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La Une Livres

Hideyoshi seigneur singe, Shiba Ryôtarô

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 08 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Japon, Philippe Picquier

Hideyoshi seigneur singe, traduit du japonais par Yoko Kawada, Sim et Sylvain Chupin, Collection Picquier Poche, 814 p. 12,20 € . Ecrivain(s): Shiba Ryôtarô Edition: Philippe Picquier

 

C’était de la comédie

 

Il est indéniable que Shiba Ryôtarô livre ici une œuvre littéraire de très haute facture. L’épaisseur du roman ne doit pas dérouter le lecteur car l’auteur conjugue à merveille l’érudition et le roman d’aventures. En effet, Hideyoshi seigneur singe n’est pas seulement un roman biographique retraçant la vie et l’œuvre politique de l’un des trois plus grands daimyôs que le Japon ait connu. Il est aussi un roman d’aventures car le lecteur suit Nobunaga, le maître de Hideyoshi et Hideyoshi lui-même dans nombre de batailles. La description est un des genres dominants dans ce roman. Elle est tour à tour épique et tragique lorsqu’elle décrit par exemple la mort de Nobunaga. L’alternance de ces deux tonalités donne de la vigueur et de la force au récit l’apparentant soit aux chansons de geste occidentales soit aux dits chers à la littérature japonaise. En effet, certains passages ramènent le lecteur vers des chapitres du Dit du Genji.

Nouvelles calédoniennes, collectif, Vents d'ailleurs

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 08 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Vents d'ailleurs

Nouvelles calédoniennes, Vents d’ailleurs/Ici & Ailleurs, 2012, 128 pages, 14,20 € Edition: Vents d'ailleurs

 

Sept auteurs, sept nouvelles, comme les sept notes de musique pour la richesse d’une mélodie, sept couleurs pour peindre l’arc-en-ciel d’une terre, celle de Nouvelle-Calédonie, terre de contraste, de métissage comme de conflits, terre d’ancêtres pour les uns, d’enracinement ou de passage pour d’autres. Sept nouvelles aussi différentes que les origines de leurs auteurs, et pourtant une terre, une seule, qui devient le lien, le creuset où se mélangent culture, rêves et parcours de chacun.

Sept nouvelles où souvenirs et fiction s’entremêlent pour tisser comme un manou, ce morceau d’étoffe à la fois utile et symbolique dans la coutume Kanak. Les Kanaks qui, ne l’oublions pas, sont le premier peuple de cette terre et on retrouvera leur souffle dans la majeure partie des nouvelles du livre, même si les auteurs sont d’origines diverses : kanak pour Waej Génin-Juni et Denis Pourawa, métisse pour Noëlla Poemate, néo-calédoniens de naissance comme Frédéric Ohlen et descendant de familles migrantes installées là depuis le XIXe siècle comme Nicolas Kurtovitch, mais aussi Française de Belfort comme Claudine Jacques, ayant pris racine là-bas à l’adolescence ou encore Bretonne partie vivre là-bas en 1989, comme Anne Bihan.

Ressacs, Yann Dupont

Ecrit par Marie Elora Bernard , le Vendredi, 08 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions Kirographaires

Ressacs, 201 pages, 17,95 € . Ecrivain(s): Yann Dupont Edition: Editions Kirographaires

Louis, le narrateur, est un jeune homme timide dont l’attitude va devenir détestable voire dérangeante. Le ton est donné dès les premières pages : alors que sa seconde femme est en train d’accoucher, il n’est pas auprès d’elle, préférant la tromper sous le toit conjugal. A côté de cela, il nous narre sa jeunesse, sa rencontre avec son premier amour, Jeanne, et son premier mariage (arrangé) avec Elizabeth. Les sentiments ne sont pas réciproques et si Louis a épousé cette femme, c’est parce qu’il n’a pas été capable de dire « non » à sa famille, d’assumer ses sentiments pour une autre femme. Un mariage par dépit.

« Ni belle, ni laide, Elizabeth avait le caractère agréable. Une bonne éducation et de bonnes manières. Pour un arrangement familial, j’aurais pu m’en accommoder ».

Cette histoire ne fait pas partie de celles possédant une réelle intrigue mais elle en reste, néanmoins, complexe. Si Louis se repent plus ou moins de ses actions, cela manque d’originalité mais cela reste efficace. Yann Dupont emmène le lecteur dans le Paris des années cinquante et soixante, en peignant un portrait des bourgeois pour lesquels laisser le choix des amours n’est qu’impossible. Par conséquent, l’ambiance peut être lourde entre mariage arrangé, honneur, famille, respect et adultère. Ce dernier thème est celui qui risque le plus de déranger puisqu’il paraîtra tour à tour intolérable et compréhensible.

Ce qui est arrivé à M. Davison, Jon McGregor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Nouvelles, Christian Bourgois

Ce qui est arrivé à M. Davison. Trad. Anglais Christine Laferrière février 2013. 295 p. 17 € . Ecrivain(s): Jon McGregor Edition: Christian Bourgois

 

Jon McGregor est définitivement de la lignée des écrivains qui se coltinent avec la langue même, la matière de l’expression. Les nouvelles qu’il nous offre dans ce recueil constituent une sorte de laboratoire d’écriture nouvelliste. Aucun des textes ne ressemble à un autre par la forme : phrases brisées, répétitions, inventaires, documents administratifs ou techniques, et même listes de noms propres, tout y passe comme dans une sorte d’exploration des canons de l’écriture. Dans la deuxième nouvelle, on a même un brouillon de poème, celui qu’est en train d’écrire l’héroïne de l’histoire : page de gauche la nouvelle et son déroulé, page de droite le poème de la femme en « work in progress »

 

« Quand vient l’aurore

Quand la première lueur pénètre depuis l’est

Le ciel est de la couleur des billes.

D’un gris médiocre et vitreux » (En hiver le ciel)

Visage de feu, Marius von Mayenburg

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 07 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Théâtre, L'Arche éditeur

Visage de feu, traduction de l’allemand par M. Blezinger, L. Muhleisen et G. Milin, 63 p. 14 € . Ecrivain(s): Marius von Mayenburg Edition: L'Arche éditeur

 

Feuergesicht, le titre allemand de la pièce de Marius von Mayenburg plus encore que sa traduction en français, Visage de feu, dit dans son mot unique la puissance de ce qui brûle Kurt, le jeune adolescent en pleine puberté, personnage central de l’œuvre : frère incestueux, fils pyromane, lecteur incendiaire du grec Héraclite.

Pourtant la pièce semble nous installer dans une logique de peinture sociale. La middle class allemande constitue la liste des personnages. Le père, Hans est ingénieur, sa femme sans nom reste au foyer pour s’occuper de leurs deux enfants : Kurt donc et sa sœur Olga. Cette dernière a un petit-ami, Paul, amateur de moto, en conflit avec son propre père pour de sombres histoires d’argent. Les voici attablés prenant leur repas comme l’indique la première didascalie du texte (p.9) de même p.39. Ils devisent tous les quatre sur un quotidien dérisoire. Nous retrouvons les parents dans leur chambre à coucher, Hans lisant les faits divers dans son journal. Mais assez vite, la respectabilité bourgeoise vole en éclats. Dans la salle de bain, la mère fait sa toilette intime sous les yeux de son fils indigné de cette impudeur. Peu à peu, d’ailleurs, les parents et les enfants vont s’éloigner les uns des autres. Tout n’est qu’apparence au fond. Le texte de la pièce est une ouverture au sens musical du terme. Il s’agit du cri organique de la naissance poussé par Olga et Kurt :