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Critiques

La Confession d’un voyou suivi de Pougatcheff, Sergueï Essenine

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 16 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Poésie, L'Âge d'Homme

La Confession d’un voyou (1921) suivi de Pougatcheff (1921)traduit du russe par Marie Miloslawsky et Franz Hellens, préface de Franz Hellens . Ecrivain(s): Sergueï Essenine Edition: L'Âge d'Homme

Sergueï Essenine fait partie de ces poètes russes dont le lyrisme enflamme et illumine nos représentations – plus ou moins imaginaires – de l’enthousiasme révolutionnaire d’octobre 17, l’exaltation politique et artistique que l’on aime y découvrir. Une Révolution qui consuma aussi les poètes, musiciens, cinéastes, peintres dont elle avait elle-même fait ses icônes. Pour la poésie, son nom brille aux cotés de ceux d’Anna Akhmatova et de Vladimir Maïakovski. Au-delà de la légende qui nimbe pour beaucoup d’entre nous ces poètes à la fois adulés et maudits, de leur vivant même, quelques traducteurs nous permettent de découvrir vraiment leur œuvre.

Il faut dire que Sergueï Essenine, mort à tout juste 30 ans, rassemble bien des éléments de la mythologie du « Poète » : une œuvre inscrite dans l’histoire de son temps, une vie qui semble vouée toute entière à l’œuvre et qui n’aura pas le temps de s’épuiser dans les honneurs ou l’oubli. Né dans les dernières années du XIXe siècle, sont œuvre s’affirme au moment même où la Révolution prend son essor. Il côtoiera quelques-unes des grandes figures cosmopolites de l’époque (il fut brièvement le mari d’Isadora Duncan lorsque celle-ci vint dans la toute jeune Union Soviétique) et sa vie s’achèvera par un suicide plus ou moins suspect.

Chroniques du diable consolateur, Yann Bourven

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 16 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Chroniques du diable consolateur, Ed. Sulliver, septembre 2013, 110 pages, 11 € . Ecrivain(s): Yann Bourven

 

Les Chroniques du diable consolateur est un monologue du Bourven, l’auteur, qui s’adresse ici à sa compagne de malfortune : « Je nous vois cernés et haletant dans ce grand lit, Inhès ». Inhès aux adorables petites fesses. Un monologue poétique tout sauf monotone, qui prend sa source dans la chambre et le quotidien d’un couple, artiste, rsa, taf alimentaire, galère… dans Paris, or si la poésie a souvent pour fonction de transfigurer, ici c’est une transfiguration inversée, vers la face obscure.

En effet, ce récit se place sous le signe des Ombres et de la lune avorteuse, des nuits insomniaques et des sommeils bavards. Les Chroniques du diable consolateur sont le livre des terreurs nocturnes mais aussi celui de la fureur, où l’auteur enchaîne des textes-spasmes, oniriques et hallucinés qui parlent de la Réalité-nuit (saturée d’Ombres perverses), entre bad-trip et delirium tremens, pour exorciser une Réalité-jour, bien pire encore. Réalité-jour que l’on me tend et que l’on voudrait m’imposer par la force où même les campagnes sont tristes, jonchées de cadavres de chevaux, de vaches et de vieillards aux dos tout tordus.

Dialogue d’été, Anne Serre

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Mercure de France, La rentrée littéraire

Dialogue d’été, septembre 2014, 151 pages, 15 € . Ecrivain(s): Anne Serre Edition: Mercure de France

 

Jeux de miroirs, dialogue avec soi-même, passage du seuil entre présent et passé, réalité et imaginaire…, ce n’est pas tant l’imaginaire de l’écrivain que sa remise en place sur les lieux du passé, ses petites scènes de crime intimes, confidentielles et révélées, à l’image de ces bains révélateurs, où décante le souvenir :

« – N’as-tu jamais honte de raconter tant de secrets ?

– Si, d’une certaine manière. Mais dès que c’est passé de l’autre côté, dès que c’est dans le livre, ceci ne me concerne plus, n’a plus à voir que de très loin avec ma vie. Je raconte quelque chose qui passe en moi et n’est jamais fixé » (p.23).

Dialogue d’été, c’est avant tout la quête de la mère, mais aussi du personnage qu’elle aurait dû incarner pour l’auteur, sa fille, et dont elle a démissionné par sa mort prématurée, lorsque l’enfant avait dix ans.

Loin d’eux, Laurent Mauvignier

Ecrit par Ahmed Slama , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Les éditions de Minuit

Loin d’eux, suivi de Le poids des silences par Michèle Gazier, collection de poche « double » n°20, 128 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Laurent Mauvignier Edition: Les éditions de Minuit

 

Le silence qui bruit…

Un fait-divers, ç’aurait pu être un simple fait-divers, comme on en retrouve, tous les jours, dans la presse, sur internet. Un fait omnibus (1) raconté pour faire frissonner dans les chaumières. Loin d’eux est loin, oui loin de tout cela. « Il faut peindre bien le médiocre » dit Flaubert, Mauvignier s’exécute, relatant ce drame, un suicide, avec le style pour seule fin, usant du monologue intérieur, flux, ininterrompu, de pensées, qui nous plonge dans les tréfonds du suicidé et de sa famille. Des flux poignants et mélodiques ; des monologues puissants, vrais.

Ce premier roman de Mauvignier « n’est » qu’une succession de phrases, plus ou moins longues. Chaque personnage tisse la sienne, nous fait entendre une musique, un rythme qui lui est propre, chaque personnage y déroule son être et sa vie. Une polyphonie à cinq voix, chacune séparée d’un espace, comme pour marquer l’incompréhension, la distance qui sourd de ces voix. Et, à travers cette coulée de pensées, il faut percevoir le silence, les silences recouverts d’une boue logorrhéique…

Van Gogh… pour planer au-dessus de la vie, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts

Van Gogh… pour planer au-dessus de la vie, Ed. Michel de Maule, mai 2014, 120 pages, 17 € . Ecrivain(s): Karin Müller

 

« Les idées pour le travail me viennent en abondance et cela fait que tout en étant isolé je n’ai pas le temps de penser ou de sentir. Je marche comme une locomotive à peindre ».

Van Gogh (Lettre 680 vers le 11 septembre 1888)

 

Van Gogh, une énergie éblouissante, un talent hors norme, une « écriture picturale » parfaitement maîtrisée, une capacité de peindre exceptionnelle, tournant à l’obsession. Pénétrer dans le monde de Van Gogh, c’est entrer au pays des superlatifs. Il peint comme on écrit : « […] quelquefois les touches viennent avec une suite et des rapports entre eux comme les mots dans un discours ou dans une lettre » (lettre 631 du 25 juin 1888). Ainsi, alors qu’il a installé son tréteau à Auvers-sur-Oise, il produit près de soixante-dix toiles en l’espace de soixante-huit jours. Gauguin en est impressionné.