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Critiques

Des clairons dans l’après-midi, Ernest Haycox

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 05 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

Des clairons dans l’après-midi, traduit de l’Anglais (USA) par Jean Esch, novembre 2013, 357 pages, 23 € . Ecrivain(s): Ernest Haycox Edition: Actes Sud

 

Un western explorant les profondeurs psychologiques


Des clairons dans l’après-midi est un roman sur le western mais avec une originalité rare car l’auteur prend soin de brouiller les codes du western. En effet, les personnages ont plus d’épaisseur psychologique. Ainsi, Kern Shafter est un être taciturne. Trahi par la femme qu’il aime, dénoncé par son rival, il est déchu de son grade d’officier. Des années ont passé mais n’ont pas effacé pour autant l’affront. Kern est déterminé par la vengeance et traverse les terres poussiéreuses et désertiques de l’Ouest pour retrouver l’homme qui a été responsable de son malheur.

Le chien de nuit, Roger Béteille

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 04 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Rouergue

Le chien de nuit, mars 2014, 327 pages, 20 € . Ecrivain(s): Roger Béteille Edition: Le Rouergue

 

Il est des livres qui emmènent, loin, profond, et dès la première page. Ce sont ceux – rares – qu’on part retrouver, dès qu’un moment se présente, comme on irait se ressourcer dans un coin de campagne, un peu secret, rien qu’à soi. Il est des livres qui sont simplement un bonheur de livre. Celui-là, par exemple.

Le Rouergue des Grands Causses, au-delà de Millau ; les grands domaines (beau nom de celui de Roqueserre) comme autant de châteaux forts, gardés par des chiens de garde, la nuit ; juste à deux pas de la fin de la Grande Guerre. Un jeune homme, revenu – meurtri, comme tant d’autres ; sa mère et ses gens se coltinant aux dolines, aux moutons ; un projet de mariage – enfin d’apariage entre domaines ; quelques gars cassés – cet amputé, Antoine – par la grande boucherie ; deux institutrices… Un beau sujet. De quoi bâtir un roman de genre historique/terroir, collection « du pays de ».

Et puis, il y a ce Chien de nuit et cet écrivain, Roger Béteille, et c’est bien autre chose !

Impressions de Kassel, Enrique Vila-Matas

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 03 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Christian Bourgois

Impressions de Kassel, traduit de l’espagnol par André Gabastou, mai 2014, 360 pages, 22 € . Ecrivain(s): Enrique Vila-Matas Edition: Christian Bourgois

 

« Etant donné mon habitude invétérée d’écrire des chroniques chaque fois qu’on m’invite dans un endroit étrange pour que j’y fasse quelque chose de bizarre (avec le temps je me suis rendu compte qu’en fait tous les lieux me semblent étranges), j’ai eu l’impression de vivre une fois de plus le début d’un voyage qui pouvait finir par se transformer en un récit écrit dans lequel je mêlerais comme tant d’autres fois perplexité et vie en suspens pour décrire le monde comme un lieu absurde auquel on accédait par le biais d’une invitation très extravagante ».

Enrique Vila-Matas est un écrivain du réel. Comme le philosophe Clément Rosset, il prend le réel très au sérieux, ce qui veut dire qu’il s’en amuse, qu’il en joue comme un chat avec une pelote de laine. Plongés dans le réel, l’un et l’autre, ne manquent pas de provoquer par leur style mille éclats de fictions dont ils vont nourrir leurs écrits, à moins que ça ne soit leurs écrits qui nourrissent ce qu’ils sont en train de vivre. Enrique Vila-Matas est un joueur vagabond qui écrit des livres où il ne cesse d’enquêter sur sa propre énigme, ce qu’il est, ce qu’il vit, ce qu’il pense, ce qu’il voit et finalement ce qu’il écrit.

Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, Davide Cali et Benjamin Chaud

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 03 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, Hélium, janvier 2014, 40 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Davide Cali et Benjamin Chaud

Voici un livre qui inspirera bon nombre d’écoliers en mal d’excuse, un livre dédié aux cancres d’aujourd’hui et d’hier, « à ne pas mettre entre toutes les mains (surtout pas entre celles des parents ou des professeurs) ».

Un livre plein de loufoquerie et de poésie qui nourrira l’imagination fertile de ceux qui ont besoin d’une nouvelle excuse pour justifier qu’ils n’ont pas fait leurs devoirs. Car le problème est bien qu’on ne peut pas réutiliser sa trouvaille ! Ou serait-ce qu’il y ait encore des devoirs… Mais c’est un autre débat, revenons donc à nos cahiers.

Le jeune héros, vêtu d’un costume rétro et les cheveux en bataille, accompagné de son basset nonchalant, nous est montré au cœur de situations aussi abracadabrantes que désopilantes qui lui tombent dessus comme autant de bombes : destruction de sa maison par un robot géant devenu fou, enterrement de son chat, attaque de singes, de monstres préhistoriques ou de Vikings, effet secondaire pachydermique d’un sirop contre la toux, crise de son frère lycanthrope… Ses outils de travail se sont fait la malle ou ses tentatives d’amélioration pour faire ses devoirs demeurent infructueuses. Décidément, qu’il est dur d’être écolier… lorsque l’on n’a pas fait ses devoirs !

Excursions dans la zone intérieure, Paul Auster (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 02 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Biographie, Récits, Actes Sud

Excursions dans la zone intérieure, traduit (USA) par Pierre Furlan, mai 2014, 368 p. 23 € (ce livre existe en ebook, 400 p. 16,99 €) . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

 

La Littérature comme FRAGMENT introspectif, « Invue » d’une vie : « Au commencement, tout était vivant » !

Excursions dans la zone intérieure de Paul Auster s’inscrit dans le prolongement d’un dialogue entre le « je » et le « tu », entre celui qui écrit et lui-même. Non pas sur la question du corps sensoriel, des mutations liées aux expériences physiques – Chronique d’hiver paru en 2013 – mais sur la reconstruction de son esprit, dans un journal cinématographique elliptique, labyrinthique où s’incarne l’environnement socioculturel d’une Amérique de la seconde moitié du 20e siècle.

« Etre comme tout le monde » permet à Paul Auster de poser l’espace de son interrogation comme le fil entre les deux ouvrages, entre ses deux états. L’auteur dessine le paysage de son enfance, souvenir d’une tasse en porcelaine décorée de deux illustrations tirées des livres de Beatrix Potter ; dont « tu » te sers encore aujourd’hui chaque matin pour prendre le thé. Jusqu’à l’âge de cinq ou six ans, croyant que les mots anglais pour « être humain » (being human) se prononçaient de façon à signifier « haricot humain » (been human), étant le symbole de la « vie même » de part sa petite taille.