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Critiques

Mélancolie douce, Patrick Dubost

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Vendredi, 16 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Mélancolie douce, Ed. La Rumeur libre, 2013, 80 pages, Prix Jean-Jacques Lerrant . Ecrivain(s): Patrick Dubost

 

Qu’est ce qui fonde la différence entre un texte théâtral fait pour être dit sur scène, face à un public, clamé, déclamé, et un texte poétique qui relève de la performance ?

Qu’est-ce qui distingue le théâtre du récit même poétique sinon la présence dans le texte-papier des didascalies et les marques de dispositions scéniques qui visuellement renvoient le lecteur à ce genre particulier. En lisant le dernier texte de Patrick Dubost, on pense alors poésie élégiaque et pourtant il semblerait que le performeur veuille plutôt dynamiter les cloisons des genres.

Ainsi Mélancolie douce avec ses 49 tableaux nous raconte une histoire dialoguée, polyphonique, sans que jamais aucune marque du dialogue rattachée au genre théâtral (didascalies) ou au récit soit présente. Bien sûr puisque ce genre appartient en premier lieu à la poésie.

Une poésie dont la force réside dans l’emploi des mots les plus simples, l’intervention de personnages les plus ordinaires (une boulangère, une enfant de sept ans…), un dispositif de mise en page qui fait couler la parole des uns aux autres, la fondant en une seule voix, celle du poète assurément, debout sur scène déclamant et absorbant toutes ces voix.

Des liens invisibles, tendus / Taut, invisible threads, Dara Barnat

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 16 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Recours au poème Editeur

Des liens invisibles, tendus / Taut, invisible threads, recueil bilingue, poèmes traduits de l’anglais (Israël) par Sabine Huynh, 114 pages, 8 € . Ecrivain(s): Dara Barnat Edition: Recours au poème Editeur

 

Dara Barnat : Jamais ne faire fi

 

Composer une poésie qui puisse tout à la fois embrasser l’Histoire et la vie de chacun, avec ses petitesses et ses grandeurs, avec ses pleins et surtout ses manques chantants.

Composer une poésie qui soit à même de faire que les gens se tutoient sans malice, avec douceur, au plus profond d’eux-mêmes ; chacune d’elles, chacun d’eux.

Composer une poésie qui, ce faisant, n’oublie jamais, jamais, de prendre en compte les frémissements de l’Histoire et du temps. Et ce en donnant une place capitale au rythme, à la pulsation des vers sur la page, grâce à l’utilisation qui est faite du blanc, à la pulsation du sens dans nos vies, grâce à la découpe subtile des vers.

Sur le rivage, Rafael Chirbes

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Rivages

Sur le rivage (En la orilla), traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, janvier 2015, 507 pages, 24 € . Ecrivain(s): Rafael Chirbes Edition: Rivages

 

L’écriture de Rafael Chirbes est tendue comme une corde prête à casser. C’est l’outil parfait pour dire l’Espagne sombre. Verbe sombrer ? Oui, à travers les époques de son histoire qui se croisent ici de génération en génération, qui de la tragédie de la Guerre Civile à la Crise qui étreint un pays et ses habitants, se télescopent, s’amoncellent, s’additionnent comme une suite tragique, comme un destin inexorable qui broient les enfants d’Espagne de tous les temps. Mais non. Pas sombrer. Car Chirbes a cet art inimitable – trace du grand écrivain qu’il est – de déceler dans tout interstice lumineux, les signes de l’espoir. Quand même. Les hommes restent debout, comme avant, face aux armées franquistes que pères et grands-pères ont connues et combattues. Debout parce qu’encore ensemble.

Non, avec Chirbes, c’est l’Espagne sombre. Adjectif qualificatif. Presque pléonasme tant notre mémoire littéraire est chargée d’images noires venues des Asturies, de la Castille ou l’Andalousie. Avec en basse continue le décor brûlant et mortel des pièces et poèmes de Lorca.

Hérétiques, Leonardo Padura

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Hérétiques, août 2014, traduit de l’Espagnol (Cuba) par Elena Zayas, 620 pages, 24 € . Ecrivain(s): Leonardo Padura Edition: Métailié

Un hymne à la liberté et du libre arbitre

Le roman de Leonardo Padura adopte une structure narrative en millefeuille. En effet, Hérétiques englobe dans son écriture le genre policier, aventure, épopée et récits de voyage. Son sujet est donc riche mais aussi complexe à cause des ramifications qui existent entre les personnages et les époques. Leonardo Padura étale devant le lecteur les turbulences tragiques de la lointaine Pologne du XVIIème siècle. Il le guide aussi dans les dédales de la ville d’Amsterdam à l’époque de Rembrandt. Puis, il fait un saut dans le temps et plonge le lecteur dans le chaos de la Seconde Guerre Mondiale, de la dictature cubaine avant de le lâcher, plus serein, dans l’époque présente. Comment cette voie narrative est-elle rendue possible sans que le lecteur ne se perde dans ces sauts perpétuels dans le temps ?

C’est sans compter sur la virtuosité de notre auteur. En effet, le roman est scindé en quatre parties. Chacune est intitulée Le livre de… Elle est ordonnancée comme un récit biblique, celui du Premier Testament (selon l’appellation dans la doctrine théologique chrétienne). Ainsi, avons-nous Le livre de Daniel, Livre d’Elias, Livre de Judith, et la conclusion se voit attribuer le nom de Genèse qui répond à toutes les questions posées par le lecteur.

Le chevalier de Ventre-à-Terre, Gilles Bachelet

Ecrit par Pauline Fouillet , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Le chevalier de Ventre-à-Terre, novembre 2014, 36 pages, 15 € . Ecrivain(s): Gilles Bachelet Edition: Seuil Jeunesse

 

Tout est dans le détail. Voici comment qualifier cet album jeunesse, nouvelle œuvre de Gilles Bachelet, au succès aujourd’hui incontestable.

L’histoire est de celle que l’on a déjà rencontrée de multiples fois : un chevalier s’apprête à combattre son ennemi, ce dernier s’étant permis d’investir ses terres.

Rien de bien original me direz-vous… Eh bien au contraire ! Cet album a tout d’une grande surprise et ce, grâce à trois points fondamentaux :

Tout d’abord, les personnages. Si d’ordinaire le lecteur voit s’entre-déchirer des hommes ou bien des animaux ou êtres imposants (les lions ou des géants par exemple), ici ce sont deux escargots qui vont s’affronter pour une histoire de partage de rangs de fraises.