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Critiques

Le dico des dictionnaires, Jean Pruvost

Ecrit par Pauline Fouillet , le Lundi, 09 Février 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Revues, Jean-Claude Lattès

Le dico des dictionnaires, octobre 2014, 527 pages, 23 € . Ecrivain(s): Jean Pruvost Edition: Jean-Claude Lattès

 

Jean Pruvost est un passionné des mots et des dictionnaires. Chez lui, ces ouvrages de tous styles, époques ou tailles emplissent les pièces. A tel point qu’il a dû acheter l’appartement mitoyen pour les ranger !

En tant que dicophile et lexicographe, il nous propose ici un dictionnaire amoureux avec exactement 71 définitions, vues à travers leurs histoires, leurs anecdotes et les divers dictionnaires existant. Mais surtout, il leur relie d’autres liens et mots : « Il en va ainsi de nos vieux dictionnaires. On attrape un mot, une définition, un exemple, et il faut aller plus loin. Un univers s’ouvre, labyrinthique ». C’est ainsi qu’à partir de la définition du terme chien, on en arrive à la définition d’autres mots plus ou moins excentriques comme crocodile.

Parfois, l’auteur nous entraîne à travers des « rappels » historiques d’autres époques, d’autres univers… Ainsi, tout un article est destiné à la place faite dans les dicos à la femme. Souvent la même d’ailleurs qu’elle occupe dans la société… comme un miroir de l’époque en cours.

L’Ecole du Mystère, Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

L’Ecole du Mystère, janvier 2015, 160 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

« Le Saint-Esprit souffle où il veut, à travers tous les instruments et toutes les syllabes. C’est une Pentecôte immédiate, avec langues de feu et improvisations sans effort. Mystère de la foi, mystère de la musique, mystère du silence. “Vous entendez mon silence ?” dit la voix ».

L’art du roman est souvent une question de souffle, de vent céleste qui fait flamber les phrases et les pages, comme dans le Dào qui irrigue depuis longtemps les romans de Philippe Sollers. L’écrivain souffle où il veut, sans se soucier des vents contraires, de la morale sociale crispée et des jalousies françaises. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir L’Ecole du Mystère, et constater une fois de plus qu’il s’agit là d’une langue de feu – la langue française est une Pentecôte – qui embrase et embrasse le Temps – Le mot « temps » prend ici une majuscule, le Temps, retrouvé, avant d’être définitivement perdu – et ce n’est pas un hasard si Philippe Sollers invite à sa table d’écriture Zhuangzi, Proust, et Heidegger, trois langues et trois pensées de feu. La littérature est toujours une question de souffle, de rythme et de phantasiaque la lumière soit et lumière fut –, le mystère du roman est là, et les preuves ne manquent pas chez l’Européen des bords de Garonne et des jardins de Bordeaux : d’Une curieuse solitude, à Drame, en passant par Paradis I et II, Les folies françaises, ou encore Picasso le héros, L’étoile des amants et Médium.

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, João Paulo Cuenca

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Langue portugaise, Roman, Cambourakis

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, janvier 2014, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, 141 pages, 18 € . Ecrivain(s): João Paulo Cuenca Edition: Cambourakis

Roman brésilien à la japonaise ou roman brésilien à la japonaise, La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est tout bonnement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Et, c’est plutôt sa provenance qui semble douteuse. La littérature et la culture nippones ont influencé bien des auteurs – notamment au pays de la samba, du fait même de la forte communauté japonaise qui y vit depuis le début du XXe siècle. L’auteur, Bernardo Carvalho, évoquait il y a peu le lien qui existe entre le Brésil et le pays du Soleil-Levant dans son roman Le soleil se couche à São Paulo (2008) – où Tōkyō nous était grandement décrite à travers les yeux d’un gaijin (étranger en japonais) ou plutôt d’un nisei, terme qui désigne un émigré japonais de deuxième génération.

Là où João Paulo Cuenca fait fort, c’est qu’il nous décrit l’univers tokyoïte à travers les yeux d’un natif mais surtout à la manière d’un natif. Le Tōkyō secret dans lequel évolue Shunsuke – le personnage principal – n’est pas sans rappeler le Londres de 1984 puisqu’à l’aide d’un gigantesque système d’espionnage notre héros vit sous l’observation constante des agents de son père, M. Okuda qui satisfait ainsi ses pulsions malsaines et perverses voire sadiques envers « [s]on petit fugu débile ».

Le Consul, Salim Bachi

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le Consul, janvier 2015, 180 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Gallimard

 

Sans faire de bruit, à l’image du héros ordinaire qu’il met en scène, est sorti le 2 janvier le dernier roman de Salim Bachi. Ce qu’il raconte à la première personne, à travers une lettre ou une confession, à Andrée, la femme aimée, c’est un épisode de l’histoire de la deuxième guerre mondiale qui le transforme : de bon père de famille très catholique et fidèle à ses obligations de consul du Portugal de poste en poste, il devient le sauveur de milliers de Juifs à qui il octroie un visa, devenant par là-même traitre à sa patrie, car il fait fi de la circulaire n°14 de Salazar, qui place le Portugal dans une « neutralité » face à l’Allemagne nazie en refusant d’accorder le visa demandé par les Juifs qui fuient l’Europe et les persécutions. En quelques jours, entre le moment où la France capitule face aux armées allemandes, alors que Aristides de Sousa Mendes est consul de Bordeaux, jusqu’au moment où ses visas sont annulés, quelques jours plus tard, il ne se contente pas d’accueillir des centaines de familles dans le consulat et ses appartements, mais signe des milliers de visas, poursuit sa mission jusqu’à Bayonne et Hendaye pour s’assurer que les rescapés peuvent bien franchir la frontière de la France et se trouver dans une paix relative de l’autre côté, en attendant de pouvoir franchir l’océan.

Les traducteurs dans l’histoire, codirigé par Jean Delisle et Judith Woodsworth

Ecrit par AK Afferez , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Hermann

Les traducteurs dans l’histoire, traduction coordonnée par Benoit Léger, novembre 2014, 377 pages, 29 € . Ecrivain(s): Jean Delisle et Judith Woodsworth Edition: Hermann

 

 

Lorsqu’on lit de la littérature étrangère, on ne prête souvent pas beaucoup d’attention à qui a pu traduire le récit qu’on a sous les yeux. Le traducteur ou la traductrice (ou le collectif de traducteurs) : figures plutôt fantomatiques, effacées. Il faut faire valoir un contact en apparence immédiat entre le lecteur et l’auteur de la version originelle. On pense rarement à trianguler cette relation pour y insérer le traducteur ; on pense rarement au traducteur en tant qu’auteur. Des exceptions existent, bien entendu : Nerval, Baudelaire, Mallarmé (pour n’en citer que quelques uns), dont les activités de traduction sont souvent mentionnées lorsqu’on nous les présente au collège ou au lycée. Mais cette activité de traduction n’est jamais analysée comme une caractéristique déterminante du parcours de ces auteurs. Ils sont poètes, écrivains avant tout – le rôle de traducteur passe en second plan.