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Critiques

Histoire imaginaire sans queue ni tête, Yulia Horst et Daria Rychkova

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 07 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Actes Sud Junior

Histoire imaginaire sans queue ni tête, traduit du norvégien par Aude Pasquier, septembre 2014, 40 pages, 16 € . Ecrivain(s): Yulia Horst et Daria Rychkova Edition: Actes Sud Junior

 

Il n’y a aucun mérite à saluer un premier album primé par la Foire internationale de Bologne. Pourtant nous allons ici hurler avec les loups ou plutôt les louveteaux pour parler de cette superbe Histoire imaginaire. Nous voici dans un monde où tout un chacun a non seulement une tête, deux jambes et deux bras, mais une queue. « Mais personne ne s’en rendrait compte. Parce qu’avoir une queue, ce serait aussi normal que d’avoir des bras ou des jambes ». Et la présence de cet appendice caudal réapparu des temps anciens, réminiscence de nos ancêtres de tous poils et à plumes, change grandement la donne.

Que peut-on faire avec cette élégante touffe de poils accrochée à son postérieur ? Ici, nul embarras : la queue fait partie du quotidien et elle a prouvé ses atouts. Côté pratique, question ménage ou look, mais aussi en matière de séduction et de parade amoureuse, la queue n’a pas son pareil pour accompagner chaque situation de la vie ou pour favoriser la réussite dans tel ou tel métier.

Le miel de la sieste, Amin Zaoui

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 06 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Contes, Barzakh (Alger)

Le miel de la sieste, octobre 2014, 197 pages . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Gamin de l’Algérie d’après l’Indépendance, qui a mûri dans l’Algérie actuelle, avec des crochets ailleurs, comme il se doit pour tout Algérien, celui qui dit « je » se raconte, ou se berce par quelques mots qui reviennent, comme un refrain : « mais pourquoi est-ce que je reviens dans ce village des mouches bleues ? pourquoi est-ce qu’on serre celui qu’on aime contre sa poitrine ? ; mais pourquoi racontai-je tout cela à Ghita ? ». Sans oublier ce pile, je mens, face, je raconte la vérité, donc, face, qui émaille les pages. Ne pas omettre, par ailleurs, l’essentiel : on le nomme, le petit, « Bouqlaoui », l’enfant aux testicules, parce qu’il se les tripote tous les jours qu’Allah fait, et il a du mal avec les miroirs ; il a de grandes oreilles, et on l’appelle aussi l’âne. Il grandit, le môme, mais c’est difficile : il y a le père, l’oncle « écoute, petit morveux… », l’école militaire, le quotidien algérien qui bringuebale. Le sillon se fait chaotique, quand ce n’est douloureux : l’identité, la place dans la famille, les filles, les femmes, l’amour. Et puis, les rêves et quelques cauchemars en HP. Le ciel – celui, unique d’Algérie ; odeurs et saveurs en sus, et celui de par chez nous – Europe-miroirs aux alouettes, et gris labellisé avec accent belge…

Cent titres, Clémentine Mélois

Ecrit par Pauline Fouillet , le Mardi, 06 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Grasset, Anthologie

Cent titres, octobre 2014, 212 pages, 10 € . Ecrivain(s): Clémentine Mélois Edition: Grasset

 

Avec un titre tel que celui-ci, le lecteur peut s’attendre à un énième « ouvrage guide » sur la littérature, qui nous offrirait des explications d’ordre général ou une bibliothèque idéale.

Mais nous en sommes loin en fait puisque nous sommes face à un pari un peu fou de Clémentine Mélois : démontrer que la littérature n’est pas seulement sérieuse, comme beaucoup le pensent, mais aussi et surtout source d’humour.

En l’espèce, l’auteur a fait le choix de 100 titres de littérature classique, qu’elle a tourné en dérision. Elle a repris les couvertures originales en en modifiant les titres ou les illustrations, en créant ainsi de véritables pastiches. Avec très peu de texte, juste assez pour nous faire un point rapide sur l’auteur, l’époque, le véritable titre ou nous exposer une anecdote, les « héros » de l’ouvrage sont les couvertures. Toutes ne sont pas extrêmement drôles mais c’est un excellent moment que nous passons à feuilleter ce livre, oscillant entre sourire et fou rire.

Le parapluie rouge, Anna de Sandre

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 06 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles

Le parapluie rouge, Editions In 8, coll. Alter & Ego, avril 2014, 112 pages, 12 € . Ecrivain(s): Anna de Sandre

 

Le recueil de cinq nouvelles publié en 2014 aux Editions In 8 dirigées par Claude Chambard, dont le titre Le parapluie rouge est celui de la dernière nouvelle, explore toute une humanité fragile à travers différents portraits brossés avec une justesse et une concision déconcertante. Les personnages de ces nouvelles donnent l’impression de nous frôler sans cesse, entre force et vulnérabilité, chacun installant une présence dans le fracas de leur vie. De la SDF de la première nouvelle, Un festin en hiver, dont le père attend la visite, et que la sœur méprise avec sa fausse assistance, au jeune homme suicidaire de la troisième nouvelle dont seuls leurs cœurs tendres nous réchauffent dans cette atmosphère glaciale dont le froid de l’hiver même est la métaphore.

 

« Clara oscillait au bord du vide, et sa cadette mais néanmoins régente surgissait pour tenter d’imprimer un nouveau mouvement à ses marches, si possible, pendulaires ».

L’azalée blanche, Yi Ch’ǒngjun

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 05 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Nouvelles, Actes Sud

L’azalée blanche, novembre 2014, traduit du Coréen Jeong Eun-Jin et Patrick Maurus, avec l’aide de Margaret Chung et Jacques Batilliot, 206 p. 21 € . Ecrivain(s): Yi Ch’ǒngjun Edition: Actes Sud

 

Yi Ch’ǒngjun n’est pas complètement inconnu en France – Actes Sud ayant publié six de ses recueils de nouvelles et romans – et L’azalée blanche confirme un talent des plus fascinants. Reconnu comme l’un des auteurs majeurs du XXème siècle en Corée, Yi fait preuve dans ce recueil d’une écriture à fleur de peau, nuancée, reflétant tout glissement imperceptible de la sensibilité des personnages. Le style lui-même mime le mouvement non-linéaire et discontinu d’une pensée qui cherche autant à explorer l’inconscient qu’à raconter une histoire. Quant à la traduction, faite en général à quatre mains, elle réussit assez bien à rendre compte de ces allées-et-venues incessantes, de ces croisements entre les voix narratives et les cadres temporels, même si certaines inégalités dans le registre et la tonalité peuvent être relevées.

Il paraît que chaque écrivain a ses obsessions propres, explorées inlassablement à travers l’ensemble de son œuvre. Chez Yi Ch’ǒngjun, elles sont réunies principalement dans la figure de la mère. Tantôt envahissante, tantôt effacée, voire absente, bien souvent le catalyst de l’histoire, la mère est le prisme par lequel les personnages se construisent, et par laquelle nous, lecteurs, comprenons ces personnages.