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Critiques

Le plancher, Perrine Le Querrec

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Le plancher, Éditions Les doigts dans la prose, avril 2013, 134 pages, 15 € . Ecrivain(s): Perrine Le Querrec

 

Le plancher est un livre d’une densité singulière, qui au fur et à mesure confine à l’étouffement, et pour cause, l’histoire peinte ici raconte le basculement dans la folie de toute une famille. Peinte, car la langue dont use l’auteur est un matériau quasi organique qui est à elle toute seule une œuvre d’art. La poésie n’y est pas un décorum, mais véritablement la seule langue possible pour formuler l’indicible, pénétrer l’intolérable et infuser la folie dans les tripes même du lecteur. Car si dans la première partie nous sommes encore dans la narration, dans la seconde nous culbutons du côté où la langue elle-même s’affole. Une langue pleine de terre, taillée au couteau, absolument magnifique cependant, flamboyante comme un crépuscule d’automne. Dans la troisième partie, elle nous immerge pour de bon dans un bourbier de démence.

La première partie est intitulée La souche. La souche, ce qui reste d’un arbre que l’on a coupé, les racines toujours plongées dans la terre, nourricière ou collet, c’est selon. Ici cette terre, cette terre de paysans, passera de nourricière à cocon toxique, jusqu’à ce que piège, elle se referme définitivement. Nulle métamorphose heureuse n’en sortira.

Ocean’s songs, Olivier de Kersauson

Ecrit par David Campisi , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits

Ocean’s songs, Ed. Arthaud poche, 2008, 183 pages, 6,70 € . Ecrivain(s): Olivier de Kersauson

 

Tonnerres de Brest ! A lui seul, Olivier de Kersauson représente une région entière de la France, région de légendes et de mythes, de forêts sombres et de vagues chargées d’écume.

Lui qui fit à de maintes reprises le tour du monde, lui qui conquît les océans de la planète, lui qui navigua aux côtés d’Eric Tabarly, lui qui écrivit Ocean’s song.

Le lecteur sait ce qu’il recherche en ouvrant Ocean’s song. Il recherche la mer, le cri des mouettes tournoyant dans un ciel chargé d’épais nuages gris, l’odeur de l’iode, les vagues fouettant les falaises, la houle immense au cœur des océans tumultueux et le récit des héros des mers.

La promesse est tenue. Olivier de Kersauson, s’il est un navigateur hors-pair et une légende parmi les siens, est un écrivain prodigieux. Sa plume est celle d’un homme qui a vu le monde, qui a parcouru tout ce qu’il y a de plus beau et ce qu’il y a de plus laid, et qui a frôlé la mort à de nombreuses reprises. Il vous dirait que la mort, il s’en fiche, que ce qui compte c’est ramener son équipage – ses gars – en sécurité.

Siegfried, nocturne, Olivier Py

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 25 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Nouvelles, Actes Sud

Siegfried, nocturne, Actes Sud Littérature, Un endroit où aller, 80 pages, 10 € . Ecrivain(s): Olivier Py Edition: Actes Sud

 

C’est le directeur du Wagner Geneva Festival qui, dans le cadre du bicentenaire de la naissance du célèbre musicien, commanda au dramaturge et metteur en scène Olivier Py un livret destiné à être mis en musique par le compositeur suisse Michael Jarrell. Une proposition offrant à cet homme de théâtre, à ce poète amateur de musique, ayant acquis une renommée internationale pour ses mises en scène d’opéras, l’occasion rêvée « d’approfondir [sa] dette à l’égard de la culture allemande (Wagner, le romantisme…) et d’en venir à ce qui [le] taraude : y avait-il un germe de mort dans le romantisme allemand ? » (1)

Ecrit en trois semaines dans une grande excitation, aux dires de son auteur, Siegfried, nocturne donne voix au héros wagnérien qui, après avoir reforgé l’épée cassée par Wotan, tua le géant Fafner transformé en dragon pour lui reprendre l’anneau, annonçant le crépuscule des dieux. Il en fait une sorte de fantôme tourmenté, confronté au douloureux spectacle de ce que l’homme a fait de cette liberté qu’il avait cru lui donner dans l’espoir d’un avenir meilleur, une ombre arpentant les ruines de l’Allemagne d’après-guerre à la recherche d’un Rhin disparu : « JE VEUX REVOIR le fleuve… ».

Immortelle randonnée, Jean-Christophe Rufin

Ecrit par Zone Critique , le Vendredi, 25 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits

Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, éditions Guérin de Chamonix, 350 pages, 19,50 euros. . Ecrivain(s): Jean-Christophe Rufin

La cause littéraire vous présente aujourd'hui un article de son partenaire Zone Critique

 

Dérapage mystique

 

Jean-Christophe Rufin a décidé, pour quelques semaines, d’empoigner ses chaussures plutôt que son stylo, et s’est aventuré sur les traces des pèlerins de Compostelle, une route vallonnée et parfois glissante, aussi inégale que son récit, Immortelle Randonnée.

Qui ne connait pas Rufin ? Et bien moi par exemple, grande novice des classiques contemporains devant l’éternel. J’aurais dû  pourtant, car l’auteur est d’une présence inégalable dans le paysage littéraire français : romancier, essayiste, philosophe à ses heures perdues, il aime à mélanger les genres, et nous aussi : Rufin a reçu entre autres deux prix Goncourt, pour ses romans L’Abyssin et Rouge Brésil. La diversité de son œuvre tient à la complexité même du personnage : médecin – notamment au niveau humanitaire -, diplomate, élu à l’Académie Française en 2008, Jean-Christophe Rufin multiplie les casquettes et, par la même, son érudition.

La claire fontaine, David Bosc

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 25 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Verdier

La claire fontaine, août 2013, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): David Bosc Edition: Verdier

 

 

Il serait amusant de dresser la liste des écrivains qui dansent et de ceux que la lourdeur habite, et d’une même plume en faire autant des peintres. La claire fontaine est la rencontre de deux danseurs. Il est des livres qui forcent avec style votre porte, qui s’invitent sans que l’on sache de prime abord pourquoi, qui vous bousculent et prennent leur aise, alors votre bonne éducation vous pousse naturellement à les accueillir. A les feuilleter dans un premier temps, pour voir de quoi ils sont faits. Puis à tout reprendre au début, à lire page à page leur nature, à reprendre, à hésiter, à ouvrir vivement les yeux, à les fermer et à écouter avec une grande attention leur musique, pour finir par secrètement se dire qu’ils ont eu raison ne pas vous prévenir.

La surprise est souvent affaire de plaisir, comme ce petit livre de David Bosc qui roule comme le Gave et vous éclabousse en passant. Il est plaisant de se faire mouiller par un tel styliste.