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Critiques

Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg, Sabine Huynh

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 19 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Poésie, Correspondance, Recours au poème Editeur

Avec vous ce jour-là/Lettre au poète Allen Ginsberg, Sabine Huynh, novembre 2014, 87 pages, 7 € . Ecrivain(s): Sabine Huynh Edition: Recours au poème Editeur

C’est une longue lettre datée du 1er juillet 2014 que Sabine Huynh adresse à Allen Ginsberg. Une lettre à un destinataire qu’elle a eu la chance de rencontrer quatre ans avant sa disparition. Ce n’est pas une lettre ordinaire. Ce texte, comme elle le dit elle-même, est une « lettre-essai-confession-commentaire », mais elle est bien plus que ça, on s’en rend très vite compte. C’est une lettre écrite pour être donnée au monde, lancée dans l’univers avec amour, admiration et le profond besoin de partager ce sentiment d’appartenir à une même communauté d’âme, qui d’emblée s’ouvre sur ces mots : Cher Allen Ginsberg. Merci d’avoir écrit et se termine sur les mêmes. Une lettre qui peut se lire comme une déclaration d’amour et qui prouve s’il fallait encore le redire combien l’écriture se transporte au-delà de nos vies et de celles de nos auteurs disparus, qui rappelle combien les mots peuvent être salvateurs, comment l’écriture, la poésie, la littérature, nourrissent et guérissent parfois. Et, c’est bien de cela qu’il s’agit, Sabine Huynh réussissant ainsi à relier Allen Ginsberg à tous ceux qui ont été un jour transportés comme elle par l’œuvre de ce grand poète « juif, américain, homosexuel, russe… athée, pacifiste, bouddhiste, chanteur, musicien et davantage… Abondance de talents, personnalité multitudinaire, homme extraordinaire… » et tous les autres qui le découvriront.

Vie des hauts plateaux, fiction assistée, Philippe Annocque

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 19 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Editions Louise Bottu

Vie des hauts plateaux, fiction assistée, octobre 2014, 154 pages, 15 € . Ecrivain(s): Philippe Annocque Edition: Editions Louise Bottu

 

« Donc, si j’ai bien compris le programme, dans dix jours, je meurs ».

Le narrateur de cette fiction échevelée change de peau, de sexe et passe de vie à trépas avec une facilité déconcertante. Tout est follement sérieux et sérieusement décalé dans cette Vie des hauts plateaux. Chaque petite histoire tient dans un mouchoir de poche. Chaque courte excursion romanesque est comme la pièce d’un puzzle qui se suffit à elle-même, même si rien ne nous empêche de vouloir lui trouver sa place dans le tableau général et méticuleux de la fiction, car toutes se répondent et s’emboitent. Philippe Annocque fourmille d’idées et de projets pour ses personnages mouvants. Idées et projets qu’il prend à la lettre et met en œuvre en deux phrases trois mouvements. Pas étonnant que cette fiction assistée soit née sur son blog, au jour le jour. A chaque jour suffit son histoire, d’où quelle vienne, très conscient de n’être pas à moi seul l’auteur de mes livres (se croire complètement l’auteur n’est à mes yeux qu’une illusion)*. Il s’en joue et en joue, qu’il aille à la pêche, qu’il meure, qu’il se marie, ou qu’il fasse un enfant à sa nouvelle épouse. Tout n’est que jeu, jeu du réel et de l’absurde.

Sous l’étoile de Giono, Jacques Viallebesset

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 19 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Al Manar

Sous l’étoile de Giono, avec des dessins de Diane de Bournazel, octobre 2014, 44 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jacques Viallebesset Edition: Al Manar

 

En prélude à son ouvrage Sous l’étoile de Giono, magnifique recueil de poèmes, accompagnés de très beaux dessins exécutés par Diane de Bournazel, Jacques Viallebesset, écrivain et poète, décrit, en termes succincts, sous l’intitulé « Avant-dire », l’effet catalytique généré en lui, consécutivement à sa rencontre avec l’univers de Giono :

[…] J’ouvris les premières pages et je sus, tout de suite, que « le pays où l’on n’arrive jamais » existait, à portée de main et du regard. […] Jean Giono a été pour moi ce que Bobi est pour les personnages de Que ma joie demeure un professeur d’espérance. Ses mots n’ont pas seulement structuré mon imaginaire, ils ont effectué en moi œuvre alchimique en me transmutant. […]

À cet avant-propos, à la fois hommage et témoignage de gratitude envers Giono et son œuvre, succède une série de quatorze poèmes numérotés intitulés Pour saluer Giono avec, en parallèle, quatorze autres poèmes eux aussi numérotés ayant pour libellé Dans la marge et juxtaposés de dessins.

Des vies à écrire, David Lodge

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Iles britanniques, Rivages

Des vies à écrire (Lives in writing). Traduit de l’anglais par Martine Aubert. Octobre 2014. 245 p. 21 € . Ecrivain(s): David Lodge Edition: Rivages

 

On savait la passion de David Lodge pour l’art de la biographie. Dans ses dernières publications on compte deux énormes volumes sur Henry James (Author ! Author ! …) et sur H.G. Wells (Un homme de tempérament)*. C’est de cette passion, et de quelques écrivains (et un cinéaste !) qu’il est question dans ce recueil. Car il s’agit d’un recueil de relativement courts articles biographiques.

Biographiques ? Tout est toujours plus complexe avec Lodge : on est en abyme car la plupart de ces articles – biographiques – portent sur des personnes mais à travers le prisme d’une biographie écrite par quelqu’un d’autre que Lodge. Il parle d’écrivains en s’appuyant sur une bio connue de ces écrivains. Compliqué ? Point du tout. Le talent de David Lodge est de se glisser brillamment dans l’entre-deux et de faire valoir sa lumière, son regard, sur des personnages qu’il aime. Un des secrets de David Lodge, peut-être le plus éminent, l’empathie ou, plus encore, l’amour qu’il porte aux écrivains dont il parle. C’est là d’ailleurs un trait que l’on peut sans dommage pousser à la généralité : peut-on imaginer un biographe qui se pencherait sur une personne qu’il n’aime pas ?

Lune et l’Ombre (T.1) Fuir Malco, Charlotte Bousquet

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 18 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Lune et l’Ombre (T.1) Fuir Malco, mai 2014, 256 pages, 13,90 € . Ecrivain(s): Charlotte Bousquet Edition: Gulf Stream Editeur

 

Ce premier tome de la trilogie Lune et l’Ombre emporte littéralement le lecteur dans une course éperdue où se réalise le rêve fou de nombre d’entre nous : entrer dans l’univers d’un tableau. On retrouve bien ici les goûts et le style de Charlotte Bousquet, tissant avec habileté la trame d’un univers où se révèle la magie, où l’on a tout autant envie d’apprendre que de partir à l’aventure, où l’on frissonne d’effroi et de plaisir.

Lune est une jeune fille de 13 ans, passionnée de peinture. Depuis peu, elle subit une affection rare qui la prive de son activité artistique et de tout contact social : elle a perdu la vision des couleurs. Le monde n’est plus qu’une palette grise, terne, vide de sens. Certains pensent que Lune somatise depuis que sa mère s’est mise en couple avec Malco, un écrivain au caractère sombre. Mais Lune sait qu’il n’en est rien. D’ailleurs son mal empire, elle perd également l’odorat mais cela elle ne l’avouera jamais. Finira-t-elle par perdre les cinq sens ?