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Critiques

Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 15 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Dans le jardin de l’ogre, août 2014, 215 pages, 17,50€ . Ecrivain(s): Leïla Slimani Edition: Gallimard

 

Adèle possède tout ce qu’une jeune femme « conventionnelle » peut désirer. Elle a un mari qui l’aime, Richard, chirurgien dans un grand hôpital, statut socio-professionnel conventionnellement valorisé, et que la littérature et le cinéma conventionnels présentent comme étant celui qui attire et séduit le plus les femmes. Ils ont un enfant, un petit garçon, Lucien, que son père idolâtre de manière toute conventionnelle. Elle, exerce en totale liberté le métier de journaliste, qui lui permet de voyager et de se trouver là où se fait l’actualité, un métier considéré conventionnellement comme intellectuellement intéressant, statutairement apprécié, et riche de diversité.

Mais Adèle n’est pas conventionnelle. Ce qui est de convention l’ennuie, puis l’agace, puis lui devient insupportable. Toutes les formes conventionnelles de contrainte sociale, familiale, professionnelle lui sont de plus en plus pénibles.

Ainsi Adèle aime son fils Lucien mais cet amour lui pèse parce qu’il est contraignant.

D’Images et de bulles (11) - Mots rumeurs, mots cutter, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 15 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Mots rumeurs, mots cutter, septembre 2014, 72 pages, 15 € . Ecrivain(s): Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini Edition: Gulf Stream Editeur

 

Après Rouge Tagada, le premier opus de cette série de BD faisant un focus sur chaque ado d’une photo de classe imaginaire, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini se consacrent à Léa, une jeune fille aux prises avec les effets pervers d’une rumeur et à une manipulation de son image, phénomène de plus en plus fréquent à notre époque où la technologie est devenue banale et omniprésente et où la média-mania amène bien trop souvent la sphère privée en place publique.

Léa n’a jamais fait trop de vagues au collège, elle connaît les codes et les règles qui permettent d’être dans les bonnes grâces des plus en vue, comme le fait de supporter à longueur de journées des gens plutôt inintéressants ou suiveurs. Cette machinerie bien huilée va se gripper le jour où elle rencontre Mattéo, un garçon qui la trouve à son goût et avec lequel elle s’entend bien, partageant de plus en plus de moments ensemble. Malheureusement pour Léa, Solveig a des vues sur ce garçon et elle prépare une vengeance dans l’ombre.

Nos disparus, Tim Gautreaux

, le Mardi, 14 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Seuil, La rentrée littéraire

Nos disparus (The Missing), août 2014, traduit de l’anglais (USA) par Marc Amfreville, 541 p. 23 € . Ecrivain(s): Tim Gautreaux Edition: Seuil

Tim Gautreaux était une des belles découvertes de l’année 2013 avec son Dernier arbre. Il confirme avec Nos disparus tout le bien que l’on pouvait penser de lui.

Comme dans son premier roman, nous sommes en Louisiane après la Première Guerre mondiale. Débarqué à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918, Sam Simoneaux n’a pas connu les combats mais est resté plusieurs mois pour mener une tâche absurde : tenter de déminer les champs de bataille en récoltant obus, bombes, mines et grenades non explosés pour les faire sauter définitivement. Un travail éprouvant et, à l’image de toute la guerre, traumatisant.

C’est ce jeune cajun intelligent mais un peu timide, pétri d’une éducation catholique, que Tim Gautreaux nous propose de suivre à son retour. Devenu chef d’étage d’un grand magasin de la Nouvelle-Orléans, Sam va être incapable de retrouver une petite fille de trois ans qui a échappé à la surveillance de ses parents et dont il apparaît vite qu’elle a été enlevée. Pointé du doigt par les parents de la fillette, par son patron et même, dans une certaine mesure, par sa propre épouse, pour n’avoir pas pu empêcher le drame, il décide de se lancer seul à la recherche des kidnappeurs. Une enquête qu’il va mener le long du Mississipi à bord de l’Ambassador, bateau d’excursion à aubes qui remonte et descend le fleuve le temps d’une saison avec un orchestre de jazz et sur lequel travaillent les Weller, parents de la petite disparue.

Orpheline, Marc Pautrel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 13 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Orpheline, octobre 2014, 96 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard

Dans le précédent roman de Marc Pautrel, Polaire (Gallimard, collection L’Infini, 2012), il y avait un bref instant par quoi la joie s’imposait, par quoi le narrateur tutoyait, dans son corps entier, des pleurs de joie, une joie pascalienne et enfantine tout à la fois :

« Je continue de croire qu’un jour quelque chose va arriver entre elle et moi. Je sais que c’est écrit. Tous les fleuves coulent vers la mer. Simplement, je ne sais pas quand la chose se passera, peut-être dans un mois, peut-être dans dix ans. Les existences sont animées par des moteurs aux soubresauts étranges et aux développements non prédictibles. Un dimanche d’octobre, vers midi trente, elle m’appelle enfin, elle vient de monter dans le tramway à la gare, elle arrive de Dordogne, elle est descendue du train cinq minutes avant, elle voudrait qu’on se voie. Je suis en train de manger, je lui propose de la rejoindre dans l’après-midi. Elle voudrait plus tôt, elle voudrait maintenant, je lui dis : D’accord, le temps d’arriver. Elle répond : Je t’attends. Je saute de joie, au sens propre, comme chaque fois que je sais que je vais la voir de nouveau : tout seul dans mon salon je fais de petits sauts verticaux, à la façon des Massaï du Kenya, trampoline sur un sol devenu soudain élastique, le corps bien droit, comme une succession d’ascensions fulgurantes et de plus en plus élevées, je saute, je bondis, je chantonne, je ris tout seul. Je suis plus heureux que si je venais de ressusciter d’entre les morts. Mais cette fois-ci, ma joie est encore plus forte que d’habitude, je sais que l’instant que je vis est un instant sacré ».

Charbon animal, Ana Paula Maia

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Lundi, 13 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue portugaise, Roman

Charbon animal, Éditions Anacaona, traduit du portugais (Brésil) par Paula Anacaona, octobre 2013, 137 p. 15 € . Ecrivain(s): Ana Paula Maia

 

Du rouge du feu au noir du charbon, le roman d’Ana Paula Maia nous entraîne dans le quotidien de deux frères qui vivent dans une petite ville minière du Brésil. Loin de la jungle urbaine, thème de prédilection de ses contemporains, l’auteure décrit le chaos existentiel que l’on retrouve partout et les drames humains qui jalonnent alors la vie. Ernesto Wesley, pompier par nature et par vocation, affronte les flammes et vient en aide aux blessés ; tandis que Ronavron Wesley, crémateur par dépit, brûle les morts et broie les restes. Ainsi, tous deux, à leur manière, tentent de contrôler cet élément qui ravage tout sur son passage et devient en quelque sorte le rival de l’homme.

« Le feu se multiplie toujours en feu. L’oxygène le maintient vivant – comme l’homme. Sans oxygène, le feu s’éteint, comme l’homme. Le feu a besoin de s’alimenter pour rester en vie – comme l’homme. L’homme meurt par manque d’air. La flamme aussi ».

La comparaison s’établit donc entre ces deux adversaires, qui peuvent difficilement coexister ni même se passer réellement l’un de l’autre, et sont au final si similaires par leur côté destructeur et quasi incontrôlable.