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Critiques

Je te vois, Murièle Modély

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Je te vois, Ed. du Cygne, septembre 2014, 112 pages, 13 € . Ecrivain(s): Murièle Modély

 

Le couple, « nous sommes ensemble et seul », colonne vertébrale de ce recueil, qui vient prendre et surprendre le lecteur, comme sait si bien le faire Murièle Modély avec cette langue et ce style bien à elle.

Dans Je te vois, il est question du corps, des mots, des maux du corps et du corps des mots dans l’aquarium du couple. Et donc de sexe forcément, presque un acte de survie, pour faire taire un temps les angoisses, pour que la tête se taise et que l’animal en nous, « nos dents crissent nos mains aboient », fasse obstacle et contrepoids, le temps d’une rupture de conscience, à la banale horreur du monde, « ce rat crevé qui soubresaute ».

« je ne suis pas la première/à vouloir que le noir/m’arrache les cheveux/et le cuir/et le crâne/et les lobes/et les yeux/à vouloir que la baise/me fasse sentir mieux ».

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 16 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Verticales

Mécanismes de survie en milieu hostile, octobre 2014, 192 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Olivia Rosenthal Edition: Verticales

 

 

Si vous cherchez un livre qui vous apporte le confort et l’oubli des contraintes du jour, un livre reposant, qui vous offre le plaisir de l’instant, avec une intrigue linéaire qui se dévoile peu à peu et vous conduise pas à pas vers une fin paisible et prévisible, avec un narrateur omniscient qui agite des personnages comme un marionnettiste qui a tout pouvoir, qui connaît d’avance chaque mouvement des corps et des esprits, alors ne vous précipitez pas d’acheter le dernier roman d’Olivia Rosenthal, Mécanismes de survie en milieu hostile, paru en août de cette année. Vous n’y trouverez pas du tout ce que vous cherchez.

Par contre, si vous n’avez pas peur d’être bousculé, chahuté, alors, n’hésitez pas un instant, vous serez comblés. Au fil des pages, vous basculerez dans les méandres de vos mémoires refoulées, de vos sentiments les plus intimes et les plus inavouables, dans vos terreurs les plus archaïques.

Le cercle des tempêtes, Judith Brouste

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 16 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Le cercle des tempêtes, septembre 2014, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Judith Brouste Edition: Gallimard

 

« Ainsi c’est Frankenstein qui m’apprit à mourir et à renaître. C’est sa mort, dans les eaux glacées fictives d’une scène, qui m’a fait résister au monde tel qu’il se présentait pour accéder à celui de l’invisible. Dans la peur et la conscience du danger. Je vis que dans l’histoire on avait le droit de se révolter pourvu qu’on joue sa vie ».

Naissance du roman : une ville, un corps, une tempête théâtrale dont les éclats scintillent de page en page, mais aussi, un poète en disgrâce et en Acte permanent, des amours gagnés et perdus, des passions, et une certitude chevillée à la peau : la littérature sauve des tumeurs du monde. De Bordeaux à Londres en passant par Naples et Rome, la vie incandescente du Cercle des tempêtes embrase les corps et les idées, celles de Shelley, Fanny, Harriet, Mary, Byron, guerre sociale permanente dans l’Europe du début du 19° siècle. Frankenstein, Prométhée délivrée, Les Cenci, ils sont là sous nos yeux ces livres de tous les dangers qui flamboient sous la main romanesque de Judith Brouste, qui sait qu’être attentif aux révoltes qui se lèvent revient à être soucieux de la manière dont tout cela se vit et s’écrit.

Le Raid américain, de la collection de Charles-Henri Favrod

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 16 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, Campiche, Histoire

Le Raid américain, préface et éd. scientifique d’Edith Bianchi, septembre 2014, 159 p. 39 € . Ecrivain(s): Charles-Henri Favrod Edition: Campiche

 

 

Le Raid américain, un superbe opus de cent vingt-et-une photographies datant, pour la plus ancienne de 1844 (Marché d’esclaves, Louisiane) et, pour la plus récente de 1918 (Annonce de l’armistice, Wall Street, New York City). Accompagné de commentaires historiques, précis, entrecoupés çà et là de textes d’auteurs de l’époque, l’ouvrage constitue un magnifique balayage imagé, sur près d’un siècle, des Etats-Unis d’Amérique en formation.

De la Guerre de Sécession, commencée le 12 avril 1861 et terminée le 9 avril 1865, par la reddition des troupes sudistes, en passant par son déclencheur ; l’esclavage, « principale richesse des Etats agricoles du Sud », les témoignages, qu’ils soient illustrés ou écrits, quel qu’en soit le sujet, ouvrent la porte à l’émotion, la curiosité, l’étonnement, parfois à l’indignation ; ainsi en est-il du texte de Solomon Northup (1808-1857) :

Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 15 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Dans le jardin de l’ogre, août 2014, 215 pages, 17,50€ . Ecrivain(s): Leïla Slimani Edition: Gallimard

 

Adèle possède tout ce qu’une jeune femme « conventionnelle » peut désirer. Elle a un mari qui l’aime, Richard, chirurgien dans un grand hôpital, statut socio-professionnel conventionnellement valorisé, et que la littérature et le cinéma conventionnels présentent comme étant celui qui attire et séduit le plus les femmes. Ils ont un enfant, un petit garçon, Lucien, que son père idolâtre de manière toute conventionnelle. Elle, exerce en totale liberté le métier de journaliste, qui lui permet de voyager et de se trouver là où se fait l’actualité, un métier considéré conventionnellement comme intellectuellement intéressant, statutairement apprécié, et riche de diversité.

Mais Adèle n’est pas conventionnelle. Ce qui est de convention l’ennuie, puis l’agace, puis lui devient insupportable. Toutes les formes conventionnelles de contrainte sociale, familiale, professionnelle lui sont de plus en plus pénibles.

Ainsi Adèle aime son fils Lucien mais cet amour lui pèse parce qu’il est contraignant.