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La randonnée, Christophe Léon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Thierry Magnier, Jeunesse

La randonnée. Février 2012. 116 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Christophe Léon Edition: Thierry Magnier

Quoi de plus dépaysant pour un groupe d’adolescents qu’une randonnée en montagne ? Plus particulièrement lorsque ces ados viennent de grands espaces urbains et qu’ils ont été réunis dans un centre pour « jeunes en difficulté ». Sous l’égide d’un éducateur rasoir et sportif, Damien, Lisa, Mariam, Lukas et Jennifer vont découvrir à contrecœur les joies de la nature sauvage.

Le scénario proposé par Christophe Léon semble se dérouler de façon prévisible et reprendre des intrigues déjà vues ou lues. Or, l’auteur parvient à nous surprendre, et cela, de plusieurs façons. Tout d’abord, en donnant une version réussie des scènes consacrées : accrochages entre les ados, entre la forte tête et l’éducateur, marche en milieu hostile, pieds en feu et corps harassés, premières découvertes de la réalité de la forêt, feu de camp et guimauves grillées, nuit à la belle étoile, frayeurs et fous rires.


« Il se découvre étranger au cœur de la nuit, invité surprise d’une nature oppressante. »

 

Les ados se confrontent aux dangers réels de la nature : s’orienter, gravir un sommet, se retrouver nez à truffe avec un animal sauvage constituent de véritables défis.

Lointain souvenir de la peau, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 15 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Actes Sud

Lointain souvenir de la peau, 23,80 €, 444 p. traducteur Pierre Furlan . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

D'un côté il y a les îles artificielles avec leurs immeubles luxueux qui ressemblent à des empilements de jetons de poker, leurs résidences, leurs restaurants. De l'autre les quartiers populaires et le centre de Calusa, Floride. Entre les deux, un viaduc. Un tapis à six voies. Les piles du pont s'encastrent dans une dalle en béton. Cette dalle recouvre une île. Une île où s'échouent des tentes, des abris de fortune au bord de l'océan.

Sous le viaduc de Claybourne, un refuge d'exclus. Des condamnés pour abus sexuels en liberté conditionnelle. Tous portent un bracelet électronique. Sur internet, un carré de couleur informe n'importe qui de leur lieu de résidence, de leur photo, date de naissance, mensurations. Ils sont répertoriés, fichés, identifiés, localisés et en rapport hebdomadaire avec des contrôleurs judiciaires.

La loi stipule qu'un individu ayant commis un crime sexuel ne peut habiter à proximité d'une zone sensible où se trouvent des enfants. Des cercles concentriques s'étalent sur la carte de la ville d'où sont exclus les déviants. À quelques exceptions près, l'aéroport, le marécage et l'île sous le viaduc.

Le Diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Albin Michel

Le Diable, tout le temps (The Devil All The Time), 1er mars 2012, traduit de l’américain par Christophe Mercier, 376 p., 22 € . Ecrivain(s): Donald Ray Pollock Edition: Albin Michel

Le Diable, tout le temps est un livre « White Trash ». Terme qui désigne les laissés pour compte blancs des Etats-Unis, vivant dans des endroits miteux et qui essayent de joindre les deux bouts comme ils peuvent. Petits boulots, combines. Le cadre est sale et hostile, on boit, on se drogue, on se lave peu, très peu. Souvent, le seul moyen de s’arracher à sa condition est la violence.

Violent le livre l’est, assurément, et cette violence est d’autant plus palpable qu’elle est rendue par le style sec de l’auteur. Donald Ray Pollock ne se livre pas à de grandes envolées lyriques, de métaphores, de descriptions paysagères à la manière de Cormac McCarthy dont l’univers pourrait être proche (on pense à certains de ses livres comme Suttree ou Un enfant du bon dieu). Le ton est direct, froid, presque clinique. La phrase n’est jamais longue, ne s’envole pas, mais c’est pour mieux prendre à la gorge et ne plus resserrer son étreinte.

De la fin de la seconde guerre mondiale aux années 60, Le Diable, tout le temps met en scène plusieurs personnages, de l’Ohio à la Virginie Occidentale. Il y a Willard Russel, vétéran de l’enfer du Pacifique qui revient du pays hanté par des visions d’horreur. Son fils, Arvin, désemparé par le comportement de son père quand sa mère tombe malade. Carl et Sandy, un couple qui écume les routes à la recherche d’auto-stoppeurs qu’ils tueront après de sordides séances photos.

Entretien avec Hubert Guillaud (De la mesure à la démesure de soi)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 13 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Essais, Entretiens, publie.net

De la mesure à la démesure de soi. 08/03/2012, Collection Washing Machine, 3,99 € . Ecrivain(s): Hubert Guillaud Edition: publie.net

On a tous envie d’en savoir plus sur nous-mêmes. De comprendre ce qui nous arrive, les changements qui nous transforment, et pas seulement de s’arrêter à la perception que nous avons de ces changements…


Comment est venue l’idée de produire un tel livre ? Il fourmille de références et de renvois via l’hypertexte à d’autres contenus complémentaires ou sources d’informations. À quel type de public, selon vous, s’adresse-t-il ?


L’histoire de la collection Washing Machine (De la mesure à la démesure de soi en est le 5ème titre), publiée chez Publie.net, est née d’une rencontre entre François Bon et moi-même. Journaliste et rédacteur en chef d’InternetActu.net, le média en ligne et gratuit de la Fondation internet nouvelle génération, je publie depuis 10 ans des articles pour aider les lecteurs à comprendre la révolution numérique en cours. Mais le web a peu de mémoire : l’écosystème numérique favorise toujours un peu plus la nouveauté sur la perspective.

Karoo, Steve Tesich

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 13 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Karoo. Trad (USA) par Anne Wicke, février 2012. 608 p. 22 € . Ecrivain(s): Steve Tesich Edition: Monsieur Toussaint Louverture

C’est une drôle de maladie qui touche soudain Saul Karoo : alcoolique notoire, il devient incapable de se saouler. Pourtant, le « doc », expert en réécriture de scénarios, continue à boire, sans soif, de même qu’il continue à vivre : par habitude, pour ne pas décevoir. Parce que le mensonge, finalement, est tellement plus acceptable, cohérent, qu’une vérité qui n’a d’intérêt pour personne. Aussi malléable que les scénarios qu’il rafistole, il ne refuse qu’une seule chose : avoir une assurance maladie.

Étrange clown triste, Karoo fait soudain deux rencontres : une femme, un film. Et là, il cède à la tentation : réécrire sa vie, comme un scénario.

À travers la vie grotesque et tragique d’un scénariste américain, ce que nous propose Steve Tesich est une critique acerbe d’un entertainment qui ne sait que réduire le réel qu’à l’insignifiance et faire basculer la création dans le néant. L’humour, l’insurmontable distance avec lesquels le narrateur considère cet univers factice donne d’abord à ce dernier des allures faussement inoffensives : il s’agirait alors simplement de ne pas être dupe, et la passivité de Karoo peut être autant une complicité tacite qu’un efficace moyen de résistance.