Identification

Critiques

Et la colère monta dans un ciel rouge et noir, Hafid Aggoune

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Et la colère monta dans un ciel rouge et noir, Ed. Storylab, juin 2014, 67 pages, 3,99 € . Ecrivain(s): Hafid Aggoune

« Il se portait mieux que nous tous, mais quand on l’auscultait on entendait les larmes bouillonner dans son cœur ».

Gabriel Garcia Marquez

 

Passionné de football, Henrique Da Silva, professeur de littérature, est dans une colère noire : « A l’approche du premier match de la vingtième Coupe du monde, la frustration du Professeur s’était lentement changée en sentiment d’injustice, puis en colère. La rage et la folie prirent le pas, inexorablement, le jour où Luiz reçut une balle perdue, comme sa mère quelques années plus tôt. Le business du plus grand événement sportif au monde tuait le romantisme du jeu et écrasait les plus pauvres au nom des intérêts économiques et logistiques. Le Professeur se sentait impuissant face aux bulldozers et aux hélicoptères de l’armée. Tout cet argent des sponsors, des droits TV, des contrats immobiliers, amassés, brassés, circulant en si peu de temps pour un mois de compétition, tandis que des générations de Brésiliens crevaient de faim, ne pouvaient ni se loger ni se soigner, et voyaient tomber leurs enfants dans les enfers quotidiens et banalisés du deal, de la prostitution et des pires dérives humaines, sexe, pornographie, trafics d’organes et autres atrocités innommables ».

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Barzakh (Alger)

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

Visible la nuit, Franck Maubert

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fayard, La rentrée littéraire

Visible la nuit, 20 août 2014, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Franck Maubert Edition: Fayard

 

Momo, dit Mao-Mao, a vingt ans et des poussières lorsque son chemin croise, en pleine canicule de 1976, celui de Robert Malaval, de vingt ans son aîné, « un long type avec une belle gueule, vêtu de jeans portés haut, d’une chemise imprimée de petits éclairs de couleur et coiffé d’un feutre malgré la chaleur ».

De cette rencontre naît une amitié réciproque qui liera les deux hommes jusqu’au suicide d’une balle dans la tête en août 1980 de l’un des représentants parmi les plus mythiques de la création picturale française des années 60 à 80. Dans Visible la nuit, Franck Maubert brosse le portrait en deux cents pages non seulement de l’artiste disparu et partiellement oublié, mais il reconstitue également l’ambiance de bouleversements et de changements majeurs dans les arts que connut une époque où le modèle de la société occidentale d’après-guerre fut particulièrement critiqué. L’Art-action, les happenings, les performances s’enchaînent et créent une forme d’espace démocratique où se rapprochaient l’art et la vie.

Artiste médium, L’Art fantastique… entre vision et rébellion, Élisa Amaru et Odile Alleguede

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts

Artiste médium, L’Art fantastique… entre vision et rébellion, Ed. TrajectoirE, juin 2014, 208 pages, 19 €

 

Voici un ouvrage très intéressant qui donne un bon panorama d’une forme de création insolite, parfois appelée spirite ou médium, souvent touchant à l’art brut, mais qui s’exprime aussi ou s’est exprimée chez des musiciens, comme Robert Schumann, des écrivains comme William Blake, Robert Desnos, et Fernando Pessoa dont peu connaissent le syndrome de multi-personnalités avéré et dont il a usé pour écrire des ouvrages fort différents sous différents noms, et puis des artistes qui par ailleurs ont vécu une vie très simple ou d’autres encore ayant connu la célébrité.

Art spirite, art brut, art fantastique, art visionnaire, autant de termes décrivant un domaine où la conscience laisse place à quelque chose de plus incontrôlable, aux prises avec des dimensions invisibles, souvent mystiques ou obsessionnelles, mais pas toujours imaginaires. Beaucoup de questions aujourd’hui encore restent sans réponse, tellement nous en savons peu finalement sur le cerveau et le psychisme humains quand il s’agit de pénétrer et comprendre des domaines considérés comme irrationnels.

Ce que dit un naufrage, Éric Dubois

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Encres vives

Ce que dit un naufrage, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches . Ecrivain(s): Eric Dubois Edition: Encres vives

 

 

Le titre, en évoquant la réalité d’un naufrage, laisse entrevoir un recueillement peut-être d’épaves ; une écriture du désastre. Épaves terrestres, épaves du ciel / reste à voir /on envisage / pour ce : ouvrir les pages…

L’illustration de la 1ère de couverture d’André Falsen emporte dans le même élan que les mots encore mystérieux du titre, dans le mouvement d’un voyage aux tracés d’une aile morcelée ? du grand large en accostages de lignes brisées ou fracassées, de falaise et/ou de craie ? au bord du noir & du vide… On envisage encore / sur ce : ouvrir le naufrage…

Quel(s) accident(s) de navigation guide / a désorienté ici le poète ? A brisé / brise la digue dans ses jets d’encre & ses vagues démontées ?