Identification

Critiques

Darling River, Les Variations Dolorès, Sara Stridsberg

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Récits, Stock

Darling River, les variations Dolorès, Stock La Cosmopolite – 350 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Sara Stridsberg Edition: Stock

Darling River, les variations Dolores est, comme son titre l’indique, une série de variations. Variations autour du Lolita de Vladimir Nabokov et de son personnage principal devenu figure symbolique. Variations à travers quatre destins de lolitas.

La première de ces lolitas, Lo, a treize ans. Son père l’a baptisée Dolorès en hommage au roman de l’écrivain russe qu’il aime tant. Le soir venu, ils montent dans sa voiture et parcourent les routes, à travers un paysage apocalyptique de forêts ravagées par des incendies. Ils roulent toute la nuit et ne reviennent qu’à l’aube. A l’occasion, le père percute des animaux sur le bord de la route ou arrête son engin pour s’exercer au tir sur des robes et des chemises ayant appartenu à sa femme, la mère de Lo, aujourd’hui disparue.

Lo ne le considère pas comme un père, mais plutôt comme un frère, comme s’ils étaient tous les deux des orphelins abandonnés par leur mère.

« Papa adorait rouler en voiture. […] il prenait le volant et emmenait maman pour de longues promenades la nuit. Ils faisaient l’amour dans la voiture, mangeaient et dormaient dans la voiture garée sur la place. […]. Quand maman n’a plus voulu l’accompagner, j’ai pris sa place ».

Le Cimetière de Prague, Umberto Eco (Juillet 2011)

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Grasset

Le Cimetière de Prague, Editions Grasset. 580 p. 23 €


Un faux roman historique ? Une fantaisie érudite, ancrée dans la réalité la plus concrète de la Belle Epoque, en France et dans toute l’Europe ? Un clin d’œil à notre mouvementé début de millénaire, vu à travers les contradictions de la fin du XIX-ème siècle, qui engendrèrent les nôtres ? Umberto Eco, il dottore, a le talent de convoquer dans la composition de son dernier roman, Le Cimetière de Prague  un peu de tout cela, dans un   infatigable élan intertextuel, visible non seulement au niveau du texte, mais aussi de la composition du livre, agrémenté d’un riche appareil iconographique.

À travers ce roman touffu, qui emprunte pas mal d’ingrédients aux romans populaires, le lecteur est invité à parcourir un XIXème siècle secret, où l’évolution historique semble être le fait de complots et conspirations ourdis par les services secrets de divers pays, par les franc-maçons, les jésuites ou les carbonari. Les trois voix narratives (délimitées, pour éviter toute confusion, par des caractères différents pour chacune) convergent pour donner l’illusion d’un parcours « en temps réel » de certains événements qui ont marqué ces années-là.

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l'italien par Pascal Leclercq, 374 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

« Il est tout à fait exact qu’il faut juger les films d’après leur fin ».

Cette phrase tirée du livre pourrait parfaitement s’appliquer à Vie et mort de Ludovico Lauter, d’Alessandro De Roma.

Il y a certains livres qu’on a envie d’abandonner avant la fin. Mais on s’accroche quand même, sans d’ailleurs bien savoir pourquoi. On continue on se disant qu’il finira bien par se passer quelque chose. Mais en attendant, on se demande ; Qu’est-ce que cherche à dire l’auteur ? Où veut-il en venir ? Et va-t-on arriver à quelque chose ou perd-on son temps ?

Dans sa première partie, Vie et mort de Ludovico Lauter est un livre plaisant, agréable à lire, mais qui manque singulièrement d’éclat. Cette histoire d’écrivain reclus du monde n’a rien de franchement époustouflant. Par certains côtés, elle peut même paraître relativement éculée. Et cette première partie dure quand même la bagatelle de 290 pages…

Alessandro De Roma aurait pu généreusement tailler dans le gras au moins. 100 pages de moins n’auraient pas fait de mal.

Il reste alors 90 pages… et quelles pages ! Quelles pages ! Elles vont obliger à repenser tout ce qu’on vient de lire. D’un coup, elles élèvent le livre, l’emmènent vers des sommets insoupçonnés.

Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier

Ecrit par Frédéric Saenen , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, Perrin

Pierre Drieu la Rochelle, 320 p., 22 €. . Ecrivain(s): Jacques Cantier Edition: Perrin


Quelles images conservons-nous de Pierre Drieu la Rochelle aujourd’hui ? Celle du dandy qui pansa les plaies héritées de son expérience guerrière en se couvrant de femmes ; celle, surtout, de l’écrivain fasciste qui s’engagea sur les voies de la collaboration et se suicida pour échapper à ses épurateurs. La biographie que signe Jacques Cantier n’apporte pas à proprement parler d’éléments nouveaux à la connaissance du « feu follet » de la littérature française. Elle offre cependant une recontextualisation précise, accessible mais sans simplisme, de cette trajectoire hors du commun, ainsi qu’une synthèse qui fait ressortir, au-delà de la complexité confondante de Drieu, la permanence de sa pensée et de ses engagements.

Les maîtres mots de ce travail sont bien ceux de clarté et de neutralité. Dans une prose dénuée de toute affèterie – les biographes qui s’attaquent à de grands auteurs ont parfois la fâcheuse tendance de vouloir se faire styliste plus qu’à leur tour – Cantier explore dès les origines les ressorts d’une conscience torturée. Il dépeint le climat d’une enfance marquée par des pulsions autodestructrices, baignant dans un environnement parental tendu, voire violent, et revient sur les épisodes traumatiques que le romancier avait évoqués lui-même à la pointe sèche dans État civil.

Il fut un temps ... l'ailleurs, Damien Corbet

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Cardère éditions

Il fut un temps… l’ailleurs, Cardère Ed. 2011, 80 p. 15 €. . Ecrivain(s): Damien Corbet Edition: Cardère éditions

Alors il y a quelque chose qui m’a intriguée dès les premières pages du livre, c’est l’âge de l’auteur. Né en 1991, est-il indiqué en quatrième de couverture, soit à peine 20 ans et cette écriture pourtant dénonce un vécu de plusieurs vies déjà, quelque chose qui tiendrait du juif errant imbibé de beatnik ! Etrange recueil oui, qui nous entraîne en divers lieux dans un défilé chronologique, d’abord comme à travers le prisme d’anciens clichés que l’auteur aurait retrouvés dans une vieille malle voyageuse ou quelques tableaux dénichés chez un antiquaire… Cela commence à « Rio de Gens’héros », le 1er janvier 1750 :

Sur les tambours pulpeux du visage des hommes, les femmes lançaient l’envie d’un mouvement de bassin. Il y avait des jeunes à qui l’on conte l’amour comme le plus beau des sacres, qui couraient dans les rues, le cœur au bout d’une canne à pêche.