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Critiques

La chute des princes, Robert Goolrick

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire, Anne Carrière

La chute des princes, Robert Goolrick, Ed. Anne Carrière, traduit de l’anglais (USA) par Marie de Prémonville, août 2014, 231 p. 20 € . Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Anne Carrière

 

Splendeurs et misères des courtisans modernes

Lorsque le roman commence, la chute est déjà consommée. Les premières lignes qui ouvrent le roman sont sans appel :

« Quand vous craquez une allumette, la première nanoseconde elle s’enflamme avec une puissance qu’elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L’incandescence originelle ».

Et puis, c’est fini. La flamme devient forte et vivace. Elle monte dans l’air et illumine les espaces sombres. Mais elle a déjà perdu de sa splendeur. Insérée dès le début du texte, voici une métaphore qui en dit long sur le parcours de notre personnage. Elle sonne comme le glas.

En effet, le narrateur, revenu de ses années folles, se pose pour nous conter son histoire. Il a tout perdu et il est ruiné. Son récit, rédigé à la première personne, est sans pathos. Il ne cherche pas à s’amender : « Je ne le dis pas avec fierté. Je ne présente pas d’excuses. Je décris des faits irréfutables ».

Un mort de trop, Alexandra Appers

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Ring Editions

Un mort de trop, avril 2014, 263 p. 19,95 € . Ecrivain(s): Alexandra Appers Edition: Ring Editions

 

Époustouflant. On en sort – à regrets – de ce roman-rock qui nous tue les oreilles avant que de nous subjuguer, nous happer.

La séduction s’installe, s’imprime plutôt, « à tout jamais sur nous » comme un tatouage – sujet absolu, et ô combien complexe de ce livre étrange, sur ce qui fait mal, marque à vie, et manie hautement l’imaginaire. Mais – ultime et remarquable tactique littéraire de ce premier roman – ça ne vient pas d’emblée. Progressif… un tatouage, vous dit-on !

Pendant quelques chapitres, on s’immerge – du bout de l’œil, dans un bled apparemment côté montagnes, où tout le monde croit connaître tout le monde. Un bar, pour routiers, et sa tenancière – la mère du héros, typée bien vulgaire ; pas de père en vue. Le jeune, paumé, mal dans sa peau, sous la coupe, en geignant. Copain : un malabar, un peu juste en équilibre ; une fille : Ella, apprentie coiffeuse peut-être, rêvant de gloriole à gagner sur le « Télé 7 jours » de la semaine ; évidemment, pas farouche.

Chems Palace, Ali Bécheur

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Elyzad

Chems Palace, avril 2014, 263 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Ali Bécheur Edition: Elyzad

 

Chems Palace tient à la fois du conte féerique, des rêveries d’un solitaire érudit et du récit allégorique. La féerie s’opère en plein Paris, transformant un va-nu-pieds de Djerba en un magnat de l’hôtellerie. Un roman dans le roman ; le tout raconté depuis une oasis, au Pays des Palmes ; et cette oasis, sans doute, n’est pas qu’une… oasis.

Le narrateur, c’est al-moâllem – l’instituteur. Il est à la retraite. C’est ici, dans cette oasis qu’il a débuté sa carrière. Puis il a été ballotté au gré des affectations, passant d’un village perdu à une banlieue grise de Tunis.

« L’heure de la retraite ayant, bon an mal an, sonné (…), recru de la fureur des villes, j’étais en quête d’un lieu où, sans hâte mais sans appréhension, attendre le générique de fin d’un film qui, somme toute, ne m’avait pas semblé palpitant ».

Où se poser enfin, lui qui est sans véritables attaches familiales ?

Ghosting, Kirby Gann

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Seuil

Ghosting (Ghosting) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch, avril 2014, 372 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Kirby Gann Edition: Seuil

 

De Frank Bill à Benjamin Whitmer, en passant bien entendu par Daniel Woodrell ou Donald Ray Pollock, le noir américain nous offre depuis quelques années une autre vision de l’Amérique profonde. Après les alcooliques, parfois un peu toxicos et autres malades mentaux, de Larry Brown, Harry Crews ou James Ross, sont ainsi arrivés les rednecks et white trash carburant à la méthamphétamine, les parrains locaux régnant sur des trafics et des communautés perdus du fin fond des grands États-Unis d’Amérique.

C’est dans cette nouvelle vague que vient s’inscrire Kirby Gann en amenant le lecteur dans un comté paumé du Kentucky, dont une bonne partie de la population ne doit sa survie qu’à la vente d’herbe et de quelques substances plus corsées. Là, depuis des générations, les habitants du bord du lac – plus un cloaque qu’un plan d’eau touristique – vivent d’expédients et de trafics divers. À l’alcool de contrebande qui a longtemps inondé ce « comté sec » ont donc succédé les stupéfiants sous la coupe de Mister Greuel et de ses hommes.

Du sexe, Boris Le Roy

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 12 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Du sexe, août 2014, 235 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boris Le Roy Edition: Actes Sud

Boris Le Roy délivre ici un roman étonnant, voire détonnant.

La distribution des rôles est réduite : quatre personnages, Eliel et Simon (les frères Jacq !), leur mère, malade, qui idolâtre Simon et accorde peu d’importance à Eliel, et Hana Qabil, la fille bâtarde du Président de la République, initialement inconnue du grand public.

L’intrigue est relativement simple : Eliel et Simon rencontrent Hana dans une soirée mondaine, et projettent aussitôt, chacun pour soi, de nouer une relation intime avec la fille quasiment secrète du chef de l’état.

Leurs motivations sont toutefois totalement divergentes.

Simon, homme politique, élu récemment, déchu pour s’être livré à des malversations devenues ordinaires et banales dans un régime en voie accélérée de dégradation et de dépravation, ayant été déclaré par décision de justice inéligible pour cinq ans, cherche avec affairement le moyen de conserver un maximum de notoriété en attendant de pouvoir se représenter devant ses électeurs. Il voit immédiatement en Hana la personnalité à instrumentaliser pour se retrouver à nouveau dans la lumière des projecteurs médiatiques.