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Critiques

Vie de ma voisine, Geneviève Brisac

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 08 Mars 2017. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Grasset

Vie de ma voisine, janvier 2017, 180 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Geneviève Brisac Edition: Grasset

 

Toute notre vie, nous mettons nos pieds dans ceux de l’Histoire mais, sur le moment, nous ne le réalisons pas. Le jour où nous ouvrons le dernier livre de Geneviève Brisac, Vie de ma voisine, nous sommes saisis par un air de printemps. Une cour, un cerisier, un déménagement (c’est toujours un moment d’inquiétude). Mais qui va être le plus transporté ? la narratrice qui avoue « Je peine à m’enraciner », ou le lecteur qui ne s’attend pas à un tel arrachement à son quotidien, englué qu’il est dans ses habitudes ? Car l’auteur, qui se fait narratrice, va nous obliger, nous aussi, à déménager. En effet, comme dans La Ronde d’Arthur Schnitzler, de relais en relais, de main en main, de cœur en cœur, de nom en nom, nous partons en voyage. La narratrice va nous emporter, à notre corps défendant, dans le temps et dans l’espace pour un sacré périple. A travers l’histoire d’une famille, nous allons retrouver un siècle d’histoire avec ses bonheurs et ses souffrances, ses joies et ses tragédies.

La stratégie du hors-jeu, Thomas Gunzig

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 08 Mars 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Au Diable Vauvert, Théâtre

La stratégie du hors-jeu, mai 2016, 80 p., 5 € (la pièce a été créée à Bruxelles, sous le titre Raymond, avec Josse De Pauw, mis en scène par Manu Riche) . Ecrivain(s): Thomas Gunzig Edition: Au Diable Vauvert

 

Raymond, il s’appelle. Sur la scène il nous parle de la vie. La sienne. Mais pas seulement la sienne. Celle des autres aussi. La vie en général quoi. La vie et les épreuves que l’on traverse bon an, mal an. La soumission révoltée au père, la mère un brin surprotectrice qui a toujours peur de tout, les amis insupportables, les amours rêvées et trahies… Des choses bien ordinaires en somme. La vie comme un match de foot, avec ses péripéties, ses stratégies plus ou moins claires et aussi ses trucages. C’est que l’homme a été entraîneur, que les images des matchs l’ont marqué à jamais et qu’il ne cesse de s’en inspirer. C’est que dans le monde du foot selon Raymond (les amateurs de foot auront sans doute deviné quel Raymond belge a inspiré celui de cette pièce), c’est comme dans la vie, il arrive des choses parfois si improbables, si illogiques, mais aussi si miraculeuses qu’on ne peut ni les oublier ni vraiment les comprendre. Il y a, ici comme là, des secondes décisives où tout bascule, où l’impossible se réalise. Parfois ce sont aussi les rêves qui s’effondrent pour pas grand-chose. Pour presque rien.

Les parapluies d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 07 Mars 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Roman, Joelle Losfeld

Les parapluies d’Erik Satie, février 2017, 216 pages, 18 € . Ecrivain(s): Stéphanie Kalfon Edition: Joelle Losfeld

 

Faune énigmatique, tour à tour naïf ou malin, malicieux sans aucun doute, original et décalé, doté d’un humour incompris qui ne faisait rire que lui et peut-être un de ses rares amis, « Claude Debussy [qui] perçut immédiatement en lui un égaré de ce siècle », avec lequel il se lia, autre délaissé en son temps, autre génie novateur, Erik Satie incarne parfaitement l’artiste génial à l’art sautillant, enfantin, mais malheureux et mal aimé comme le sont souvent les véritables artistes. Mal dans son temps, mal dans sa peau, excentrique, marginal, incompris, perçu comme fou, fumiste, fantaisiste, raté, aigri, maniaque, clown, etc.

Stéphanie Kalfon signe là un portrait en forme d’hommage à ce génie musical dans un roman biographique empreint de poésie et de magie.

Les parapluies d’Erik Satie s’ouvre sur une exergue troublante en forme d’épitaphe de Jean Wiener : « La première fois où il entra dans la chambre d’Arcueil où Satie trouva la mort (à moins que ce ne soit l’inverse) ».

Portrait craché, Jean-Claude Pirotte

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 07 Mars 2017. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Poésie, Le Cherche-Midi

Portrait craché, 191 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Pirotte Edition: Le Cherche-Midi

 

Un homme attablé. À son bureau. Sans la mer qui, habituellement, lui ouvre la perspective et l’enroule dans ses ressacs. Un homme seul et malade. Soutenu par sa bibliothèque. Accroché aux mots – aux sot-l’y-laisse – ; rattrapé par ses désillusions (« Il s’est cru poète, longtemps, mais ne s’accommode plus de pareille illusion. Il se sait condamné, mais est-ce bien nouveau ? J’aurai vécu en compagnie de la mort depuis ma prime enfance (…) »). Car l’homme, le poète Jean-Claude Pirotte, chroniqueur du Journal d’un poète dans Lire, auteur de recueils de poésie et de romans au Temps qu’il fait et à La Table Ronde, entre autres, lecteur fervent et fidèle de Joubert (« (…) Joubert le tant aimé, qu’il convient de relire sans cesse ») écrit ici dans Portrait craché l’inventaire testamentaire d’une vie consacrée à la littérature. « Les livres sont des analgésiques », écrit-il, et ceux des écrivains qu’il s’est choisis dressent leur suaire de salive et de sueurs pour ériger un viatique de soin palliatif, afin de résister une dernière fois « à cette humanité moribonde où le silence et la mort sont siamois. La littérature comme remède ».

Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Mars 2017. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Gallimard

Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit, février 2017, 256 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Brina Svit Edition: Gallimard

 

Pour Brina Svit, écrire n’est pas forcément défendre la solitude dans laquelle ses personnages se trouvent mais la constater. Les nouvelles « actionnent » des isolements affectifs que les narrations rendent communicables, dans la mesure où à cause de l’éloignement de tous les êtres autres que les héros ou héroïnes, le dévoilement de leurs « relations » est rendu possible.

Selon la créatrice, la solitude n’a rien d’une nécessité qui doit être défendue, elle est même sans justification ce qui la rend plus âpre. Personne ne peut s’y retrouver sauf à être des ascètes ou une Maria Zambrano.

La romancière prouve que la solitude non choisie appartient à ces sentiments existentiels que nous assumons mal au moment où elle envahit et que sa pression vient du dehors. Elle est devenue un piège imposé par les circonstances (limogeage, décès, etc.). Et la parole de Svit ne prétend pas en libérer. Au contraire. Elle souligne une circonstance assiégeante et immédiate, un usage excessif obligé et qui désagrège.