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Critiques

Le petit déjeuner des champions, Kurt Vonnegut

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 28 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Le petit déjeuner des champions (Breakfast of champions), Traduction (USA) Gwilym Tonnerre, avril 2014. 312 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Kurt Vonnegut Edition: Gallmeister

 

Disons-le d’entrée, peu importe l’histoire. Il paraît qu’il y en a une ! Mais on peut parfaitement l’oublier, dans tous les cas la mettre largement de côté ! Kurt Vonnegut ici ne raconte pas d’histoire ! Il règle ses comptes, avec l’Amérique, la modernité, le « progrès » ou plutôt la folie qu’on a affublée de ce nom.

Tout y passe : la publicité en tout premier lieu, cet affichage obscène, doublement obscène parce que vendant n’importe quoi à n’importe qui mais aussi avec des arguments qui tiennent à la une forme de pornographie permanente sous couvert de « communication ». C’est de cela que Kilgore Trout est censé parler lors d’un colloque.

« Il était supposé y participer à un colloque intitulé ‘L’avenir du roman américain à l’heure de McLuhan ». Il souhaitait déclarer lors de ce colloque : « Je ne sais pas qui est McLuhan mais je sais ce que c’est de passer la nuit avec une foule de vieux sagouins dans un cinéma new yorkais. Et si on parlait de ça ? »

Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 28 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Manuel d’écriture et de survie, mai 2014, 176 pages, 14 € . Ecrivain(s): Martin Page Edition: Seuil

 

« J’ai des points communs avec des dessinateurs, des peintres, des biologistes, des musiciens, avec des personnes qui ne pratiquent aucun art mais qui exercent leur profession avec imagination. Je déteste l’idée de groupe et de corporatisme. Aller voir ailleurs profite toujours à notre art ».

Sur le ring du roman, Martin Page invite Daria, une jeune femme romanesque qui se livre à quelques exercices littéraires. Il répond à ses lettres imaginaires, comme à l’entraînement : esquive, pas de danse, jambes souples, souffle contrôlé et poings prêts à frapper, pour lui montrer ce qu’il convient d’éviter si elle veut gagner aux points. Il témoigne de ses combats permanents, de sa lutte incessante contre les assis et contre lui-même. Le doute comme une paire de gants de cuir où l’on se glisse, les incertitudes comme des cordes qui renvoient l’écrivain au centre du ring, exposition totale, où se découvrir peut être fatal. Mais aussi toujours avancer, même lorsque l’on perd du terrain. Ecrire et ne jamais baisser la garde, écrire et s’en donner les moyens.

Omaha, Norman Ginzberg

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Jeudi, 26 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Omaha, juin 2014, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Norman Ginzberg Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Pour son second roman, Norman Ginzberg abandonne le western et nous plonge dans l’enfer de la Seconde Guerre mondiale. Omaha Beach, le 6 juin 1944.

Deux frères, Walton et Karl Zimmermann, enfants d’une famille d’Allemands émigrés aux Etats-Unis, vont se retrouver dans cette bataille décisive pour le sort du conflit. Frères de sang certes, mais frères d’armes en aucun cas, chacun ayant choisi radicalement son camp. Pour l’aîné, Karl, l’intellectuel et le fils brillant adulé par ses parents, un séjour en Allemagne chez un oncle le convainc d’adhérer aux jeunesses hitlériennes et d’épouser la doctrine du national-socialisme. Quant à Walton, il brille plus au base-ball qu’aux études, préfère la compagnie des filles à celle des livres, et gagne sa vie en vendant des voitures à Chicago.

Séparés depuis 1938, ce 6 juin 1944, le destin va faire se croiser leurs routes en cette Normandie qu’ils découvrent à tour de rôle : Karl aux commandes d’une colonne de chars de la 12e Panzer SS, Walton, simple soldat dans son bataillon du 16e RCT, l’une des huit premières compagnies américaines à débarquer sur les côtes normandes.

Billie H., Louis Atangana

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 26 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jeunesse, Le Rouergue

Billie H., mars 2014, 128 pages, 10 € . Ecrivain(s): Louis Atangana Edition: Le Rouergue

 

Eleonora a presque 10 ans. Nous sommes en 1924, à Baltimore, en pleine ségrégation. Cette petite fille noire qui a déjà l’apparence d’une adolescente, s’est juré de ne plus remettre les pieds à l’école où l’institutrice, qui voit en elle un véritable démon, lui a asséné une humiliation terrible : parler en classe de son père. Or, Eleonora vit seule avec sa mère Sadie qui fait de son mieux pour assurer leur quotidien entre boulot et soûleries. Son père, après la guerre en Europe, a disparu, devenu musicien dans un band.

Eleonora fait donc son apprentissage en solo et dans la rue. Elle chaparde, elle joue des poings, sympathise avec de jeunes voyous et gagne leur respect. Elle a un sacré caractère, cette gamine et elle sait ce qu’elle veut ! Son rêve est de retrouver son père et de chanter. Mais avant cela et peut-être pour cela, il lui faudra vivre bien des situations difficiles. Violée puis emprisonnée dans une maison de redressement car un juge blanc voit en elle une coupable et non une victime : « La négraille, la racaille devait bien se tenir. Fallait agir fermement ». Perdue seule dans New York avant d’être placée dans un bordel par sa propre mère… Pourtant, Eleonora trouve la voie de sa rédemption en découvrant les clubs de jazz et en se mettant à chanter.

Ninive, Henrietta Rose-Innes

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 25 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Zoe

Ninive, traduit de l’anglais (Af-Sud) par Elisabeth Gilles, avril 2014, 282 pages, 20 € . Ecrivain(s): Henrietta Rose-Innes Edition: Zoe

 

« Des chenilles ? Facile, pensa Katya. Même celles-ci, qui recouvrent l’arbre du tronc jusqu’à la cime, en grappes serrées, leurs poils orange tout tremblotants. Les chenilles, elle en fait son affaire.

Mais cet arbre qui se tortille, quel étrange spectacle tout de même : un arbre gangrené. Surtout ici, avec cette pelouse parfaite qui descend jusqu’à la grande maison blanche en contrebas, entre des parterres de fleurs bien taillés piquetés de rose et de bleu. Sur le côté, juste dans son angle de vision, un jardinier tond le bord de la pelouse, les yeux sur Katya et le garçon, pas sur sa cisaille. En arrière-plan, se dresse la Constantiaberg. C’est un jour d’automne, frais mais clair. Les montagnes font leur âge, ridées, usées et écrasées par un ciel exubérant. Belle journée pour une garden-party.

Au centre du tableau, il y a pourtant cette chose abominable. Cet unique arbre emmailloté d’une couche de matière invertébrée, d’une multitude de corps à pointes molles couleur de sucre brûlé. On dirait que l’arbre entier a été dévoré et remplacé par une réplique grossière de lui-même tout en chair de chenilles » (p.9).