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L'Ouragan, Daniel Martinange

, le Jeudi, 20 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stéphane Million éditeur

L’ouragan, Mai 2012, 15 € . Ecrivain(s): Daniel Martinange Edition: Stéphane Million éditeur

 

Un livre, un style, une révélation. Trois qualificatifs qui résument à eux seuls le premier livre de Daniel Martinange.

Dans L’Ouragan (livre qui porte magnifiquement son nom aussi bien dans la forme, que dans le style), l’auteur nous fait son road book/movie à lui.

Une histoire d’amour passionnelle, écrite à la façon des nouvellistes américains.

Pour Antoine, la cinquantaine, tout commence par la découverte de celle qui sera la perle de sa vie, j’ai nommé : Bahia.

 

« Il l’avait rencontrée aux Baléares lors d’un voyage organisé, après le décès accidentel de ses parents… ».

« Depuis sa rencontre avec Bahia il n’avait plus ni cerveau ni sexe. Mais dans sa tête et son entrejambe un organe unique, indéfinissable, tout à elle dévolu. Se liquéfiant en elle il recevait en retour un torrent d’énergie, il se rechargeait. Erectile jusqu’au ciel il décrochait les étoiles. Elles tombaient sur la Terre, il se vautrait dans un tapis d’étincelles ».

Murtoriu, Marc Biancarelli (2 recensions)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Etienne Orsini , le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Murtoriu (Le glas), trad. du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi, 5 septembre 2012, 270 p. 22 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud

Recension 1

Murtoriu (Le glas) est le dernier roman de Marc Biancarelli. Ecrit en corse, comme pratiquement tous ses livres, il vient d'être publié dans sa traduction française. Au titre original, riche de connotations, a été ajouté un sous-titre intérieur, Ballade des innocents (une oraison funèbre au sens corse), soulignant l'hommage rendu par l'auteur à ces anciens Corses qu'il a connus dans son enfance et plus largement à toute cette société rurale mise à l'agonie par la guerre de 1914, comme celle de nombreuses zones montagneuses isolées dans le pays de Giono : un monde disparu dont l'inoffensif berger Mansuetu pour qui sonne le glas est le dernier témoin.

Marc-Antoine, libraire atypique et écrivain raté dont la vie sentimentale s'est avérée un fiasco, est incapable de trouver sa place dans cette société moderne pervertie par l'argent et l'égoïsme asservissant les hommes dans un rapport de domination et de soumission. Il a du mal à accorder ses mondes tant il est partagé entre sa vie présente, la réalité de ses désirs et de ses révoltes, et ses rêveries habitées par les fantômes du passé ou les créations de son imagination. Parvenu à mi-parcours, il se livre à un bilan dénué de toute complaisance, résolu à se battre pour franchir une nouvelle étape dans sa vie d'homme et d'écrivain.

Badawi, Mohed Altrad

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Babel (Actes Sud)

Badawi, 254 p. 6,60 € . Ecrivain(s): Mohed Altrad Edition: Babel (Actes Sud)

 

A quel prix se paye la conquête de la liberté ? Cette dernière doit-elle passer par l’effacement de sa vie, de ses origines, de ses racines ?

Mohed Altrad, dans son roman Badawi pose cette question, sans que celle-ci ne revête jamais un caractère inactuel ou passéiste.

Un jeune bédouin, Maïouf, est en bute aux contraintes imposées par sa famille, qui lui interdisent l’accès à l’école, une liberté de mouvement minimale, le libre choix de sa conjointe. Pour conquérir cette liberté, Maïouf fréquente l’école presque clandestinement, se joue de l’influence néfaste exercée par sa grand-mère, personnage habité par la volonté de nuire et de répandre le mal autour d’elle. Cette libération passe pour le jeune Maïouf, par l’excellence scolaire. Il l’atteint, se fait remarquer par ses enseignants, qui lui offrent une place dans un pensionnat, à Raqqah, localité de Syrie pas comparable à Damas ou Alep dans ses dimensions, mais qui lui ouvre les portes vers le monde extérieur. Sa situation de fils d’une femme répudiée entretient également sa révolte intérieure.

Acharnement, Mathieu Larnaudie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Acharnement, août 2012, 208 p. 19 €. . Ecrivain(s): Mathieu Larnaudie Edition: Actes Sud

 

Nul besoin de se plonger dans l’une des nombreuses biographies ou dans l’un des divers essais politiques qui accompagnent notre changement de règne. Acharnement nous propose une plongée dans les coulisses peu reluisantes, dans la cruelle fabrique de la parole politique. Ce roman détone par sa force satirique et sa lucidité, ses choix d’écriture audacieux, sa composition impeccable qui rappelle celle de L’Exercice de l’Etat.

Retiré de la vie politique et de la « confrérie des plumes », Müller s’est retranché dans une campagne aussi profonde que commune. Il croit avoir trouvé son Jardin d’Eden et tente d’y rédiger le discours parfait, revanche à son licenciement. Avec pour seule compagnie, un jardinier peu loquace dénommé Marceau. Alors que Müller s’acharne sur son texte, Marceau modèle la nature, la métamorphose en un parc luxuriant et les suicidés pleuvent depuis le viaduc qui surplombe la propriété. A ces suicides en rafale répondent les innombrables épisodes des séries télévisées qu’il regarde, les discours qui s’accumulent dans une ronde infernale. A ces chutes qui se succèdent répond la chute du grand homme pour lequel travaillait Müller. Par une série de retours-en-arrière, Mathieu Larnaudie dépeint une profession de l’ombre et relate les derniers moments de cette collaboration fusionnelle jusqu’à sa rupture brutale.

Discordance, Anna Jörgensdotter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays nordiques, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Discordance, août 2012. Trad suédois Martine Desbureaux. 535 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anna Jörgensdotter Edition: Jean-Claude Lattès

 

Discordance est un roman de femme. Allons bon, c’est bien la peine d’écrire un article pour dire ça, tout le monde l’a bien vu. C’est pourtant un roman de femme. Un roman qui dit d’une femme et sur les femmes ce qu’aucun homme ne pourrait ni dire ni sentir ni vivre.

On est en Suède, sur deux décennies. 1938-1958. On commence fort : la maison de Melle Filipsson brûle. Avec Melle Filipsson dedans !

« C’est Edwin qui a sorti le cadavre, il le sait. Svarten le lui a dit quand il est arrivé. Le corps était carbonisé, et lui, Edwin, avait posé son blouson de cuir sur son visage à elle, Malva Filipsson. Ca a dû être horrible. »

Cet incendie peut être entendu comme une métaphore du livre qui suit : des femmes vouées aux flammes. Ce n’est plus le bûcher des sorcières mais celui de la vie qui leur est promise. Cent fois damnées sur terre : Enfance de servantes familiales, adolescence de proies sexuelles, mariages plus ou moins voulus, vie de domestique, vieillesse (rare) de solitude. Et les enfantements terribles, douloureux et souvent mortels :