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Quand la lumière décline, Eugen Ruge

Ecrit par Etienne Orsini , le Samedi, 27 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Roman, Les Escales

Quand la lumière décline, trad. de l’allemand Pierre Deshusses, août 2012, 423 p. 22,95 € . Ecrivain(s): Eugen Ruge Edition: Les Escales

 

Bien souvent les sous-titres en disent plus que les titres. Tel est le cas du roman d’Eugen Ruge qui porte ce chapeau éloquent : roman d’une famille.

Il pourrait bien, de fait, n’y avoir qu’un seul personnage dans ce livre : la famille Umnitzer avec ses avatars, membres à part entière ou pièces rapportées.

La tribu naît avec la révolution spartakiste, lorsque Wilhelm, avec autant de conviction que d’opportunisme, adhère au parti communiste allemand. De période antérieure, il n’est pas question.

Dans un parallélisme remarquable, l’année 2001 sonne le glas du clan. Le lendemain de l’effondrement des deux tours, quand le livre s’achève, Kurt et Alexander, les fils et petits-fils de Wilhelm semblent bien mal en point. Et ce n’est pas Markus, le dernier né de la lignée, qui, entre deux séances de dope, reprendra le flambeau. D’ailleurs, est-il encore de la famille lui qui traite son père de sale con et son arrière-grand-père de ptérodactyle ?

Les orphelines d'Abbey Road Tome 1, le Diable vert, Audren

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 27 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, L'école des loisirs

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1. Le Diable vert, octobre 2012, 282 p. 14,80 € . Ecrivain(s): Audren Edition: L'école des loisirs

« – Je sais bien, ma grande, mais là, on n’a pas de solution ! déclara Margarita. Il faudrait sans doute que le chat se rallume… ou je ne sais quelle fantaisie délirante du genre. Même dans les romans que je lis, on ne trouve pas d’histoire aussi dingue ».

Et voilà bien l’impression du lecteur en refermant ce roman. Quelle histoire délirante mais quelque peu décevante ! Car Les orphelines d’Abbey Road semble être un roman scindé en deux, ne parvenant pas à choisir entre deux genres : roman d’apprentissage doté d’une subtile intrigue psychologique et fantastique. Certes, les deux pourraient cohabiter, se marier, mais ici il s’agit plutôt d’une succession qui ne fonctionne pas. C’est un livre qui en contient deux : dans le premier, nous sommes longuement plongés dans un étrange orphelinat tenu par des sœurs peu engageantes et égoïstes. Les jeunes filles qui y sont recueillies souffrent de la faim et du froid, se font punir pour des broutilles. Certaines sont presque forcées à devenir sœurs à leur tour. Margarita, Joy la narratrice et Prudence décident de s’enfuir en passant par un souterrain secret caché sous l’abbatiale. Lorsque Prudence s’aventure seule dans ce dédale, elle en revient métamorphosée et tombe gravement malade. Ses amies vont tout tenter pour la guérir. Les mystères planent : quel est ce manuscrit découvert sous l’autel et rédigé en latin ? quelle relation entretient Lady Bartropp avec le jardinier Dawson ? quelle est cette trace de brûlure étrange sur le poignet de Prudence ?

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 26 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Phébus

Certaines n’avaient jamais vu la mer, trad. USA Carine Chichereau, 142 p. 15 € . Ecrivain(s): Julie Otsuka Edition: Phébus

Julie Otsuka a déjà été remarquée par son premier roman Quand l’empereur était un dieu, publié chez le même éditeur qu’aujourd’hui. En effet, elle a impressionné son public par la précision de l’écriture et par la recherche historique qu’elle a dû effectuer pour restituer une période de l’Histoire américaine méconnue. Il s’agit de la déportation des Japonais- Américains dans les camps car ils étaient soupçonnés de pactiser avec l’ennemi. Avec ce roman-ci, Julie Otsuka persiste et signe. Elle met en lumière cette fois la destinée des femmes japonaises mariées à des époux résidant aux Etats Unis au début du siècle. Ces femmes traversent l’océan pour les rejoindre :

« Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était ».

Le roman ne se concentre pas sur une seule figure féminine censée porter sur ses épaules le symbole de la Femme bafouée. Julie Otsuka opte pour une autre stratégie narrative. Les noms propres se diluent dans un « nous » collectif qui rassemble toutes les voix perdues en une seule énumérant comme on égrène des chapelets de soutras la lente descente en enfer, les désillusions, des rêves brisés et un destin résigné de femmes muettes, asservies, avilies par des maris rustres et des patrons méprisants.

Le meilleur des jours, Yassaman Montazami

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 26 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Sabine Wespieser

Le Meilleur des Jours, août 2012, 144 p. 15 € . Ecrivain(s): Yassaman Montazami Edition: Sabine Wespieser

 

Ce livre, le premier de Yassaman Montazami, est un émouvant hommage au père, une manière de conjurer la perte et de faire vivre encore cette forte figure familiale au travers de l’écriture. Un père original, épris de justice, généreux et impertinent, doté d’un grand talent pour les pitreries, qui fut surnommé à sa naissance, en 1940, plusieurs semaines avant terme, Behrouz – en persan « le meilleur des jours ». Un enfant miraculé, premier né d’une famille aisée de Téhéran, et qui survécut grâce aux soins d’une mère, qui n’eut de cesse ensuite toute sa vie de veiller obsessionnellement à ce qu’il ne manque de rien. Behrouz est mort d’un cancer à Paris en 2006, et sa fille a alors pris le crayon pour l’immortaliser et nous plonger ainsi dans l’histoire de sa famille, avec un pied en France, l’autre en Iran.

Son père est envoyé faire des études à Paris vers la fin des années 60, il a d’ailleurs été éduqué en français, comme bon nombre d’enfants de la bourgeoisie téhéranaise de l’époque. Il se trouve alors « pris dans une ivresse sans limite devant la vastitude des connaissances qu’il pouvait acquérir à Paris » et comme ses parents lui assurent leur soutien pécuniaire, après avoir épousé Zahra, dans un élan romantique lors d’un retour à Téhéran, il restera un éternel étudiant.

Le dernier Lapon, Olivier Truc

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Métailié

Le dernier Lapon. septembre 2012. 453 p. 22 € . Ecrivain(s): Olivier Truc Edition: Métailié

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » - la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Deux policiers (un homme et une femme) mènent l’enquête. Lui, c’est Klemet, un indigène sami justement. Elle, c’est une jeune femme, policière de fraîche date, Nina. Ils forment un tandem attachant et sympathique. Klemet, vieillissant, désabusé par une vie médiocre, bougon mais au coeur d’or. Nina, jolie, intelligente et d’un sérieux à toute épreuve.