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Un sujet français, Ali Magoudi

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel, La rentrée littéraire

Un sujet français, 410 pages, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Ali Magoudi Edition: Albin Michel


« Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras », disait souvent Abdelkader Magoudi à son fils, Ali, l’auteur du livre, psychanalyste de formation. Mais le père n’a jamais raconté et il a emporté dans sa tombe les secrets de cette vie romanesque. Une vie marquée par la colonisation française, par son statut d’immigré nord-africain débarquant en France, par l’occupation allemande, par Vichy, par le nazisme, par le communisme en Pologne ou la décolonisation…

Ali Magoudi décide de se lancer dans l’enquête, car il a un fils en âge de poser des questions et qu’il veut pouvoir lui donner des réponses.

Il part de quelques documents. Il va devoir fouiller dans les archives de l’administration française. Il voyagera aussi en France, en Pologne ou en Algérie, sur les traces de son père. Le travail est long et fastidieux, il avance par sauts de puce, à peine des grains de poussière. Quand il avance…

« Je mesure la démesure des territoires mnésiques à conquérir ».

Ariel, Sylvia Plath

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 11 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Gallimard

Ariel. 113 p. Poésie / Gallimard 5 € (réédition Gallimard Du monde entier, 2006). . Ecrivain(s): Sylvia PLATH Edition: Gallimard

La mort pour mettre fin à la vie du désastre.


Sylvia Plath, Ariel, présentation et traduction de Valérie Rouzeau, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2009, 5 euros.

Ariel paraît en 1965, « deux ans après que Sylvia Plath s’était donné la mort à Londres, par l’un de hivers les plus froids qu’ait connu l’Angleterre ». Ces poèmes ont été écrits pour la plupart « entre octobre 1962 (après le départ de Ted Hughes) et février 1963 – les derniers écrit sont datés du 5 février, il s’agit des poèmes « Balloons » (« Ballons ») et « Edge » (« Extrémité »). Sylvia est morte le 11 », comme le note Valérie Rouzeau dans son avant-propos. Il faut saluer une fois encore, à l’occasion de cette réédition en poche, après que l’a fait Jean Bogdelin au sein de La Cause littéraire, sa traduction, libre et inventive autant que précise, qui permet aussi de mesurer à quel point les trouvailles poétiques de Plath ont enrichi son écriture non pas de traductrice mais de poétesse : Pas revoir bien sûr, mais surtout Quand je me deux (Le Temps qu’il fait, 2009), ou encore Va où (Le Temps qu’il fait, 2002).

Les Mamiwatas, Marc Trillard

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 09 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Les Mamiwatas, Août 2011, 296 p, 21 € . Ecrivain(s): Marc Trillard Edition: Actes Sud


Le lecteur averti se souviendra toujours d’une confidence de Michel Leiris et comment il succomba aux charmes d’une Ethiopienne (ces femmes qui passent parfois pour les plus belles du monde). Séduction ou possession ?

Théâtre ou expérience vécue ? Sans doute un breuvage d’étranges mélanges.

Ici, nous sommes au Cameroun, de l’autre côté de l’Afrique fantôme.

Mike, qui n’est pas l’auteur (il souligne une certaine distance à l’égard de « l’autofiction »), dirige l’Alliance Française de Buea. Alliance en déliquescence. Au bord de l’océan, sévissent de drôles d’Atalantes (elles courent si vite que nul homme ne peut les rattraper ; seuls qui y parviennent les épousent… ). Tandis que la révolte et les violences grondent en dessous du volcan, Gloria accepte un verre de Mike dans les profondeurs d’un bar nocturne.

« Elle l’attendait sans l’attendre. Un regard qui n’avait que flotter sur sa personne quand il était passé devant elle."

Room, Emma Donoghue

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Room, traduit de l’anglais (Canada) par Virginie Buhl, Stock, La Cosmopolite, 402 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Emma Donoghue Edition: Stock

Jack va bientôt fêter ses cinq ans. Il est un garçon comme les autres, avec des préoccupations de son âge… sauf qu’un certain nombre d’éléments bizarres régentent sa vie.

On apprend ainsi que « le grand méchant Nick » rôde. Il peut faire irruption chez eux tout à coup. Sa mère préfère alors cacher Jack dans un placard pour qu’il ne le voie pas…

Les dialogues prennent parfois une tournure inattendue, presque surréaliste.


« – Pourquoi t’as pas demandé des bougies comme Cadeau de Dimanche ?

– Eh bien, la semaine dernière, nous avions besoin d’analgésiques ».


Au fur et à mesure, on apprend que Jack et sa mère son séquestrés dans une même et unique pièce depuis des années, la « room » du titre. Jack y est né. Et ils n’ont pas moyen de s’échapper, la mère s’y est déjà risquée et l’a amèrement regretté…

Enfance obscure, Pierre Péju

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 07 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Enfance obscure, 2011, 370 p. 20 € . Ecrivain(s): Pierre Péju Edition: Gallimard

Dans les sillons fertilisés par Deleuze, Pierre Péju a patiemment semé les graines des problématiques de l’Enfantin. Et cet Enfantin fonctionne comme un concept. Péju en déploie les plis dans une langue non-philosophique (au sens de Laruelle) et extrêmement accessible. Jardinier, il déplie observations et constats, questions et bourgeonnements de réponses.

Enfance obscure ? Camera obscura plutôt car ce livre est une boite de révélateurs. Même s’il ne le cite jamais, Michel Foucault rôde entre les lignes : Enfance obscure est une archéologie des savoirs et des pratiques sur les soubassements de l’Enfantin.

L’Enfantin n’est pas un souvenir mais un ensemble de « blocs perceptifs » pour parler comme Bergson. Un des splendides exemples vitaux des liens ténus qui lient indéfectiblement littérature, philosophie et vie.

Les points de vue y sont démultipliés plus que dépliés. Ethnopsychiatrie, économie, littérature dite enfantine, peinture et musique, traversent en lignes de forces cet essai inclassable, authentique œuvre (Leiris n’aurait pas pu la désavouer) où poésie et sciences dites humaines s’entremêlent pour en dégager les singularités éclairées.