Identification

La Une Livres

La petite, Michèle Halberstadt

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 12 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel

La petite, août 2011 150 p. 12,90 euros . Ecrivain(s): Michèle Halberstadt Edition: Albin Michel

La quatrième de couverture de ce court roman intrigue : « J’ai 12 ans et ce soir je serai morte. » Et puis, dès la première page, on est happé par l’écriture de Michèle Halberstadt, douce et féroce à la fois, qui nous plonge dans la spirale du silence et du désamour dont peut souffrir une enfant à la veille de l’adolescence, avec ici pour décor la France des années 60.

Comment en vient-on à envisager la mort à l’âge où tout est possible ? Comment arrive-t-on à préférer disparaître quand la vie n’est que promesses ? Tout se joue à rien, un rien à peine palpable, un rien tu, un secret dont la douleur prend une dimension inversement proportionnelle aux années de celle qui le possède.


« A quoi bon vivre quand on craint à ce point d’être soi-même ?

J’avais peur de tout. Des baisers des garçons, du jugement de ma tante, du rire de ma sœur, du regard de ma mère.

Il n’y avait qu’avec mon grand-père que je n’avais peur de rien.

Ce soir-là, en éteignant la lumière, j’ai pensé pour la première fois qu’il serait doux de le rejoindre. » (page 92)

La mort de près, Maurice Genevoix

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 11 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, La Table Ronde - La Petite Vermillon

La mort de près, La table ronde, "la petite vermillon", 141 p. 7 € . Ecrivain(s): Maurice Genevoix Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

« Une longue existence, lorsqu’elle approche de son terme, propose des perspectives plus spacieuses et plus simples, en quelque sorte désencombrées. »


C’est en ces termes que Maurice Genevoix, clôt son récit. Un récit qui paraît en 1972, alors que l’auteur est déjà âgé, et qu’il sent sa fin proche. Si « Ceux de 14 » était le récit cathartique du jeune normalien où le rythme du récit est lié au besoin de témoigner de l’horreur, « La mort de près » apparaît comme apaisé, débarrassé des scories de l’émotion, désencombrées dit-il. Et plus loin : « ce qui a compté s’affirme, s’impose, avec une évidence qui devient vite impérative, car la conviction l’accompagne que cet acquis ne nous appartient pas ». L’essentiel, voilà ce dont veut témoigner Genevoix. Foin des apitoiements, l’heure pour lui n’est plus à la plainte, à la dénonciation ou à l’expression de son indignation. Il s’agit plutôt de dire par le menu la souffrance, les blessures, la mort, à l’aide de descriptions minutieuses, l’écrit est plus méthodique, plus précis, au service de l’essentiel, de ce qui devra servir à la postérité.

Les Griffes du Passé, Walter Mosley

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 11 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Editions Jacqueline Chambon

Les Griffes du passé (Known to evil). Nov. 2011. Trad. De l’anglais (USA) Oristelle Bonis. 355 p. 23 € . Ecrivain(s): Walter Mosley Edition: Editions Jacqueline Chambon

Walter Mosley est l’un des derniers dinosaures du roman noir américain. Il est tout droit sorti de l’univers irremplacé de l’âge d’or, celui de Raymond Chandler, de Davis Goodis, de Chester Himes. Son monde est pétri de la même pâte : la Ville, partout dévorante, létale, asphyxiée et pourtant d’une beauté écrasante. Les personnages de Mosley, depuis 20 ans et près de 20 livres, sont happés par la Ville comme des papillons par la lumière : ils s’y grillent les ailes mais n’en partiraient pour rien au monde. Le monde de Mosley est noir (dans tous les sens du terme, Walter Mosley, comme Chester Himes, est Afro-Américain) et mégapolitain.

Avec Les Griffes du Passé, on lit la deuxième enquête du nouveau héros de Mosley, Leonid McGill. Détective privé bien sûr (je vous l’ai dit, grand classique !), noir, désabusé, mais qui ne pourra jamais se défaire d’une croyance originelle en l’humanité. Malgré. Malgré tout. Et le « Tout » ce n’est pas rien !

A la recherche d’une jeune femme introuvable, Leonid va nous emmener dans un voyage improbable à travers un New York –évidemment – fascinant. Et pourtant tout a commencé par un coup de fil qui semblait annoncer une affaire des plus simples :

Habitare secum, François Léotard

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 10 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits

Habitare secum, Editions Sudarènes, Juillet 2011, 3,90 € . Ecrivain(s): François Léotard

Serait ce une réponse à cet « Indignez-vous ! » de S. Hessel que tout le monde, et même un peu plus, est censé avoir lu ? Un autre cri, après celui de l’anarcho-médiatique, un autre avertissement, venu cette fois d’une Droite républicaine se voulant morale et réfléchie, un peu sortie de l’ombre…

Et bien non ; cet Habitare secum (habiter avec soi-même – de Saint-Benoît) est d’un bien autre – et, meilleur, disons-le d’entrée – tonneau.

Ça commence par du Cendrars : « demain, quand nous prendrons la fuite… » ; ça nous parle de Joyce ; « le silence, l’exil, la ruse » ; on est dans quelque chose d’écrit – et, bien, ça se lit d’un coup d’ailes, mais en traversant un flot de paysages intenses qui ne nous lâchent pas ; sans tapage inutile et en rien racoleur ; il y a tout du long de ce petit opuscule, au format pratique et à la présentation soignée, cette constante élégance qui va avec l’auteur.

Qui n’a connu le Ministre, l’habitué des médias, le courtisé des projecteurs ; le ferrailleur courtois, mais acéré de débats ? Qui n’a en mémoire des valeurs revendiquées, posées, défendues par un homme que même la Gauche… Qui ne se souvient, au moins à la même aune, de l’autre face de la médaille : caricatures, controverses vénéneuses ; chasse à l’homme politique, qui, en nos climats, remplace quelquefois les safaris d’antan.

La Revue Littéraire (ed. Léo Scheer) N° 51 : Hervé Guibert

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 09 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Revues


Excellent numéro que nous offre LA REVUE LITTERAIRE (Léo Scheer), pour saluer la mémoire d’Hervé Guibert, disparu il y a vingt ans, le 27 décembre 1991.

Excellent parce qu’il évite tous les écueils du genre « mémorial » qui plombent en général ce genre d’entreprise. L’hagiographie « enthousiaste », l’érudition épuisante, le papillonnage autour de la seule figure centrale.

Dès l’avant-propos, Arnaud Genon pose le fil rouge du projet : que reste-t-il d’Hervé Guibert vingt ans après ? Et sa conclusion est des plus claires : il reste … Hervé Guibert !

Toutes les interventions ici ont un ton, un propos, un regard authentiques et à la sortie de la lecture de ce numéro on connaît mieux, loin des volutes sulfureuses des « buzzs » médiatiques de l ‘époque, Hervé Guibert. L’écrivain authentique, l’amant vénéneux, la source d’inspiration d’écrivains marqués par le structuralisme, le photographe passionné et étrange, et la myriade de facettes d’un écrivain, d’un homme qui – malgré la brièveté de son existence – a eu le temps d’être fascinant. Trop sûrement : d’avoir été, par sa sexualité, sa souffrance, sa maladie, sa mort, hyper-médiatisé, il souffre assurément aujourd’hui d’une sorte d’oubli injuste.