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La Une Livres

Tout contre Sainte-Beuve, Donatien Grau

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 15 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Grasset

Tout contre Sainte-Beuve. L’Inspiration retrouvée, coll. Figures, janvier 2013, 408 pages, 24 € . Ecrivain(s): Donatien Grau Edition: Grasset

 

Du côté de chez « Moi »

 

Le « moi », quels que soient les détours qu’il emprunte, a envahi la littérature française contemporaine, nous dit Donatien Grau. Certes, indéniablement, il est omniprésent. C’est désormais convenu. On s’accorde de même avec lui pour dire que dans cette ego-littérature, on trouve le meilleur et le pire… Mais là n’est pas la question.

Dans son introduction au présent essai, l’auteur s’intéresse à la raison de cette effervescence actuelle : à l’heure de la mondialisation où l’individu se noie dans la masse, « le combat, ou l’un des combats proprement politiques de la littérature contemporaine consiste à préserver au Moi le droit et la capacité à exister ». Cependant, paradoxalement, le « moi » n’est pas pensé aujourd’hui. C’est donc en soumettant à l’examen celui que Donatien Grau considère comme le modèle de cette écriture de soi autofictionnelle, Marcel Proust, plus précisément dans sa relation et son inimitié apparente avec Sainte-Beuve, que cette réflexion est possible.

Visions de Cody, Jack Kerouac

Ecrit par Christian Massé , le Vendredi, 15 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Visions de Cody, préface d’Allen Ginsberg, traduit (USA) Brice Matthieussent, 725 pages . Ecrivain(s): Jack Kerouac Edition: Folio (Gallimard)

 

Avant de prendre le « ferry » pour Staten Island, Jack s’offre une bière à quinze « cents » dans un bar. Appuyé sur l’avant du pied comme Cody en quête de travail, il sait ce qu’il va faire à Staten Island : ruminer toutes ses visions de Cody, réfléchir aux choses les unes après les autres, partir vers Cody ! Finalement, il ne va pas à Staten Island ! Tout en haut de Wall Street, l’aube de pluie enveloppe encore la cathédrale Saint-Patrick.

La constellation Cody ! Jack fait souvent le même rêve : en costume, les costumes paraissent toujours neufs sur lui, cheveux hirsutes et ébouriffés ayant pâti de l’excitation des cafés dans les couloirs obscurs des sensualités […] Un jeune type, né dans un hôpital de miséreux, au visage osseux paraissant avoir été comprimé contre des barres de fer ! Son ambition : conquérir le monde des hommes qui vivent parmi les ombres, au-delà des néons qui clignotent. Mais la réalité est autre : défoncés à l’herbe dans des piaules à marijuana, vrais clodos de caniveau. Le bonheur ne s’appelle pas Amérique. L’Amérique, c’est être traqué par la police à travers le Kentucky et l’Ohio et dormir avec des rats… dans un lit proustien, avec la Dive bouteille !

N'en faites pas une histoire, Raymond Carver

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, USA, Poésie, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

N’en faites pas une histoire (No heroics, please, 1991) trad (USA) François Lasquin (2012) 294 p. 15 € . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Nous avons droit dans ce 8ème opus des œuvres complètes de Raymond Carver chez l’Olivier, à des miscellanées. Un bric-à-brac littéraire étincelant, celui de l’artisan de l’écriture le plus doué de sa génération. Des nouvelles de jeunesse, stupéfiantes déjà de maîtrise narrative et qui laissent présager clairement l’économie des futures grandes nouvelles : minimalisme des moyens mis en œuvre, langue épurée et faite des mots les plus simples et les plus justes, la traque obsessionnelle de la réalité la plus banale :

 

« Il se rase. En tournant la tête, il peut voir ce qui se passe dans le séjour. Iris, de profil, assise sur le tabouret, devant la vieille coiffeuse. Il pose le rasoir, se rince le visage. Ensuite, sa main se referme à nouveau sur le manche du rasoir, et au même instant il entend les premières gouttes de pluie sur le toit … » (In « Furieuses saisons »)

La petite marchande de souvenirs, François Lelord

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès

La petite marchande de souvenirs, 13 février 2013, 382 pages, 18 € . Ecrivain(s): François Lelord Edition: Jean-Claude Lattès

 

Le titre de ce roman peut paraître anodin et annoncer un récit très ordinaire. Il n’en est rien. Nous sommes en 1995 à Hanoi. Le Vietnam commence très timidement une période d’ouverture. Julien est médecin auprès de l’ambassade de France ; il se trouve à ce titre en contact avec des expatriés, des diplomates, des médecins, des membres d’organisations internationales telles que l’OMS. Julien fréquente le docteur Dàng, qui dirige un service dans un hôpital de Hanoi. Il est en relation régulière avec Fleur, étudiante vietnamienne qui lui donne des cours pour améliorer sa connaissance de la langue vietnamienne qu’il regrette de ne pouvoir maîtriser complètement. Il rencontre également Clea, médecin britannique, membre de l’OMS. Elle est amoureuse de lui, mais Julien, sans être indifférent à sa personne, n’ose aller jusqu’au bout de ses sentiments. Il se censure, se réfrène. D’autres personnages sont attachants : ainsi Wallace et Margaret, son épouse. Wallace est un ancien du Vietnam, il a été prisonnier de guerre et interné à ce titre plusieurs années, est revenu dans ce pays. Il lui est lié viscéralement.

Une quête infinie, Mary Johnson

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Robert Laffont

Une quête infinie, 18 février 2013, traduit de l’anglais (USA) Marianne Reiner, 480 p. 22 € . Ecrivain(s): Mary Johnson Edition: Robert Laffont

 

Sous-titré « Auprès de Mère Teresa, mon itinéraire entre passion et désillusion », Une quête infinie est un captivant témoignage. Mary Johnson y raconte, avec une impressionnante franchise, son parcours de nonne catholique.

Cela commence un jour de 1975, où elle tombe sur une photo de Mère Teresa à la une du Time. Subjuguée par le personnage, elle prend alors, du haut de ses 17 ans, une importante décision vers laquelle convergeaient alors tout son être et ses plus profondes aspirations. Elle ne pouvait imaginer plus belle vie que celle qui se consacre entièrement à apporter soutien et compassion aux plus démunis de ce monde.

Aucun membre de sa famille ne put la décourager d’arrêter ainsi ses études, pour se retrouver dix-huit mois plus tard dans un couvent du sud du Bronx, face à Mère Teresa, qui lui dit en accrochant un crucifix sur sa chemise : « Reçois le symbole de ton époux crucifié. Porte sa lumière et son amour dans les demeures des pauvres partout où tu te rendras ».