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Critiques

Marguerite Duras, La passion suspendue, entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 11 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Seuil

Marguerite Duras, La passion suspendue, entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torre, traduit de l’italien et annoté par René de Ceccatty, janvier 2013, 187 pages, 17 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Seuil

 

 

Leopoldina Pallotta della Torre est face à Duras. Elle l’écoute. Elle est là pour qu’elle lui parle. Elle est là pour que naisse La passione sospesa. « Je l’écoutais se souvenir, réfléchir, se laisser aller, abandonner peu à peu sa méfiance naturelle : égocentrique, vaniteuse, obstinée, volubile. Et tout de même capable, à certains moments, de douceurs et d’élans, de timidités, de rires retenus ou éclatants. Elle semblait soudain animée d’une curiosité irrésistible, vorace et presque enfantine ».

Ce livre d’entretiens est commodément divisé en sections, dont le titre seul dit tout : Une enfance, Les années parisiennes, Le parcours d’une écriture, Pour une analyse du texte, La littérature, La critique, Une galerie de personnages, Le cinéma, Le théâtre, La passion, Une femme, Les lieux.

Paris-Brest, Tanguy Viel

Ecrit par David Campisi , le Mercredi, 11 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Les éditions de Minuit

Paris-Brest, janvier 2009, 174 pages, 7 € . Ecrivain(s): Tanguy Viel Edition: Les éditions de Minuit

 

Abandonnez les côtes bretonnes aux falaises acérées, aux plages couvertes d’algues, aux mouettes hurlant dans un vent venu de l’océan. Tanguy Viel, dans Paris-Brest, nous raconte une Bretagne grise et froide, où les regards sont chargés, où les histoires de famille explosent dans une pluie au cœur de l’hiver.

C’est un roman que l’on aime à imaginer autobiographique. D’abord le récit d’un jeune homme, tout juste sorti de l’enfance, qui, avec son ami de toujours, le fils Kermeur, fera les quatre cents coups jusqu’à trahir sa propre famille. Cette même famille que le jeune homme décrira dans un roman mettant en scène les personnages qui l’entourent : un père haï de tous, une mère acariâtre, un frère dont on ne sait rien et puis, surtout, une grand-mère héritière qui fera crouler la famille sous l’or. Veuve et riche, elle est le cœur de Paris-Brest. Jeune, le narrateur regardait la rade depuis le salon de son aïeule. Et puis, avec le fils Kermeur, il y fumait des cigarettes en pleine nuit.

Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie, François Cheng

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 10 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Albin Michel

Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie, octobre 2013, 168 pages, 15 € . Ecrivain(s): François Cheng Edition: Albin Michel

 

Souvenirs d’un mortel, Ethique de l’Est.

Limpide. Livre clair. A la portée de tous. Limpides. Partages transparents de pensées propres et nettes. Cinq ruisseaux de vie. Cinq coulées montées vers la surface.

Déjà, dans les années 70, François Cheng éblouissait par sa simplicité dans « l’art pictural chinois » et « l’écriture poétique chinoise ». Déjà, il ouvrait l’esprit des occidentaux carrés aux subtilités de l’esthétique de l’Orient donc de l’Ethique de l’Est. Déjà, on apprenait l’identité de l’écriture et de la peinture, de l’encre et du papier, du dessin et du signe. Déjà, il réformait, transmettait et transformait chez ses lecteurs ou chanceux auditeurs les canons cartésiens ou hégéliens qui fondaient soudain en montres molles sous l’analyse d’une « peinture-dessin-écriture » de l’époque Song. Là, on saisissait mieux « les philosophes taoïstes » publiés en Pléiade. Là, on rapprochait le vase vide (qui fait l’usage et pas l’avantage) du tir à l’arc et des sorites des stoïciens. Là, déjà, Deleuze et Maldiney* se donnaient la main de l’autre côté des surfaces.

La première pierre, Pierre Jourde

Ecrit par Etienne Ruhaud , le Mardi, 10 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Gallimard

La première pierre, septembre 2013, 208 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Pierre Jourde Edition: Gallimard

Le 31 juillet 2004, de retour dans le hameau familial, en plein Massif Central, Pierre Jourde, son épouse et ses enfants, sont verbalement et physiquement pris à partie par des agriculteurs. Au tribunal d’Aurillac, les accusés, qui se considèrent victimes, déclarent avoir été salis par le poète à travers un bref récit au titre évocateur, publié un an plus tôt chez un petit éditeur, l’Esprit des Péninsules.

Hommage au territoire et à ses habitants, Pays perdu a-t-il été lu de travers ? Très vite la presse s’empare de l’affaire, s’enflamme, sort malgré lui Pierre Jourde, essayiste méconnu et auteur exigeant, d’une certaine confidentialité.

Dix ans plus tard, ce dernier tente de comprendre, et, pour ce faire, revient sur les faits, en suivant l’ordre chronologique, à partir du moment de l’agression jusqu’à aujourd’hui. Analysant avec justesse le contraste existant entre un monde parisien, bobo, déconnecté, et l’univers rural (le décalage des journalistes prête à sourire), Pierre Jourde montre comment un simple tableau, par ailleurs magnifique, de la campagne, peut être mal reçu et générer un conflit, puis une relégation, un bannissement, une disparition, soit la pire des violences. Diverses pistes sont envisagées. Les agresseurs ont-ils été choqués de voir certains secrets révélés ? Se sont-ils sentis insultés, humiliés, ou ont-ils saisi un prétexte pour régler de vieux comptes, liés à d’antiques querelles de voisinage ?

Nu dans le jardin d’Eden, Harry Crews

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

Nu dans le jardin d’Éden (Naked in Garden Hills, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Patrick Raynal, novembre 2013, 236 pages, 19 € . Ecrivain(s): Harry Crews Edition: Sonatine

 

Livre devenu quasiment une légende urbaine, un mythe, tant, après qu’il a complètement cessé d’être édité aux États-Unis, il était devenu introuvable, Nu dans le jardin d’Éden (Naked in Garden Hills) débarque en France grâce à Patrick Raynal – qui avait édité Harry Crews en France à la Série Noire – et aux éditions Sonatine.

Nu dans le jardin d’Éden est seulement son deuxième roman, en date de 1969, mais il y a déjà dedans tout ce qui fait la singularité de Harry Crews : des personnages de freaks (deux d’entre eux viennent d’ailleurs directement d’une fête foraine) attirés par le pouvoir, l’argent, mais surtout la reconnaissance et un semblant de sens à donner à leurs vies, des corps malmenés par les autres mais aussi et surtout par eux-mêmes, un vernis grotesque qui sert à toucher du doigt l’essence de l’homme ; un homme qui est loin de l’innocence édénique mais qui possède bel et bien son libre arbitre et qui est loin d’être dénué de vice.