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Critiques

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, Balval Ekel

Ecrit par Thierry Radière , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jacques Flament Editions

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, janvier 2015, 196 pages, 15 € . Ecrivain(s): Balval Ekel Edition: Jacques Flament Editions

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, de Balval Ekel, est un livre d’amour – au sens large du terme – qu’une fille dédie à son père décédé il y a vingt-deux ans mais qu’elle n’a malheureusement pas connu, à cause d’un secret de famille révélé à l’âge de quarante-quatre ans.

Tout commence par le récit d’un cauchemar que la narratrice a longtemps fait jusqu’à ses quarante ans et se poursuit par un rêve. Mais celui que raconte Balval Ekel est particulier : il est en proie à un besoin vital de vérité.

« Ecrire ce livre est une façon de m’autoriser à vivre ma propre histoire ».

Il lui faut reconstituer, année après année, le parcours intégral de son père, Elek Bacsik, dont sa mère lui a égoïstement caché la paternité. Et pour y parvenir, l’auteure se lance dans une enquête minutieuse – réussie à plus d’un titre, comme le ferait un inspecteur dans un roman policier – sur la vie totalement romanesque que ce célèbre musicien de jazz (tsigane) hongrois mena pendant plus de soixante ans. Le résultat de son travail est surprenant : il est à la fois poignant, intime et intelligent. Ekel, qui ne savait absolument rien de Bacsik, parvient par la force évocatrice de son écriture et l’intensité de son amour soudain pour lui à ressusciter la mémoire de son père – trop tôt disparu. Un réel exploit littéraire.

Les tendres plaintes, Yôko Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Japon

Les tendres plaintes, traduit du Japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle et Yukari Kometani, septembre 2014, 256 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Yoko Ogawa Edition: Actes Sud

 

« La ballade de l’impossible »

Une calligraphe de Tokyo, Ruriko, vient de prendre la fuite. Elle quitte précipitamment son appartement pour aller se réfugier dans la maison de son enfance. Au fil de la lecture, on apprend qu’elle a été une épouse bafouée, maltraitée et trompée. « Je m’étais rendu compte trois ans auparavant que mon mari avait quelqu’un d’autre dans sa vie, mais notre relation s’était déjà détériorée. L’un de nous avait suggéré de vivre séparément et nous avions même parlé de divorce. En soustrayant ces années de nos douze ans de vie commune, il ne restait plus qu’une courte période sans discorde ».

La demeure, perdue dans la forêt, devient un abri, un lieu pour se cacher : « Lorsque je n’y étais pas allée depuis plusieurs années, le vaste mais sobre chalet m’était apparu avec fraîcheur jusque dans ses moindres recoins. Là-bas, je serais certainement accueillie. Il s’occuperait bien de moi ».

De l’art en kit, David A. Carter et James Diaz

Ecrit par Pauline Fouillet , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

De l’art en kit, octobre 2014, 47 pages + coffret, 25 € . Ecrivain(s): David A. Carter et James Diaz Edition: Seuil Jeunesse

 

« L’art moderne invite le spectateur à participer par sa vision des choses à l’œuvre d’art ».

La participation. Tel est le maître mot de ce titre. Participation pour mieux comprendre, mieux s’intéresser, mieux s’amuser.

L’art est entré dans les programmes scolaires, mais ce n’est pas cela qui rendra la matière intéressante aux yeux des enfants. Avec un jeu de construction 3D, les auteurs ont développé une explication de l’art et de la sculpture en particulier, par le biais d’un court historique et de fiches biographiques sur les 10 artistes sculpteurs les plus connus de l’époque moderne.

Concision et précision désignent les textes. En aucun cas le but n’est de faire crouler le jeune lecteur sous les infos, sinon juste donner des pistes, des éléments qui pourront inciter à aller ensuite plus loin.

Des bulles de couleur à infos insolites ou complémentaires rendent l’ouvrage encore plus attrayant, de même que les exemples photos.

Voyage de classes, Nicolas Jounin

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, La Découverte

Voyage de classes, octobre 2014, 248 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nicolas Jounin Edition: La Découverte

 

Le sociologue et professeur Nicolas Jounin, dans son ouvrage Voyage de classes, sous-titré Des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers, paru en octobre 2014 aux Éditions La Découverte, présente le déroulement d’une enquête et le travail d’une centaine d’étudiants de première année en sociologie de l’Université de Paris VIII Saint-Denis menés sous sa direction. Ces enquêtes se sont déroulées dans une partie du VIIIème arrondissement de Paris, appelé le Triangle d’Or qui couvre les quartiers délimités par les avenues Montaigne, George-V et les Champs-Elysées. Il héberge les familles fortunées qui veulent marquer leur position sociale, les entreprises et des commerces et des hôtels de luxe, des ambassades.

Nicolas Jounin nous raconte comment il procède pour que ces étudiants s’emparent des méthodes et des outils de la sociologie, comment ils ressentent à leur égard des formes subtiles de discrimination sociale et comment ils parviennent au fil de jours à explorer de façon plus distanciée les rapports de classe. Ce professeur renouvellera l’expérience trois années de suite.

Dans cet essai, la réflexion que mène l’auteur est à plusieurs étages et ressemble à un emboîtement de matriochkas. Il tire plusieurs fils.

Les cahiers d’un tueur, Gérald Grühn

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 30 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Les cahiers d’un tueur, TDO Editions, format Poche 2014 . Ecrivain(s): Gérald Grühn

 

Au départ, il y a une rencontre, celle de Thomas et de Thomas. Le premier (ou le deuxième) est un enfant avec des lunettes avec des verres comme des hublots, tenues par un gros élastique. Il partage sa vie entre son père et ses grands-parents. Le grand-père l’accompagne au bord du canal, le laissant pêcher alors que lui-même somnole sur un banc. Le deuxième (à moins que ce ne soit le premier) est un adulte à l’allure un peu bizarre : le crâne soigneusement rasé, ainsi que les bras, outre une réelle connaissance de la pêche, qui rapprochera les deux thomas, il a un métier caché, et pour cause : tueur à gages.

Thomas (le grand) a appris son métier dans les quartiers de Marseille, dont il a été amené à se retirer pour des raisons très professionnelles. Dans son genre, il est cependant parfait, ne laissant jamais derrière lui la moindre trace, variant consciencieusement les techniques employées, avec une méticulosité et une attention aux détails, mais aussi avec un détachement et une objectivité dépassionnée qui, malgré l’horreur qui peut exister dans ses actes, finit par susciter une certaine sympathie, pour ne pas dire l’inverse, une sympathie certaine, pour l’artisan soigneux qui conçoit ses contrats et exécutions avec l’humilité, la minutie et la maîtrise d’un ébéniste ou d’un joailler.