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Critiques

La Vieille maison, Oscar Peer

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

La Vieille maison, Traduit du romanche par Walter Rosselli, Ed. Plaisir de Lire, novembre 2013, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Oscar Peer

C’est un monde où règnent les silences et les non-dits ; une vallée campagnarde du siècle dernier, avalée par les montagnes suisses. Une communauté paysanne comme on en trouve encore au cœur des régions les plus reculées, où le monde est tenu à l’écart par la géologie sévère et les hommes durs et froids, aux regards comme des couteaux.

Le cadre est très rapidement posé. Chasper vient de perdre son père et hérite de la vieille maison, séculaire héritage des temps passés. Et puis, avec la maison, il hérite aussi des dettes énormes qui deviennent son fardeau monumental. Il doit rembourser beaucoup et il doit rembourser vite. Commence dès lors une chasse au trésor ; dans ce royaume du silence isolé de tout, Chasper part en quête de richesses pour honorer les dettes du défunt.

La Vieille maison est une récit intime, mettant en scène des personnages forts dans un milieu intraitable. Bientôt, Chasper sera le paria de la communauté, mis à l’écart par le maire et ses sbires, et d’autres – ses amis – lui tourneront le dos. La narration est centrée sur les visages ; de gros plans en plans rapprochés, nous ressentons tout des individus et de leurs commérages. Le village bruisse bientôt de ragots qui seront comme autant de poisons. Il va pourrir de ses propres silences.

Grand Poème Prose, Claude Minière

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Tarabuste

Grand Poème Prose, Collection Brèves Rencontres, juin 2014, 110 pages, 10 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Editions Tarabuste

« N’avez-vous jamais dans la nature, sur le Campo Santo, au bord du ruisseau, murmuré c’est là ? Quelque chose, tout, est là. Le murmure, intérieur et extérieur à la fois, ne veut pas dire “je suis ici” mais bien “c’est là”. C’est ».

Le Grand poème en prose de Claude Minière tend l’arc de la poésie en son œuvre comme jamais, elle en est aussi le recueil le plus abouti. C’est à la lecture un grand livre que vous ouvrez entre vos mains. Du premier nom prononcé, « le dragon », aux derniers mots, « grand poème en prose plié » qui clôturent le recueil et donnent le titre au livre, un véritable jeu de papiers se déploie entre vos doigts.

Minière, convoquant dans les premières pages Dante et Parménide, précise à ses lecteurs de quoi il va en être : « Les mots les plus simples vous arrivent sur les lèvres, à travers le ventre, ils vous arrivent du fond des temps, et voici le début de l’éternité : il y a quelque chose plutôt que rien et c’est un rien à l’évidence de justice. Comme enfoncer une porte ouverte ». La poésie pour Minière ne saurait être sans impliquer en tout premier lieu le rapport à l’art : « Comme souvent les artistes hachurent une zone de la toile ou du papier et créent un espace dans l’espace. La première lettre d’une phrase est une rayure et un départ ». Une rayure nous dit Minière, et un départ. Le poème commence.

La légende de Loosewood Island, Alexi Zentner

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 08 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire, Canada anglophone

La légende de Loosewood Island, traduit de l’anglais par Marie-Hélène Dumas, août 2014, 320 p. 22,00 € . Ecrivain(s): Alexi Zentner Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les livres d’Alexi Zentner, écrivain américano-canadien, se définissent, selon les propres termes de l’auteur, comme des romans s’inscrivant dans un Mythical realism par opposition au réalisme magique latino-américain dont Julio Cortázar ou Gabriel García Márquez sont les plus brillants représentants. Dans La légende de Loosewood Island, l’auteur invente donc et une île imaginaire au large des côtes du Maine revendiquée à la fois par les États-Unis et le Canada, et la légende attachée au premier occupant de cette île, un certain Brumfitt Kings, débarqué d’Irlande en 1720 dans ce coin au milieu de nulle part, peintre au talent reconnu dans le monde entier et pêcheur de homards.

La légende (et non le mythe) trouve son origine dans le journal tenu par Brumfitt, où celui-ci relate la merveilleuse apparition d’une femme offerte en cadeau par la mer, étrange créature, « habillée d’une robe faite de corail et de coquilles d’huîtres, avec un collier de perles ». Sa future épouse « apportait en dot les richesses de l’océan, mais le prix que toutes les générations de Kings auraient à payer, l’une après l’autre, était celui-ci : un fils ».

Goat Mountain, David Vann

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 08 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister, La rentrée littéraire

Goat Mountain, traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski, septembre 2014, 256 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

 

« Et s’il était impossible de contenter dieu ? »

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, il est également passionné par les océans et la navigation. Il est l’auteur de Sukkwan Island (prix Médicis étranger 2010), Désolations et Impurs. Goat Mountain (éditions Gallmeister) est son quatrième roman.

« Ce roman est un retour au matériau de la première nouvelle que j’ai écrite, il y a de cela plus de 25 ans. Ce roman consume les derniers éléments qui, à l’origine, m’ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence. Il revient également sur mes ancêtres cherokees, et leurs interrogations lorsqu’ils furent mis face à l’idée de Jésus », déclare David Vann.

Soutenu par une prose poétique de l’intériorité, l’ombre obsédante des instincts de l’avant, des temps premiers de l’Ancien Testament. La terre, la poussière, le sang, le soleil en sont les axes d’une croix qui découlent de l’éternité. Les croyances universelles se conjuguent aux résonnances de l’irréparable, à la tragédie de la survie, à la mort qui nous façonne :

Les Freudiens hérétiques. Contre-histoire de la philosophie t.8, Michel Onfray

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 08 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Le Livre de Poche

Les Freudiens hérétiques. Contre-histoire de la philosophie t.8, avril 2014, 408 p. 7,10 € . Ecrivain(s): Michel Onfray Edition: Le Livre de Poche

 

Les lucky loser de Michel Onfray

Dans Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset, 2010), Michel Onfray s’en prenait déjà au fondateur de la psychanalyse, lui reprochant notamment d’avoir créé une science qui n’avait rien d’universel et qui n’avait jamais guéri que celui qui se targuait de l’avoir inventée. Cette « psycho-biographie nietzschéenne » avait cela de gênant qu’elle réduisait souvent la psychanalyse à la seule biographie de Freud, s’appuyant notamment sur sa correspondance. L’étude soulevait à juste titre les contradictions de l’homme, pointait des erreurs de méthode indéniables (manipulations de données cliniques) pour retirer à la psychanalyse – de manière outrancière et polémique – tout caractère scientifique. Cette philosophie « au bazooka, souvent sans nuances » (l’expression est de Bruckner qui avait pourtant défendu Onfray) mais non dénuée d’intérêt en ce sens qu’elle suscite le débat et dépoussière certains dogmatismes, avait eu les conséquences escomptées : on en parla beaucoup, 150.000 exemplaires furent vendus.