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Je sauve le monde quand je m'ennuie, Guillaume Guéraud

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 04 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Le Rouergue

Je sauve le monde quand je m’ennuie, illustrations nb de Martin Roméro, collection zig zag, octobre 2012, 96 p. 7 € . Ecrivain(s): Guillaume Guéraud Edition: Le Rouergue

 

Voilà un petit livre bien drôle et plein d’énergie qui prend le parti des rêveurs, des têtes en l’air, des touchent pas terre. Le pouvoir de l’imagination versus les tables de multiplication. Eugène, alias le Capitaine Sans-Gêne, s’est donné pour mission de sauver le monde des méchants, et de protéger tout particulièrement Lisa.

« Lisa est la plus jolie fille de toute l’école. Elle est forte en tout. Et tout le monde est amoureux d’elle. Même moi ».

Hélas, même Kévin, qui est « le gros costaud de la classe. Tout le monde veut être son ami. Sauf moi ».

Et en réalité, ou plutôt de l’autre côté de la réalité, en vérité, Kévin a été mis à terre et massacré bien plus d’une fois, par le capitaine Sans-Gêne, alias le cavalier le plus intrépide, le chevalier plus fort que les Jedi, le meilleur joueur de foot de la galaxie…

Anton Tchékhov, l'amour est une région bien intéressante

Ecrit par Lionel Bedin , le Samedi, 03 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Russie, Récits

Anton Tchékhov, L’Amour est une région bien intéressante, Correspondance et Notes de Sibérie, Trad. russe Louis Martinez, Éd. Cent pages, 2012 . Ecrivain(s): Anton Tchékhov

 

C’est entre avril et juillet 1890 qu’Anton Tchékhov effectue un voyage à travers la Sibérie vers l’Extrême-Orient russe, pour vérifier ce qu’on en dit, pour témoigner de la réalité de cette province isolée, pour voir le katorga (le bagne) situé dans l’île-prison de Sakhaline, un asile pour bannis et reclus. « Après l’Australie jadis, et Cayenne, Sakhaline est le seul endroit où il soit possible d’étudier une colonisation formée par des criminels ». Outre les tentatives pour le dissuader, il y a d’abord les questions sur l’utilité de ce voyage. « Admettons que mon voyage ne serve à rien, qu’il soit entêtement et caprice ; réfléchissez un peu et dites-moi ce que je perds en partant ? » On ne perd jamais rien en voyageant : « même si ce voyage ne m’apporte strictement rien, se peut-il malgré tout qu’il n’y ait pas sur sa durée deux ou trois jours dont je ne me souvienne toute ma vie avec enthousiasme ou amertume ? ». Il veut donc aller voir, écouter, étudier. Il en reviendra transformé.

Le voyage « aller » durera trois mois. La grand-route sibérienne – « la plus grande et apparemment la plus affreuse route du monde » – est assez sûre : on parle bien de vagabonds qui égorgent parfois « une misérable vieille pour lui prendre sa jupe et s’en faire des chaussettes », mais aussi des cochers qui ne volent pas leurs clients.

B comme bière, Tom Robbins

Ecrit par Alexandre Muller , le Vendredi, 02 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Gallmeister

B comme bière, trad. USA François Happe, 2 novembre 2012, 160 p. 8,60 € . Ecrivain(s): Tom Robbins Edition: Gallmeister

A la manière d’une chronique

 

Lorsque mon ami m’a rendu mon livre (Féroces infirmes retour des pays chauds), il se tenait assis dans un fauteuil. L’objet littéraire tournait et retournait entre ses mains respectueuses. Sa voix était calme et tout son être dégageait encore de la passion qui l’avait emporté sur ces territoires dont il revenait.

Je savais, quant à moi, depuis mon premier Tom Robbins (Une bien étrange attraction) que ce genre de lecture relevait de l’expérience presque psychédélique. Le terme n’est pas vain, la comparaison entre l’acide et Robbins pourrait sans doute être soutenue (j’ai expérimenté Robbins mais jamais l’acide, mon avis est que l’un est pour la littérature ce que l’autre est aux stupéfiants). « C’était incroyable » dit mon ami.

Si je me permets d’introduire mon article par une anecdote, c’est pour dissuader tout lecteur attaché à la littérature classique de pénétrer le dédale de comparaisons rocambolesques, de situations abracadabrantesques, de personnages survoltés, de scènes féeriques, accouchés par Tom Robbins.

Le dernier Juif de Tamentit, Amin Zaoui

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 01 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Maghreb

Le dernier Juif de Tamentit. Ed. Barzakh (Alger). Octobre 2012. 142 p. . Ecrivain(s): Amin Zaoui

 

 

Amin Zaoui écrit de gauche à droite – pour reprendre une des expressions qu’il aime à manier dans ses chroniques hebdomadaires « Souffles » du journal « Liberté » en Algérie. De gauche à droite, en français donc. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est en apparence seulement. Même s’il écrit la langue française avec un art étincelant, Zaoui sait que l’outil linguistique n’est pas la pâte culturelle que l’on rencontre à chaque page de ce livre.  La pâte culturelle vraie, elle s’écrit de droite à gauche. En arabe sûrement. En hébreu aussi et c’est là le fil rouge, la basse continue de cette oeuvre.

Cette pâte est d’abord algérienne. Ce livre n’est pas vraiment un roman, pas une narration, c’est plutôt un conte polymorphe et en cela il rejoint une tradition ancienne du conte algérien, voire arabe. Conte philosophique, moral, spirituel, érotique : le lien millénaire avec la grande littérature arabe est évident, il porte en fait cet opus.

Une vie d'ours, Christophe Fourvel et Janik Coat

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Novembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse

Une vie d’ours, Le Baron perché, septembre 2012, 32 p. 16,30 € . Ecrivain(s): Christophe Fourvel et Janik Coat

 

Un papa ours, une maman ours et des oursons… mais pas de Boucle d’Or dans cet album surprenant et délicat. Il ne s’agit pas d’une réécriture du conte en effet mais d’une leçon de vie indispensable : celle des générations qui se succèdent, de l’écoulement du temps qui compose une vie et conduit à la mort, avant de relancer un cycle nouveau. A partir d’un sujet complexe, les auteurs réalisent une œuvre évidente et sincère.

A partir de petits détails du quotidien de notre famille ours, se dessine ce processus presque intangible : une cruche que le plus fort peut soulever lorsqu’elle est pleine, une truite que le plus adroit parvient à pêcher avec facilité, une tarte aux mûres que l’on fait trop cuire, une cruche qui devient trop lourde à porter, un poisson que l’on laisse échapper. La vitalité, la force se transmettent, circulent d’une génération à l’autre : c’est « parce que la nature est bien faite ». Les ours dessinés sur le même modèle : de grands yeux ronds, un lourd museau noir, une allure trapue, ne se distinguent que par un accessoire (fleur, chapeau, vêtement de couleur) et leur taille qui évolue au fur et à mesure que les pages se tournent. Comme des ours gigognes en somme.