Capus

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 04 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Léon et Louise, 5 septembre 2012. 313 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Alex Capus Edition: Actes Sud

 

Cliché. Dans le champ lexical de la critique littéraire, ce terme est des plus péjoratifs. Il implique le manque de créativité, la répétition d’images éculées. Et pourtant. Ce joli livre d’Alex Capus, nostalgique et attachant, évoque de bout en bout l’idée et le mot de « clichés ». Pratiquement au sens propre : photographies. Pour être plus précis, cartes postales anciennes, sans image, en une sorte de collection affichée sur 313 pages. Et ce parti pris de chapelet de clichés donne un charme particulier à ce roman.

Les clichés commencent par le propos même du livre : un jeune homme et une jeune femme se rencontrent au printemps 1918. Ils ont 17-18 ans, s’aiment, se perdent, se retrouvent, se reperdent, se retrouvent sur quelques décennies. Le « tourbillon de la vie », d’une guerre mondiale à une autre et après. Ce livre est hanté par les films de François Truffaut, une sorte de « Baisers volés » et de « Domicile conjugal » saupoudrés de « Jules et Jim ». On se prend sans cesse à fredonner la chanson de Jeanne Moreau au cours de la lecture, on se prend aussi à donner aux deux héros les traits de Jean-Pierre Léaud et ceux de Claude Jade ou de Marie-France Pisier.

Ma captivité chez les Sioux, Fanny Kelly

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 04 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Petite bibliothèque Payot

Ma captivité chez les Sioux, trad. (USA) par Danièle Momont, Petite Bibliothèque Payot, mai 2012, 266 p. 8,65 € . Ecrivain(s): Fanny Kelly Edition: Petite bibliothèque Payot

Fanny Kelly sera l’auteur d’un seul livre, mais de quel livre ! Dans Ma captivité chez les Sioux, récit encore inédit en français, elle relate une expérience unique en son genre et témoigne à sa façon particulière de la culture d’un peuple, les Sioux Oglalas. Ma captivité chez les Sioux est une lecture originale, où l’aventure le dispute au documentaire, qui vaut surtout pour le regard de la narratrice, une jeune femme courageuse et observatrice, une Blanche parmi les Peaux-Rouges.

En 1864, Fanny Kelly est une jeune femme de 19 ans lorsqu’elle se lance dans ce périlleux voyage qu’est la conquête de l’Ouest, aux côtés de son mari et de leur petite fille adoptive. Leur convoi est attaqué par des guerriers Sioux qui ne laissent aucune chance aux colons. Seules Fanny et sa fille échappent au massacre et au pillage et se retrouvent prisonnières.

Durant cinq mois, Fanny va vivre au rythme de la tribu, partageant le quotidien rude, les fêtes rituelles, les souffrances de ce peuple pour lequel elle éprouve à la fois respect et crainte. Elle va vivre dans l’angoisse d’avoir perdu son mari et sa fille qu’elle a tenté de faire s’échapper dès leur première nuit de captivité. Fanny ne se résigne jamais et tentera, de multiples façons, de contacter les siens afin d’échapper au joug de la tribu.

Inséparables, Alessandro Piperno

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 03 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Italie, Editions Liana Levi

Inséparables, 30 août 2012, trad. italien Fanchita Gonzalez-Batlle, 394 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Alessandro Piperno Edition: Editions Liana Levi

 

Lire Piperno ? On peut imaginer être sur une terrasse à Rome face à un ami volubile qui raconte une histoire prenante, disgressant du regard sur les fesses rebondies de passantes romaines, sans pour autant dériver de son propre raisonnement.

Lire Piperno ? Cela ressemble à un rêve où enfermé dans une voiture tombée à l’eau on observe la montée des eaux dans l’habitacle. C’est un rêve, rien ne peut nous arriver, mais cela reste très oppressant.

Lire Piperno est une expérience, que l’on apprécie ou pas, parfois éprouvante, mais qui incontestablement ne laisse pas indifférent.

Alors Alessandro qu’as-tu à nous en dire de tes inséparables ? Sans doute préciserais-tu au préalable que ton nouveau roman possède un frère jumeau. L’ainé s’appelle Persécution. Il est paru en Septembre 2011 aux éditions Liana Levi. Il a obtenu le prix du meilleur livre étranger et des commentaires de presse dithyrambiques. Accordons-lui un ou deux paragraphes.

Le tombeau du guerrier, Marie Eve Sténuit

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 03 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Serge Safran éditeur

Le tombeau du guerrier, Mars 2012, 189 p. 17 € . Ecrivain(s): Marie Eve Sténuit Edition: Serge Safran éditeur

 

Petit opus élégant, agréable en mains, comme Serge Safran sait en faire : sujet hors des sentiers battus, écriture sans failles, climat de surprises si rare en littérature.

Archéologie ! Mot, s’il en est, qui fait rêver l’enfant qu’on a été, l’adulte qu’on est. Qui n’est pas sûr d’avoir dit, à la fin d’un repas entre copains, quand traînent les confidences : « moi, j’aurais tant aimé être archéologue ! », et passe dans nos mémoires le regard – unique – échangé, un jour, entre Carter et un certain Toutankhamon…

Mine de rien, ce Tombeau du guerrier est le parfait documentaire sur une « vraie » campagne de fouilles, de nos jours, en Syrie. Le but étant de vérifier que « le niveau IV de la ville III de Tell Charri est exactement contemporain du niveau du temple A de Beylan », en chronologie « longue ou courte », dilemme non tranché, s’entend. Vous saurez donc tout d’une campagne archéologique ; ses préliminaires valant arcanes diplomatiques, ses  membres – qui fait quoi ? Le site, en surplomb d’une décharge, sous un cagnard  constant, palpable à la lecture :