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Critiques

Plus loin qu’ailleurs, Gabriel Arnou-Laujeac

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 05 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Plus loin qu’ailleurs, préface de Maram Al-Masri, Editions du Cygne, juin 2013, 56 p. 10 € . Ecrivain(s): Gabriel Arnou-Laujeac

Au-delà des notions de temps et de lieu, l’Homme, avec pour décor, l’Absolu. Non pas la connaissance de l’Absolu mais sa nostalgie, celle insufflée par quelques fragments d’infini tombés du firmament. Sic incipit vita hominis. Et voilà qu’en ce monde envahi par l’ombre, ses étoiles éteintes et ses cieux vidés de leur Dieu, une lumière surgit, fulgurance de l’Amour.

« Jaillie à vif d’une flamme virginale, la passion nous prend tout entiers dans son souffle animal : les étincelles du soleil parcourent nos corps au galop dans un fracas d’océans.

Nous régnons en ce monde où l’être aimé devient tout, l’unique visage de ce qui n’a pas de visage, cet ailleurs sans rivage qui soudain s’offre à nu. Nous régnons en serviteurs de la première brûlure, livrés à la ferveur et à la dictature de nos dix-huit ans. […]

Nous sommes ivres ; et notre ivresse, sans descente : cinq années d’insolente beauté, de toute puissance insolée, cinq années que nous traversons comme un seul jour, une seule nuit blanche, voyageurs sans bagages sur un continent sans saisons, dans la canicule d’un été perpétuel.

Et puis vient la chute ».

Le quatrième mur, Sorj Chalandon (2ème critique)

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 05 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

Le quatrième mur, août 2013, 327 pages, 19 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

 

Peut-on arracher à la guerre, même très brièvement l’espace de quelques heures, des belligérants ? L’objectif apparaît chimérique, surtout lorsque le moyen employé est le théâtre.

Samuel Akounis, Juif grec né à Salonique, ayant miraculeusement échappé à la Shoah, né en 1940, n’est pourtant pas revenu de tout : il croit, avec une certaine lucidité, avec le poids de l’expérience tragique de l’histoire, aux vertus de générosité, à la force des idées. Cette fidélité, il tente de la transmettre à ses amis, à Georges, étudiant en histoire, théâtreux à ses heures, militant au Quartier Latin dans les années 70. Il incite son ami à introduire de l’intelligence dans la défense de ses convictions, à ne pas utiliser les comparaisons et slogans trop outrés et simplistes. Ainsi le morigène-t-il lorsque Georges se met à crier « CRS-SS » lors d’une manifestation : « Aloïs Brunner n’était pas là, Georges. Ni aucun autre SS. Ni leurs chiens, ni leurs fouets. Alors, ne balance plus jamais ce genre de conneries, d’accord ? ».

la théorie du chaos, Leonard Rosen

Ecrit par Olivier Bleuez , le Vendredi, 04 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

La théorie du chaos, traduction de l’anglais (USA) par Hubert Tézenas, 12 septembre 2013, 496 p. 20 € . Ecrivain(s): Leonard Rosen Edition: Le Cherche-Midi

 

Henri Poincaré, l’arrière petit-fils du génial Jules Henri Poincaré, est commissaire à Interpol et doit enquêter sur l’étonnant meurtre d’un mathématicien américain. Sa réputation est faite et son dernier succès est l’arrestation dans les formes d’un criminel de guerre serbe responsable d’une tuerie sauvage d’innocents : Banović. Le livre s’ouvre sur un prologue d’une page et demie où l’on voit le commissaire se recueillir sur une tombe. Nous comprenons évidemment qu’il faudra attendre un bon nombre de pages avant de pouvoir recoller les morceaux. C’est donc un procédé (qui devient usant ?) permettant d’instaurer une envie d’aller plus loin… Le roman commence vraiment quand Henri Poincaré rend visite à Banović au tribunal de La Haye. C’est le premier épisode de l’affaire à multiples facettes qui va nous occuper (occuper le temps) tout au long du livre.

Nous sommes donc en présence d’un thriller dans lequel plusieurs pistes vont se croiser, plusieurs rebondissements vont avoir lieu. On y trouve un modèle d’homme mondialisé : Henri Poincaré passe une grande partie de son temps à voyager entre la Hollande, les États-Unis, Lyon et un village français dans lequel le commissaire possède une vieille maison en pierre (cliché) et un petit vignoble (cliché).

Le don du roi, Rose Tremain

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 04 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Le Don du Roi (Restoration), traduit de l’anglais par Gérard Clémence, juin 2013, 430 p. 22 € . Ecrivain(s): Rose Tremain Edition: Jean-Claude Lattès

 

Grandeur et décadence…

Après avoir été contraint à l’exil cependant que l’Angleterre était gouvernée par le républicain Cromwell, Charles II monte sur le trône en 1660. C’est la Restauration (d’où le titre anglais du roman), époque de plaisirs en tous genres à la Cour anglaise.

De passage chez son gantier Merivel, Charles remarque le fils du modeste artisan, Robert, qui veut devenir chirurgien.

Quelques années plus tard, Robert est admis dans le cercle des « amis » du roi et, devenu l’un de ses bouffons, partage la vie insouciante du palais, jusqu’au jour où le monarque, contraint de mettre de l’ordre dans le partage de ses nuits entre ses multiples maîtresses, le marie, après l’avoir anobli, avec l’une de ses favorites, Celia, qu’il veut éloigner provisoirement de la Cour. Le couple reçoit dans sa corbeille de noces la belle propriété de Bidnold, dans le Norfolk, dont il doit faire sa résidence officielle.

Mémoire et image. Regards sur la Catastrophe arménienne, Marie-Aude Baronian

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 04 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, L'Âge d'Homme, Histoire

Mémoire et image. Regards sur la Catastrophe arménienne, 2013, 180 p. 19 € . Ecrivain(s): Marie-Aude Baronian Edition: L'Âge d'Homme

 

 

Le génocide arménien de 1915, le premier du XXe siècle, « se distingue à la fois par sa fonction inauguratrice et par sa non-reconnaissance qui n’en est pas moins son accomplissement et sa “réussite” » note Marie-Aude Baronian, dès les premières pages de son essai. L’oubli dont il souffre et l’impunité dont il a bénéficié fit de lui un « mode d’emploi à l’usage du parti nazi ». Mais penser la mémoire du génocide aujourd’hui amène à distinguer cette Catastrophe de celle qui lui succèdera. Il est vrai, en ce qui concerne la Shoah, que les images ont participé à la prise de conscience visuelle de l’horreur et à la transmission mémorielle alors que le génocide arménien se confronte, lui, à une perte de mémoire, due justement à l’absence de la circulation d’images. C’est sur cet aspect particulier que le présent ouvrage se penche. Comment se transmet la Mémoire d’un génocide sans images ? Que dire « de la traduction et des représentations visuelles de la Catastrophe » proposées par des artistes arméniens contemporains tels que Atom Egoyan, Gariné Torossian ou Mekhitar Garabedian ?