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Critiques

Emile Chambon (1905-1993), la magie du réalisme, Philippe Clerc

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 23 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts

Emile Chambon (1905-1993), la magie du réalisme, avant-propos : Jackie W. Nyffeler, Président de la Fondation Emile Chambon, préface : S.A.R. la Princesse Marina de Savoie, Somogy éditions d’art, 216 pages, 39 € . Ecrivain(s): Philippe Clerc

 

« […] Mais de nos temps modernes il a rempli le vide

En admirant Rubens, en relisant Ovide

Au cœur de ces dieux morts il a sucé le miel

Et son front souleva la trappe rouillée du ciel

Il a revu l’Olympe, et Vénus, et l’Aurore

Et dans ses beaux dessins tout ce monde il adore.

Ma vie et autres trahisons, Roland Jaccard

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 22 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Grasset

Ma vie et autres trahisons, janvier 2013, 195 pages, 16 € . Ecrivain(s): Roland Jaccard Edition: Grasset

 

Roland Jaccard donne prise dans Ma vie et autres trahisons à cette « [j]ubilation du mal-penser » qu’il évoque dans Sexe et sarcasmes (Presses universitaires de France, collection Perspectives critiques, 2009). Ce mal-penser dont il tète le sein avec délectation.

Il fait montre, à chaque page, du plus constant cynisme, et s’en défend de cette manière : « Nous ne disposons que d’une arme pour nous tirer d’embarras : le cynisme. Provisoirement, tout au moins ».

Protection, en somme. Carapace. Qui dissimule mal les traits d’un « romantique », comme le prouve ce passage : « Plus rien n’importait maintenant que la douceur complice de nos étreintes. […] [J]’éprouvais un tel bonheur à avoir une fois encore, et peut-être pour la dernière fois, perçu à travers les vibrations de son corps l’offrande de son âme […] ».

Mais le cynisme est aussi une façon de présenter la vérité telle qu’elle est, sans fard. Et cette mise à nu du réel, de ses chairs, cette lacération de ses jupons n’interdit pas une certaine délicatesse, qui se fait montre jusque dans le style de Jaccard. Car, comme le confiait Hervé Guibert sur le plateau d’Apostrophes, face à Bernard Pivot, « [i]l y a des effets de délicatesse dans la vérité, si cruelle soit-elle ».

La Dernière Lettre de Rimbaud, Frank Charpentier

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 21 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

La Dernière Lettre de Rimbaud, octobre 2013, 256 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Frank Charpentier Edition: Gallimard

 

« La Providence fait quelque fois reparaître le même homme à travers plusieurs siècles » (A. R.)

Rien ne t’oblige à entendre dans « lève-toi et marche » de la Bible, « lève-toi et écris ce que tu es en train de vivre », mais aussi « marche et écris ce que tu as vécu dans les siècles et des siècles et ce que tu vivras ». Si tes phrases savent s’accorder au mouvement du verbe et du temps, de la Genèse au Grand siècle, alors une nouvelle lecture est possible, une nouvelle aventure est là, il faut la saisir et ce livre étrange t’y invite.

Et si Rimbaud, soi-disant poète éphémère de la jeunesse révoltée et insouciante, était pour qui sait le lire de face ou de biais un homme de l’immersion dans une langue et sa mécanique sacrée, un poète qui en sait beaucoup sur la mesure du silence et la couleur des phrases ? Rimbaud : écrivain de l’escapade vagabonde au centre du Livre, où tout déplacement dans le temps est un mouvement dans l’espace. Ici et maintenant à Paris. C’est aussi ici et maintenant, au Harar, de nouvelles Illuminations livrées par la poste et décachetées par Frank Charpentier. D’une lettre l’autre, comme l’on passe de l’enfer au paradis, de Verlaine à Noé, de l’Occident à l’Orient… Tout un roman !

Contrebande, Enrique Serpa

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 20 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Zulma

Contrebande, traduit de l’espagnol (Cuba) par Claude Fell, septembre 2013, 288 pages, 9,95 € . Ecrivain(s): Enrique Serpa Edition: Zulma

Contrebande est le premier roman majeur de l’écrivain journaliste cubain Enrique Serpa, après le texte Felisa y yo, écrit à l’âge de 25 ans et publié en 1925. L’action du roman se situe à Cuba dans les années 20 au moment où la prohibition est promulguée aux Etats-Unis qui dans le même temps établissent des restrictions migratoires. La situation économique de l’île est catastrophique pour les paysans avec la chute du cours du sucre et pour les pêcheurs confrontés à une concurrence nord-américaine implacable. Le narrateur, propriétaire et armateur de trois bateaux de pêche, voit sa vie basculer dans l’illégalité, lorsque son capitaine de bord, surnommé Requin, patron de la goélette La Buena Ventura, tente de le convaincre d’abandonner son activité suite à l’effondrement du cours du mérou, pour se lancer dans un business beaucoup plus lucratif, la contrebande d’alcool en direction de l’Amérique.

Roman d’aventures ? pas vraiment… Sur une trame romanesque qui aurait pu verser dans l’exotisme, l’auteur prend délibérément le parti, tout au long des 288 pages, au gré d’un monologue intérieur ponctué de dialogues criants de vérité, de disséquer l’ambivalence de son héros et narrateur, d’en faire la pierre angulaire d’un récit d’hommes pétris de contradictions qui vont se jauger, s’affronter, pactiser ou se mépriser dans l’ambiance délétère d’une île où règnent et se côtoient misère sordide et scandaleuse richesse.

Le Ciel vous tienne en joie, Philippe Meyer

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mercredi, 20 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Revues, Editions de Fallois

Le Ciel vous tienne en joie, octobre 2013, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Philippe Meyer Edition: Editions de Fallois

 

 

Le dernier livre de Philippe Meyer réunit ses fameuses « Chroniques du toutologue » diffusées tous les jours sur France Culture.

Toutologue ? Peut-être. Mais toutomane d’abord, tant il est difficile d’embrasser d’un même regard les mille-et-une activités de cet inlassable touche-à-tout à l’élégance savamment britannique. On le connaît homme de radio bien sûr, distillant de cette voix ample, posée, grave et espiègle qu’on identifierait entre mille, les facétieuses minutes de son dandysme érudit. On s’en souvient peut-être homme de télévision, quand il taillait leur portrait comme d’autres font ses costumes à tel ou tel invité de L’Heure de vérité ou encore quand, c’était au siècle dernier, M6, la chaîne de toutes les musiques dixit, ne rechignait pas encore à programmer une ou autre émission musicale digne de ce nom – Rihanna, il est vrai, n’était pas encore née.