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La Une Livres

Danube, Claudio Magris

Ecrit par Romain Vénier , le Mardi, 25 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Folio (Gallimard), Italie

Danube, trad. italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, 562 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Claudio Magris Edition: Folio (Gallimard)

 

« Le mai le joli mai en barque sur le Rhin »… Heine aussi a rimé le Rhin, Apollinaire la Seine ; Du Bellay son « Loire gaulois » ; Hugo tellement de fleuves qu’on en oublierait sûrement, à vouloir les citer. Parler cours d’eau serait l’apanage des poètes ?

Danube : au titre, on entrevoit la Bavière, les cafés de Vienne, les rhapsodies hongroises de Liszt… C’est à un voyage multiple qu’on nous convie. Magris est ce genre de personnage culturel central, comme Umberto Eco, Jorge Semprun ou George Steiner. On ne le dirait pas « intellectuel », épithète connotée, avec un vernis français, et qu’un intellectuel à la française ne paraît pas toujours avoir la même envergure. Qui, en France, possède à la fois une aura médiatique importante, est reconnu comme une autorité dans son domaine, parle plusieurs langues (pour Magris, l’italien, le frioulan, l’allemand, le français, l’anglais, d’autres peut-être), est très ouvert à d’autres civilisations, à l’histoire, a eu un engagement politique, et surtout possède, comme un supplément d’âme, une culture scientifique ? On a beau chercher, on sèche… mais on s’égare, aussi.

Zone d'Education Prioritaire, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 25 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Zone d’Education Prioritaire, 67 p. 12 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

Sonia Chiambretto a-t-elle été marquée durablement par la Légion étrangère stationnée à Aubagne et agrémentée d’un improbable musée ? Elle revient souvent dans ses textes sur la violence des guerriers, pantins sanguinaires au service des politiques. Dans Zone D’Education Prioritaire comme déjà dans Mon képi blanc, ils sont des personnages centraux. La guerre et le théâtre, c’est peut-être la même chose.

Le texte dont il est ici question pourtant, comme son titre l’indique, s’inscrit dans l’espace scolaire au départ. Nous sommes au lycée V Hugo de Marseille, établissement classé ZEP situé derrière la gare St Charles. Il est l’unité de lieu cerné par son système d’entrée et de sortie géré par une caméra de surveillance. Elle sert aussi de première de couverture à l’édition Actes Sud-Papiers : elle regarde vers nous, lecteurs menacés par son œil électronique. Deux jeunes filles Kate et Bone vont en quelque sorte nous faire la visite guidée du lycée suivant le plan inaugural (avec ses pictogrammes). L’architecture du lycée ressemble fort à celle d’une prison organisée avec ses cours, sa vie rythmée par des sonneries et sirènes (cour A et C). Elles décrivent tour à tour le quotidien de l’établissement avec ses élèves aux origines multiples. Elles se moquent de l’inepte sortie « pédagogique » à la fête des citrons à Menton, ou des « gothiques ».

Listomania, l'encyclo qui dit tout sur tout, collectif

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Listomania, L’encyclo qui dit tout sur tout ; collectif ; septembre 2012 ; 288 p. 19,90€ Edition: La Martinière Jeunesse

 

Listomania est un livre dont le titre porte son contenu : la connaissance est convertie en listes, ayant pour point commun unique un chiffre. Par exemple « 11 catastrophes humaines » jouxtent « 14 catastrophes naturelles » et précèdent « 23 succès littéraires internationaux ». L’encyclo qui dit « tout sur tout » le fait avec humour et avoue bien volontiers qu’en plus d’être maniaque, elle se veut exhaustive, déjà dépassée, graphique, absurde, pointue, in et out, touche à tout et touche tout le monde…

On la feuillette, on la pose, on la reprend, on sourit, on lit un article aux autres, on le commente, on pouffe, on la repose, on la prête, on l’admire (parce que oui, elle est jolie, pleine de couleurs vives, de graphismes élégants et de logos tordants). On soupire, on lève les yeux au ciel – à quoi ça sert bon sang de connaître le titre de « 14 films avec des lapins géants » ?- on en parle aux voisins, à ses parents, à ses amis et pourquoi pas à son canari, juste avant de consulter la liste des « 19 animaux de la littérature ».

Mensonges d'été, Bernhard Schlink

Ecrit par Patryck Froissart , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Nouvelles, Gallimard

Mensonges d’été, 2012, (Sommerlügen), trad. allemand Bernard Lortholary. 290 p. 21 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Gallimard

 

Sept nouvelles, d’une longueur plutôt inhabituelle, ont été regroupées dans ce recueil sous l’appellation générique : « Histoires ».

Le titre en présente explicitement le thème général.

L’intrigue de L’arrière-saison commence et se poursuit comme au cinéma hollywoodien : Suzan, une dame riche, et Richard, un musicien pauvre à qui elle ne révèle pas sa richesse, se rencontrent et s’aiment. Comme de bien entendu, il est très fâché quand il découvre la vérité. Comme il se doit, ils se réconcilient, bien qu’il supporte mal ce qu’il ressent comme une dépendance, un état inférieur. Comme on s’en douterait, pour corser l’histoire, elle est américaine, il est européen, elle se projette dans l’avenir, il porte en lui le poids de l’Histoire du vieux continent.

« Vous autres Européens, vous êtes des pessimistes. Vous venez de l’Ancien Monde et vous ne pouvez imaginer que le monde devienne nouveau et les êtres humains aussi… »

We are l'Europe, Jean-Charles Massera

Ecrit par Marie du Crest , le Dimanche, 23 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Verticales

We are l’Europe, octobre 2009, 242 p. 20 € . Ecrivain(s): Jean-Charles Massera Edition: Verticales

Notre époque aime à rendre opaque la réalité en produisant à foison des discours « d’expertises économiques, financières, sociologiques », des verbiages de professionnels de la communication et d’autres encore. Jean-Charles Massera puise dans ces eaux troubles du langage manipulé et manipulateur pour modeler un langage dramatique qui lui soit propre. C’est dans cette logique qu’il faut comprendre sa pièce WE are l’Europe.

WE are l’Europe (le projet Wale) fait écho à We are la France. En 2008 donc, il réalise un montage de plusieurs de ses textes extraits de Amour, gloire et CAC 40, France, guide de l’utilisateur, Jean de La Ciotat, la légende. Benoît Lambert assure la mise en scène. Ils donnent à voir et à entendre les voix de caissières de Mâcon ou de cadres de la région parisienne qui se débattent pour vivre ou survivre dans la société française en crise.

WE are l’Europe se présente comme un texte plus unifié, dense, aux typographies multiples (caractères gras ; italiques ; lettres capitales), aux formes littéraires hétérogènes (dialogues accompagnés de tirets ; réécriture de versets ; articles juridiques numérotés, paroles de chansons existantes ou forgées). Cette esthétique de la bigarrure apparaît dès le titre mi-français, mi-anglais, signature stylistique de plusieurs œuvres de l’auteur (United emmerdements of New order chez POL).