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La Une Livres

Le char de Jagannath et autres nouvelles, Mahasweta Devi

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Nouvelles, Actes Sud

Le Char de Jagannath et autres nouvelles, traduit du bengali par Claude Basu, novembre 2012, 233 p. 22 € . Ecrivain(s): Mahasweta Devi Edition: Actes Sud

 

En ces derniers jours de 2012, le viol collectif de Delhi fait une sinistre Une ; la jeune étudiante à qui la police avait proposé d’épouser un de ses agresseurs, « pour éviter la honte », s’est suicidée, et l’Inde a annulé les festivités du Nouvel An… L’immense pays-continent, la plus grande démocratie du monde continue de présenter alternativement sa facette ultra moderne, mais, plus encore, ses archaïsmes venus du fond des âges. Un Janus qui, souvent, a l’image de la femme…

C’est ainsi que le livre de Mahasweta Devi prend, dans cet étrange hiver, une couleur si particulière.

Auteur parmi les plus lus, en Inde, cette vieille dame de plus de quatre-vingts ans ne cesse, comme la roue du char de Jagannath de la mythologie, de mettre en scène la femme indienne, d’hier, et surtout d’aujourd’hui ; la vie, la famille, les hommes, le travail et tous les enfants de ce pays unique et dérangeant. Les luttes – est-il besoin de le dire ! sont au cœur de ses livres, comme autant de drapeaux et d’actes militants. Dans celui-ci, écrit avant le drame de Delhi, c’est à l’évidence le nom de l’étudiante qu’on aurait pu trouver en exergue du recueil de nouvelles, à moins qu’une histoire de plus n’en ait fait sa triste héroïne…

Maudit soit Dostoïevski, Atiq Rahimi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 11 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, P.O.L

Maudit soit Dostoïevski, mars 2011, 320 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Atiq Rahimi Edition: P.O.L

Un « Crime et châtiment » afghan

 

Dans Maudit soit Dostoïevski, Crime et châtiment bouleverse la vie d’un meurtrier afghan qui, dans sa ville déchirée par les luttes fratricides, tente d’appliquer la philosophie de Dostoïevski. Face au chaos de la guerre, le vrai crime de ce jeune intellectuel c’est la lecture et non le meurtre.

Maudit soit Dostoïevski est l’histoire d’un crime commis dans les années 1990 par un jeune homme afghan, à Kaboul où la vie est déchiquetée par les luttes fratricides après avoir été libérée des mains soviétiques. Le jour où ce jeune tue la vieille usurière Nana Alia chez qui travaille sa fiancée Souphia, Crime et châtiment le foudroie et l’empêche d’aller jusqu’au bout de son forfait. Le crime s’avère donc raté et pousse le meurtrier à s’identifier à Raskolnikov, héros de Crime et châtiment qui est lui aussi le meurtrier d’une vieille femme. Personnage central du roman, le jeune afghan a découvert l’œuvre de Dostoïevski en URSS où il était resté de 1986 à 1989 pour suivre des études. Gagné longtemps par l’aphonie, il prend conscience de l’absurdité et de la vanité de son crime et sombre notamment dans un abîme de culpabilité et de remords. Dans le dessein d’être jugé, il se livre ainsi de son propre chef à la justice pour donner un sens à son crime ; pour que sa souffrance prenne fin, et pour que son châtiment soit une leçon pour tous les criminels.

Protest song. La chanson contestataire dans l'Amérique des sixties, Yves Delmas et Charles Gancel

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 11 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Le Mot et le Reste

Protest Song. La chanson contestataire dans l’Amérique des Sixties, août 2012, 456 pages, 26 € . Ecrivain(s): Yves Delmas et Charles Gancel Edition: Le Mot et le Reste

 

Le livre que signent Yves Delmas et Charles Gancel aux Éditions Le Mot Et Le reste, Protest Song. La chanson contestataire dans l’Amérique des Sixties, se définit d’emblée non comme un livre d’Histoire mais d’histoires, non comme un documentaire, mais un concert. Il s’agit, au fil des morceaux de l’époque, depuis l’arrivée de Bob Dylan à New York en 1961 jusqu’au concert de Joan Baez en 1972, chantant sous les bombes américaines à Hanoï, de retracer, à travers le prisme de la chanson contestataire américaine, la révolution musicale et sociale des années soixante.

Un parcours de plus de dix ans, qui plonge le lecteur dans les tribulations de l’Amérique d’alors, traversée par trois grands mouvements : la lutte pour les droits civiques des Noirs, le triomphe de Dylan et du protest song traditionnel (1961-1964) ; la naissance du folk-rock, la guerre du Viêtnam, la radicalisation noire et la contre-culture (1965-1968) ; la troisième est marquée par l’opposition à la guerre du Viêtnam, puis par le reflux du protest song. Le livre, très érudit, retrace donc une décennie de turbulences qui ont amené de profondes transformations tant sur les plans économiques, sociaux et culturels.

Pourquoi je hais l'indifférence, Antonio Gramsci

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Italie, Rivages poche

Pourquoi je hais l’indifférence, traduit de l’italien, préfacé et annoté par Martin Rueff, 2012, 205 p. 8,65 € . Ecrivain(s): Antonio Gramsci Edition: Rivages poche

 

Lire Gramsci est naturellement un moment important pour la compréhension de l’histoire de la pensée au XXème siècle, de l’histoire du mouvement social et du communisme européen. Et pourtant le bonheur que procure la lecture de ce livre particulier n’a pas grand-chose à voir avec cela. On y trouve rassemblés des textes divers, portant sur les sujets de prédilection d’Antonio Gramsci : les valeurs humaines, la fonction de la culture, les vertus de l’homme privé, la grandeur des humbles. On y trouve surtout une écriture stupéfiante comparée aux grands textes du genre : à la fois très belle et totalement décalée par rapport aux « écrits politiques ». Loin de Lénine, de Mao, du Che, la petite chanson d’Antonio Gramsci fait entendre sa différence radicale.

Point de leçon de socialisme, point de credo révolutionnaire, point de méthode de prise de pouvoir ni de dictature du prolétariat ! Non. Des textes qui parlent de l’amour des hommes et le cœur de Gramsci se confond magnifiquement avec son intelligence. Gramsci aime le genre humain, authentiquement, pas comme « masse » de manœuvre. Il aime les hommes, les femmes du peuple un par un, dans leurs qualités personnelles, leur dévouement, leur labeur, leur humilité. Il aime la morale individuelle, la capacité des humbles à s’entraider, à se soutenir dans la misère, malgré la misère.

J'ai fait l'amour avec la femme de Dieu, Serge Gonat

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 10 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Récits, Québec, Myriapode

J’ai fait l’amour avec la femme de Dieu, octobre 2012, 204 p. 18 € . Ecrivain(s): Serge Gonat Edition: Myriapode

 

 

Récit fantastique ? Ecriture poétique délirante ? Conte de la folie peu ordinaire ?

Il y a un peu de tout cela dans cette histoire déroutante.

Bernardo, pieux puceau, vit à Quérouville, une société hors du temps où les règles du Bien et du Mal sont édictées par le mystérieux chef spirituel manichéen de l’Armée De Salut, un certain Lazard, qui s’évertue à détourner ses ouailles du péché de luxure.

Le Mal, le sexe en l’occurrence, est incarné, clame ce saint homme, par Madame Gilbert, la tentatrice, qui, en incitant Bernardo à lui faire la lecture des Onze mille verges d’Apollinaire, œuvre indexée comme satanique par Monseigneur Lazard, a pour dessein de le dévoyer et de l’amener à perdre avec elle son pucelage et davantage.