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La Une Livres

God's Pocket, Pete Dexter

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 03 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Points

God’s Pocket (A Nover), Points Roman Noir, traduit de l’anglais (USA) par Olivier Deparis, 384 p. 7,50 € (1983) . Ecrivain(s): Pete Dexter Edition: Points

 

God’s Pocket. Un titre mystique pour un livre qui ne l’est pas… tout à fait. Car il ne s’agit pas de « la poche de Dieu » ou d’une métaphore quelconque, mais simplement du quartier ouvrier de Philadelphie où se déroule le roman.

L’un des personnages, le journaliste du Daily News Richard Shellborn le décrit ainsi :


« Les ouvriers de God’s Pocket sont des gens simples. Ils travaillent, suivent les matchs des Phillies et des Eagles, se marient et ont des enfants qui à leur tour habitent le Pocket, souvent dans les maisons même où ils ont grandi. Ils boivent au Hollywood ou à l’Uptown, de petits bistrots d’aspect crasseux perdus dans la ville, et ils s’y débattent avec la passion des choses qu’ils ne comprennent pas. Politique, race, religion ».

Esprit chien, Luc Lang

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 29 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock

Esprit chien, 2010, 270 p., 19 € . Ecrivain(s): Luc Lang Edition: Stock


Luc Lang poursuit son travail avec cohérence. Il écrit après Malcolm Lowry et James Joyce. Joyce surtout. Et digérer Joyce n’est pas rien. Lang serait-il un Valéry Larbaud 100 ans après ? Plus drôle et cruel que cruels, les dernières nouvelles, Esprit chien est une œuvre cynique au sens strict et au sens courant. Qui donc sera réhabilité ? Diogène ou Antisthène ? Monime ou Onésicrite ? Cratès ou Métroclès ? Ménippe ou Ménédème ? Bion ou Cercidas ? Encore un effort, voici Hipparchia ! La cynique femme : Anne-Laure Chinon, fondatrice chic d’une fondation chic pour chiens chics, dans le Neuilly chic. Voisine du narrateur Dante Buzzati, elle le transformera en éperdu toutou amoureux pour mieux mettre le collier à son seul héritage : une maison familiale âprement acquise à coups de marteau de son père mineur italien manchot pas très chic et les pourboires de sa mère, serveuse dans un bistrot. La vie de chien ne saute pas toujours de génération. Délivrez Dante de sa descente aux enfers !

Les chapitres ont l’intitulé de races choisies. On se rappelle la construction cachée de l’Ulysse de Joyce. La langue de Luc Lang oscille entre les djinns de Victor Hugo et le parler djeuns. Un rap classique en somme. Un cocktail explosif où l’on suivra les quelques traces d’un certain Nicolas de Neuilly, d’une Cécilia, d’un Luc Ssébon (grand cinéaste du bleu) et de son copain Jean Nero (éternel plongeur sans bouteille)…

L'or des rivières, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 26 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Roman, Récits, Actes Sud

L’or des rivières, 2010, 126 p. 13 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

L’Or des rivières est un roman en sept récits. On peut le lire en commençant par le quatrième « chapitre » intitulé Les arbres. C’est, me semble-t-il, le moyen d’apprécier d’emblée le projet rare qu’accomplit Nimrod. Ce projet, le poète tchadien l’énonce dans le troisième récit intitulé Le retour : « Mon voyage n’avait pour unique objet que celui d’inscrire ma présence dans le paysage ». C’est le retour d’un « orgueilleux qui a les poches vides » dans un pays où la guerre, sporadique, dure depuis trente ans, dans un Tchad dont les paysages, jadis, émurent André Gide. Et comme Gide autrefois, Nimrod décrit en se décrivant et en se voyant sentir. Il parvient ainsi à ne pas rendre les armes devant une réalité qui est faite à la fois de beauté et de laideurs.

Face au pays dont, sans en avoir l’air, il n’escamote rien des afflictions, Nimrod oppose donc sa sensibilité et son esprit. C’est plus qu’un simple rempart. L’affaire est d’importance. Ce n’est pas impunément que le poète remet les pieds là où il est né. D’emblée, il s’agit de défendre et de se défendre. Les gens ici sont occupés à faire des révolutions ineptes, à rouler en Land Cruiser, à ignorer la beauté des lieux où ils se démènent ainsi. En réalité, le poète est au front. Dans Voyage au Congo, André Gide s’exclame presque : « A présent je sais ; je dois parler ». Par ces mots, il ne signifie pas qu’il doit s’engager, prendre parti, combattre, mais plutôt se défendre contre l’horreur de ce qui est, affirmer l’intégrité de son esprit.

Sous la glace, Louise Penny

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 25 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Pays nordiques, Actes Sud

Sous la glace. Novembre 2011. Actes Sud (actes noirs). 348 p. 23 € . Ecrivain(s): Louise Penny Edition: Actes Sud

 

« Sous la glace » est un livre « confortable », chaleureux, plein de bonheur de vivre. Et pourtant c’est de mort qu’il s’agit. De mort violente qui plus est, puisque l’affaire tourne autour de l’assassinat d’une femme, lors d’un match de curling, à Three Pines au Québec. Mais le policier chargé de l’enquête, lui-même familier de Three Pines, va évoluer et nous emmener avec lui, dans un monde merveilleux : un village québécois, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Montréal, à la veille de Noël.

L’inspecteur-chef Armand Gamache doit élucider une bien étrange affaire de meurtre. La très antipathique CC de Poitiers (ça ne s’invente pas !) a été assassinée en plein milieu d’un public qui regardait, lors des festivités de Noël, un match de curling. Pour ceux qui ne connaissent pas (pardon à nos ami(e)s québécois(e)s, ça existe !), il s’agit de ce jeu où on lance sur la glace une espèce de gros fromage de pierre pour atteindre une cible dessinée au bout de la piste. Tout à coup, grande agitation, on retrouve CC de Poitiers raide morte, électrocutée ! Vous avez bien lu, électrocutée, au milieu d’un public de spectateurs, sur un sol gelé.

Onze ! Xavier Deutsch

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Décembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Mijade

Onze ! Ed. Mijade, 2011, 142 pages, 7 € . Ecrivain(s): Xavier Deutsch Edition: Mijade

 

Lire une épopée est rare de nos jours, à moins de se replonger dans les récits homériques et leurs réécritures. Lire une épopée traitant d’un match de football semble du coup une gageure parfaitement insurmontable. Xavier Deutsch réussit pourtant ce pari fou d’emporter son lecteur dans une histoire qui n’a l’air de rien, dans une histoire qui ne fera pas vibrer les seuls lecteurs de l’Equipe, mais bel et bien, tout lecteur qui a du cœur.

La réalité du foot se retrouve pleinement ici, reprise dans un style neutre et éloquent où viennent poindre des références discrètes mais efficaces. Dans sa mythologie, on a déjà rejoué plusieurs fois ce scénario : une équipe d’anonymes affrontant un club de légende. La puissance des chants de milliers de personnes venant encourager les guerriers du stade. Comme l’appui fragile ou maladroit de leurs familles. Mais la lutte de ce David des Flandres contre un Goliath aussi phénoménal que l’AC Milan dépasse toutes les attentes.

Rouillon, le coach vosgien, clope au bec, attablé dans un zinc, tout droit sorti d’un roman de Simenon ainsi que son adjoint fidèle et taciturne, a décidé que seuls onze joueurs seraient présentés lors du match décisif, pas un de plus : « un collectif total », « une armée composée d’amants » qui se doit d’être invincible.