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Les poissons viennent de la forêt, Jean-Yves Loude

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Contes, Jeunesse, Belin

Les poissons viennent de la forêt, images d’Alain Corbel, Belin, terres insolites, 126 p, 5,60 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Loude Edition: Belin

Jean-Yves Loude aime briser un peu les codes : quand il écrit des livres pour la jeunesse, c’est pour faire lire les moins jeunes. C’est une stratégie. Il faut même parfois un long chemin pour s’initier aux contes de fée. Ainsi Bruno Bettelheim.

Ici plusieurs rendez-vous sont proposés au lecteur. Historique, géographique, anthropologique. Au milieu du XVI° siècle, un bateau d’esclaves angolais fait naufrage sur la petite île de Sao Tomé. Ce groupe transmettra ses rites et ses mythes jusqu’à nos jours. J.Y. Loude les a approchés. L’histoire de Kéta est plus qu’un hommage : une plongée géographique, une traversée historique, un témoignage anthropologique. Loin des clichés scolaires « culture et civilisation », le récit de Kéta va tutoyer l’universel.

« Depuis que je suis mort, je suis devenu bavard… ». Ainsi commence l’histoire de Kéta. Quelle histoire ? Mais quelle histoire ! Une histoire de décision. Une Vie. Décision pour Kéta de quitter le monde des morts (qui est le monde des vivants ancêtres du XVI° siècle ?) pour se réincarner, ici et maintenant, en un fils, forcément quand on n’est qu’esprit… Ah la filiation. Revient en mémoire la litanie œdipienne : de qui donc suis-je né ? Les Grecs ici sont noirs. Les Hellènes se métissent. Les Angolares sont de grands résistants. Et Kéta un de leurs descendants. Quel sera son héritage ?

Monstres et dragons, Encyclopédie mythologique, Matthew Reinhart et Robert Sabuda

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 17 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Monstres et dragons, Encyclopédie mythologique, traduit de l’anglais par Marjorie Bourhis, 2011, 30€. . Ecrivain(s): Matthew Reinhart et Robert Sabuda Edition: Seuil Jeunesse


Monstres et dragons est le dernier volet d’une Encyclopédie mythologique enchanteresse et regorgeant de culture et de surprises. Vous y serez assaillis par une tête de Méduse terrifiante, par un vampire sortant de son cercueil ; des dragons rugissant y dansent dans le ciel ou s’affrontent à des chevaliers ; le fabuleux Kraken y précipite un navire au plus profond des abysses ; un loup-garou y hurle la douleur de sa métamorphose ; un cyclope s’y transforme en fossiles préhistoriques…

Vous l’aurez deviné, il s’agit d’un pop-up ; où par de savants jeux de pliages et d’imbrications, les auteurs proposent un voyage ludique et savant, une féerie pleine de frissons, aux curieux de tous les âges. Chaque page offre une première apparition accompagnée d’explications claires et précises, les fenêtres gigognes apportent des compléments sur des mythes similaires.

Calligraphie des rêves, Juan Marsé

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 16 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Récits, Christian Bourgois

Calligraphie des rêves, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, 412 p. 20 € . Ecrivain(s): Juan Marsé Edition: Christian Bourgois


Une lettre à l’adresse indécise, mal adressée, un messager hésitant entre la littérature et la musique, deux manières d’exprimer la moelle d’une réalité qu’il préfère placer à côté, ou mettre de côté. Un mal entendu, le doigt manquant, celui qui échappe à Ringo, l’empêchant de devenir pianiste et/mais l’obligeant à s’appliquer à tenir le stylo entre pouce et majeur, ne pas écrire n’importe quoi, repasser la phrase dans sa tête, avant de jeter les mots : chacun aura sa place comme les notes sur une portée : « (…) l’autre (main) s’obstine à cacher, avec pudeur, la première annotation, quand, attentif à d’autres échos et à un autre rythme, il décide de corriger et de préciser davantage. (…) Il croit que ce n’est que dans ce territoire ignoré et abrupt de l’écriture et de ses résonances qu’il trouvera le passage lumineux qui va des mots aux faits, endroit propice pour repousser l’environnement hostile et se réinventer soi-même » (p.207).

L’ « art de bien écrire », la transmutation. Fixer des rêves comme des vertiges, les laisser s’imprégner de réalité : « (…) C’est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l’oubli » (p.19).

Croc Attack, Assaf Gavron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 15 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Payot Rivages, Israël

Croc Attack, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen et Marta Titelbaum, 2011, 377 p. 23 € . Ecrivain(s): Assaf Gavron Edition: Payot Rivages

Eitan Enoch, dit Croc, vit et travaille à Tel-Aviv. Sautant dans le 9 bis comme tous les matins, il réchappe à un attentat… et bientôt à deux autres. Devenu le miraculé, symbole de la résistance à la violence terroriste, Eitan devient le « Croc des Attentats ». Mais Croc n’est pas le seul « héros » du livre. Son histoire alterne avec celle de son alter-ego palestinien. A Jérusalem, Fahmi nous parle depuis son lit d’hôpital où il lutte pour survivre à ses blessures. Il n’est pas une victime comme Croc mais un terroriste.

Croc se fait alors interviewer par une star de la télé, donne son avis à la radio, joue le jeu sans le vouloir de la propagande officielle. Il se trouve à présent propulsé au rang d’expert et peut prêcher la bonne parole à tous ceux qui veulent l’entendre. « Et puis tout est rentré dans l’ordre, comme il se doit quand on est vivant ». Mais le crac du temps capitalisé de Time’s Arrow, le héraut de la vie à cent à l’heure, s’avère bien plus bouleversé qu’il ne veut bien le croire, et cela se traduit par le fait qu’il se croit investi d’une mission : dans le minibus qui a explosé, un homme lui a parlé, et Croc se retrouve avec le portable de cet inconnu mort. Il n’a de cesse de retrouver qui il était et les raisons de sa présence inhabituelle à Tel-Aviv. Une enquête rocambolesque, une aventure amoureuse s’en suivent où toutes les valeurs, les habitudes, les sentiments de Croc seront chamboulés.

Noces de verre, Philippe Routier

Ecrit par Paul Martell , le Dimanche, 15 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Stock

Noces de verre, janvier 2012, 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Philippe Routier Edition: Stock

La banalité du mal.

La formule d’Hanna Arendt pourrait s’appliquer au livre de Philippe Routier, Noces de verre, qui nous propose un voyage très éprouvant pour les nerfs.

Le père de Khadija, Tareq, est épicier à Puteaux. Après la mort de sa femme, il décide de retourner au pays, à Essaouira au Maroc. Khadija a 19 ans, elle travaille dans un magasin Relay et, pour elle, ce départ est le début d’une « cruelle solitude » qui durera de longs mois. Solitude que semble briser, un an plus tard, sa rencontre avec Virgile dans une laverie automatique.

Virgile suit des études pour devenir prothésiste dentaire et il est passionné de tuning. Ce n’est pas exactement le coup de foudre entre les deux gens, mais ils vont être amenés à se fréquenter et à se plaire l’un l’autre.


« Khadija voyait en son compagnon un garçon un peu fruste au charme puissant, plein de tonus, qui aimait potasser ses cours et qui saurait se bâtir un solide avenir. Elle avait besoin de s’appuyer sur un jeune homme de cette trempe pour entamer une nouvelle vie. Cette nécessité affaiblissait son discernement et lui ôtait toute méfiance. »