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So long, Luise. Céline Minard

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 30 Août 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Denoël

So long, Luise, 2011, 218 pages, 17€. . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Denoël


Céline Minard suit un parcours des plus singuliers et nous la suivons depuis Le Dernier Monde avec un plaisir sans cesse renouvelé. So long, Luise se distingue encore une fois des précédents opus. Exit épopée de fin des temps, combats de kung-fu médiévaux et imprécations romaines, ici nous entrons en féerie. Et là encore, la magie Minard opère.

La narratrice, héroïne du roman et écrivain, achève la rédaction de son dernier texte, commencé il y a bien longtemps et remanié à de nombreuses reprises, son testament. Si Minard s’amuse avec le jargon juridique et se moque allégrement des prétendants à l’héritage, ce testament revient aux sources. Qui sont toujours sources de vie et du langage chez elle. En effet, So long, Luise signe avant tout une alliance, celle de deux femmes artistes, amoureuses et libre-jouisseuses. S’élève alors une parole testimoniale délivrant le récit de leur histoire, magnifique et débridée, pleine de folie et de savoir vivre pleinement. Festin réunissant humains et peuple faée, chasses à l’insecte, scènes de violence orchestrée par une vieille tarantinesque en puissance, ponctuent cette existence faite de petits riens et d’excès rabelaisiens.

Dire son nom, Francisco Goldman

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 29 Août 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Christian Bourgois, La rentrée littéraire

Dire son nom, Trad. Anglais (USA) Guillemette de Saint Aubin. 440 p. 19€ . Ecrivain(s): Francisco Goldman Edition: Christian Bourgois


Ce livre peut être ludique et léger, ou impudique et pesant comme la mort, pas plus que la mort. C’est, comme tous les récits autour de la perte, une question résurgente : pourquoi ?

La femme du narrateur, Aura, apparaît, la plupart du temps, comme une créature éthérée : c’est un lutin, un elfe, une fée, un petit personnage déroutant, fantasque, doutant, insaisissable. Femme-enfant à la fois spontanée et réfléchie. Le narrateur, le mari, la voit ainsi dans un arbre après sa mort, où son sourire seul lui apparaît, si effrayé à l’idée qu’il puisse la manquer, l’oublier.

La vie d’avant Aura se fait irréelle, imprécise, improbable : a-t-il vraiment vécu avant ? Perpétuellement interrogés, remués, sont le destin, la chance, la mort et la vie et son jeu de roulette : une chance sur (?) qu’ils se rencontrent, une chance sur (?) qu’ils s’aiment… une chance sur (?) que la vague sur cette plage-là soit scélérate, la mauvaise… « Esta es mia » dira Aura, avant de la suivre.

Piercing, Viviana Lysyj

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Amérique Latine, Roman, Le Serpent à plumes

Piercing, traduit de l’espagnol (Argentine) par Henri Müller, 2011, 279 p. 22 €. . Ecrivain(s): Viviana Lysyj Edition: Le Serpent à plumes


Piercing nous emporte au cœur d’une famille argentine dans une fresque sensuelle et féroce. Toutes les générations y sont confrontées aux questionnements, aux déboires et aux plaisirs d’une sexualité qui se plaît à dévoiler la vérité des êtres. La petite part à la découverte des mystères du baiser, la grande explore d’autres territoires en compagnie d’un amoureux ou d’un inconnu. La mère et le père soignent leur crise de la quarantaine par de brèves liaisons. Tantes et oncle touchent aux limites de leurs choix : virginité à trente ans, impossibilité de garder un amant…

Chacun s’embarque pour un voyage initiatique où les réponses s’esquissent dans l’écoute du corps, dans l’émergence du désir, dans le lâcher-prise. Que trouve-t-on au bout de cette quête ? Un baiser avec piercing ou un fabuleux œuf de dinosaure.

Le nain géant, Marc Petit

Ecrit par Guy Donikian , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

Le nain géant, l’arbre vengeur, mai 2011, 408 pages 21 euros. . Ecrivain(s): Marc Petit

 

Il faut remercier les éditions de L'arbre vengeur pour la réédition du Nain Géant de Marc Petit.

Voilà bien un bon livre, un qui nous rassure et qui donne envie d’aller plus loin encore. Un roman populaire, pour sûr, mais un roman bien écrit, avec une érudition à peine voilée, présente donc, mais jamais ennuyeuse.

L’histoire, tout d’abord, parce qu’il y a une histoire. Nous sommes dans la seconde moitié du 19 ième siècle, à Paris, Albéric Lenoir a une petite fabrique de jouets mécaniques et il nomme sa boutique «  Au Nain Géant », oxymore qui interroge. Mais l’inventeur du «  Nain Géant » décède et ne lègue à l’un de ses deux fils, Benjamin, que ce fameux objet. Et c’est la recherche de cet objet qui nous conduit du fantastique au merveilleux, tout en ne se défaisant pas de l’humour.

La quête du Nain Géant peut d’abord se lire comme un roman, la trame ne laissant jamais le lecteur en panne d’émotions et de questions, et la question centrale posée au lecteur est l’existence même du Nain Géant.

Souviens-toi de Hallows Farm, Angela Huth

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm, traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum, Quai Voltaire, 2011, 21 €. . Ecrivain(s): Angela Huth Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm est un livre sans prétention qui trouvera sa place parmi les lectures légères de vacances. Mais il pose un paradoxe : c’est un beau roman où il ne se passe rien, où les personnages rivalisent de vacuité. L’effet obtenu est curieux, on passe du plaisir à l’agacement d’une page à l’autre. Durant la première partie du livre, on suit ce que nous propose Angela Huth avec le sentiment qu’une tragédie va se nouer. On sait d’emblée que Prue n’est pas faite pour ce lourdaud de Barry, qu’elle a d’autres aspirations, après tout ce qu’elle a vécu dans un volume précédent, Les Filles de Hallows Farm – qu’il est complètement inutile de lire au vu des nombreuses références qui y sont faites ou qu’il faudrait lire avant pour espérer un peu plus de suspens.

Or, en réalité, non, Prue n’aspire qu’à redevenir une volontaire agricole et à s’ébattre dans la campagne. Cette femme est vaine, superficielle. Même la mort de son bébé – spectaculaire scène des prémices d’un l’accouchement parmi une horde de cochons grognant et agressifs – ne l’affecte pas. A l’approche d’un homme, elle entre en mode séduction et croit aimer parce qu’elle le veut. D’échec en échec, cette nouvelle Emma Bovary finit par réaliser qu’elle devrait mener sa vie, seule, comme elle l’entend, c’est-à-dire, dans un jardin.