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Critiques

Autopsie des ombres, Xavier Boissel

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 08 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Inculte

Autopsie des ombres, juillet 2013, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Xavier Boissel Edition: Inculte

 

 

Autopsie des ombres, mystérieux et envoûtant roman aux puissantes harmoniques, ne raconte pas une histoire neuve mais Xavier Boissel y ose une nouvelle mise en forme d’un sujet éternel, construisant, pour sa première fiction se déroulant sur fond de guerre dans l’ex-Yougoslavie, une belle architecture enchâssant les morceaux d’un récit éclaté dans laquelle il déploie une belle langue poétique et musicale qui se réfracte dans les nombreux emprunts et hommages à ses prédécesseurs dont le texte est tissé. « C’est toujours la même histoire », celle des hommes, marquée par la violence de la mort, une histoire qui se répète au fil du temps, sous des formes diverses, que ce soit la grande, parée de ses mythologies, ou celle des individus oubliés, vaincus de l’Histoire auxquels les écrivains peuvent redonner leur singularité et leur mystère par leurs fictions.

VIII, Harriet Castor

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 08 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Histoire

VIII, traduit de l’anglais par Victoria Duhamel, Pôle ED MA / Diffusion : Gilles Paris, mai 2013, 405 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Harriet Castor

 

Il en est des romans historiques, comme des livres de cuisine. Sur un même sujet, des bons, qui vous mettent d’entrée l’eau à la bouche, et d’autres, insipides et prétentieux qui vous tombent des mains, avant même d’avoir sorti votre cocotte. Ce VIII là est incontestablement à garder dans le camp des très bons, et à recommander.

Voilà un roman – historique, mais l’auteur saurait à n’en pas douter assaisonner sa remarquable écriture nerveuse à l’actualité la plus immédiate – qu’on ouvre, et dès l’entame, on est capté par l’histoire, celle de ces Tudors qu’on pensait bien connaître, les personnages, Henri le sinistre VIIIème, le Barbe Bleue de l’Angleterre, la suite étonnamment dynamique des dialogues travaillés comme peu. On entre comme dans une eau particulière, à la fois sombre et d’un vert étrange Shakespearien, dans l’univers mental vraiment dérangé, d’un jeune homme attachant et fragile qui devint, aidé par pas mal d’hallucinations, le roi sanguinaire qu’on connaît…

Suicide, Edouard Levé

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 08 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Récits, Folio (Gallimard)

Suicide, 112 pages, 4 € . Ecrivain(s): Edouard Levé Edition: Folio (Gallimard)

Le 15 octobre 2007

Suicide est un tout petit livre de poche. Suicide est un très grand livre dont on ne se remet pas, dont on ne revient pas. Et sa légende éditoriale : la remise du manuscrit à l’éditeur P.O.L. quelques jours avant la mort par suicide de l’auteur, n’est qu’une ouverture cérémonielle.

Suicide n’est pas un tombeau, un tombeau littéraire qui proclame un nom, un vivant. De qui parle-t-on ? d’un sobre « tu » que nous voudrions à tout prix appeler Edouard Levé ? Mais nous croisons aussi un « je », celui qui dit, celui qui parle. Le suicide ici n’a pas de mode d’emploi (ouvrage cité par Levé à la première ligne d’Autoportait). Tout sera dans le flottement trouble comme dans la série de photos où l’homonymie du personnage célèbre et du quidam rend le contemplateur incertain. Le « je » et le « tu » sont comme des jumeaux (Levé a intitulé une de ses photos « autojumeaux », photo en double autoportait). En effet, ils ont étudié tous deux les sciences économiques en passant par les classes préparatoires ; ils pratiquent les mêmes sports ; ils roulent en voiture et en moto ;  ils aiment le rock ; ils ont un frère et une sœur ; politiquement, ils sont écologistes ; ils sont mariés sans enfant… Mais à quoi bon savoir si c’est bien lui Levé ? Il ne reconstitue pas. Il ne fait pas acte de biographie ou d’autobiographie, de récit de vie. Il « gèle » des moments de la vie de l’ami suicidé :

Taxi Driver, Richard Elman

Ecrit par Laurence Biava , le Lundi, 07 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire, Inculte

Taxi Driver, 28 août 2013, 170 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Richard Elman Edition: Inculte

 

Taxi Driver, le chef d’œuvre de Martin Scorsese, a déjà 40 ans. Est paru en août 2013 le livre de Richard Elman, admirablement traduit par Christophe Claro. Taxi Driver c’est d’abord ce roman originel qui permet de plonger, grâce aux mots, dans l’univers mental de Travis Bickle, vétéran du Vietnam, icône échevelée et cinglante des remords de l’Amérique désorientée des années 70. Travis, donc, personnage singulier et hirsute, tient ce journal de bord hallucinant où l’on apprendra et où l’on devinera au détour d’anecdotes pittoresques qu’il cherche dans la nuit et les quartiers chauds une occasion de sortir du rang, de s’exposer, d’en découdre. C’est un passeur complètement allumé qui transbahute les âmes paumées sans trouver ni paix, ni sommeil et porte en lui la désillusion. La désillusion d’un « rêveur potentiel mort presque certaine garantie ».

Taxi Driver ou un taxi pour l’enfer avec sa dose de nihilisme qui va faire basculer Travis Bickle, très justicier dans la ville, immortalisé par De Niro dans le film, dans la folie d’un New York poisseux et venimeux. Même s’il raconte la même histoire que le film de Scorsese, le roman apparaît comme un objet autre à part entière, où la désaffection de cette Amérique fort étrange et incalculable me semble mieux ressentie…

Loupo, Jacques-Olivier Bosco

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 07 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Jigal

Loupo, septembre 2013, 200 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Jacques-Olivier Bosco Edition: Jigal

 

Il y a du Jacques-Olivier Bosco dans le personnage de Loupo, à moins que ce ne soit l’inverse. Inutile de chercher dans la biographie de l’auteur des points communs avec le parcours chaotique du héros de son dernier polar. Non, l’identification que l’on flaire à chaque page du roman ne passe ni par les origines, ni par l’enfance abandonnée, ni par un CV de bandit spécialisé dans les braquages… Si Bosco est Loupo, ou l’inverse, c’est par la sensibilité exacerbée, par l’incapacité à guérir les bleus à l’âme infligés par les injustices, par la recherche perpétuelle d’un refuge salvateur dans l’amitié virile, le credo dans des valeurs humaines qui se dressent comme autant de remparts face à la désespérance, la jouissance dans l’amour qui donne encore envie d’y croire et de s’accrocher à l’existence. Écorchés, à vif, l’un et l’autre. Parfois désabusés, mais jamais cyniques. La rage en partage, mais aussi et surtout la tendresse.

Loupo, c’est un ancien môme de l’Assistance Publique d’Évry, comme son pote Kangou, le frappé des gros cubes. « Deux loups solitaires et méfiants », 25 piges chacun et déjà à leur actif pas mal de braquages de postes et de banques sur Paris et sa banlieue et qui bénéficient des tuyaux de Le Chat, leur « prospect », au parfum des mouvements de fonds et des sécurités mises en place. Les motos volées et trafiquées pour Kangou, les décisions et les flingues pour Loupo.