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Critiques

Le Fils, Philipp Meyer

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 10 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Albin Michel

Le Fils (The Son), septembre 2014, traduit de l’anglais (USA) par Sarah Gurcel, 673 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Philipp Meyer Edition: Albin Michel

 

Le mythe du Grand Roman Américain fait depuis longtemps courir les apprentis écrivains (américains, cela va de soi) et peut-être plus encore les critiques, prompts à dégainer l’expression pour la transformer en un superlatif censé montrer à quel point le romancier a su peindre l’âme américaine. Le fils, de Philipp Meyer, n’y échappe pas. C’est d’ailleurs écrit sur la couverture de l’édition française sous la plume d’un chroniqueur du Washington Post qui a toutefois la prudence d’utiliser un article indéfini. « Un grand roman américain » lit-on donc. Sans doute en l’occurrence ce journaliste a-t-il vu juste, d’ailleurs. Car si Le fils n’est certainement pas Le Grand Roman Américain, il est bel et bien un grand roman sur l’Amérique. Mais pas sur n’importe quelle Amérique. Sur celle des vainqueurs, les perdants étant destinés aux oubliettes de l’Histoire.

Le bourreau de Gaudí, Aro Sáinz de la Maza

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 10 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Le bourreau de Gaudí (El asesino de la Pedrera), septembre 2014, traduit de l’espagnol par Serge Mestre, 672 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Aro Sáinz de la Maza Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

 

Ce qui est terrible avec un roman aussi magistralement mené que celui-ci, c'est qu'il vous attrape par le col et ne vous lâche plus avant la dernière ligne, vous amenant à devenir de plus en plus asocial au fur et à mesure que vous vous enfoncez dans le récit. Et même, le livre refermé, il vous faut encore du temps pour en sortir vraiment et reprendre pied dans votre propre monde.

C'est le premier roman de cet auteur barcelonais que nous découvrons. Si celui-ci est sa première incursion dans le monde du noir, l'auteur avait déjà publié une dizaine de titre auparavant. Depuis 1996, où il publie son premier roman (Nada es azul, chez Montesinos), il a aussi exploré le monde de la littérature pour la jeunesse (avec El jugador de frontón en 2001) et le monde des contes (avec deux anthologies, en 2004 et 2008).

Les nombres, Viktor Pelevine

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 09 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Roman, Alma Editeur

Les nombres, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain septembre 2014, 380 pages, 19 € . Ecrivain(s): Viktor Pelevine Edition: Alma Editeur

 

Qu’arrive-t-il à un homme quand il soumet sa vie et son destin tout entier au pouvoir d’un nombre ? C’est ce que fait Stopia, alias Pikachu pour les intimes, antihéros de ce roman amoral qui est avant tout une impitoyable satyre d’une ex-URSS décadente et libérale, qui n’a cependant pas lâché les bonnes vieilles méthodes de l’époque KGB.

« Je me demande bien Tchoubaïka, pourquoi on traite la bourgeoisie libérale de libérale. Elle est porteuse d’une idéologie totalitaire extrême. Si on l’y regarde de près, tout son libéralisme se réduit à la permission donnée aux travailleurs de s’enculer à volonté pendant leurs heures de repos » et Tchoubaïka répondait : « Excusez-moi Zouzia, mais c’est un grand pas en avant si on compare avec le régime qui percevait même cette activité comme sa prérogative ».

Ainsi, après quelques tâtonnements, c’est au numéro 34 que Stopia va confier la totalité de sa vie, de ses choix, décisions et orientations, privés ou professionnels, et le 43 deviendra donc par conséquent l’anti-nombre, le nombre d’entre tous dont il faudra le plus se méfier.

Ubu roi, Nicole Caligaris

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 08 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Belfond

Ubu roi, septembre 2014, 208 pages, 17 € (existe aussi en ebook, 11,99 €) . Ecrivain(s): Nicole Caligaris Edition: Belfond

 

Avant d’évoquer le roman Ubu roi de Nicole Caligaris, il est nécessaire de revenir sur la singularité de la collection Remake aux éditions Belfond. Le remake est une « pratique » classique au cinéma, cette collection aurait également pu s’appeler Palimpseste, mais non…

N’y aurait-il alors pas de nom pour définir ce concept pour les écrivains ? Ces écritures ne seraient-elles qu’une « vision », une version pâlotte de l’original ? Mais non !

La collection est dirigée par Stéphane Bou et comporte à ce jour les ouvrages suivants : Le retour de Bouvard et Pécuchet de Frédéric Berthet et Le Bonhomme Pons de Bertrand Leclair. Il faut saluer et défendre sans relâche cette démarche, cette pensée du multiple, de la transmission et de l’imagination portée par des auteurs inventifs qui ont su trouver par le reflet d’une tonalité discordante, miroir lumineux des interprétations, une réalité intérieure des corpuscules de la pensée :

D’Images et de bulles (13) - Les Tontons Dalton

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 08 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Les Tontons Dalton, Les Nouvelles Aventures de Lucky Luke d’après Morris, tome 6, Dargaud, octobre 2014, 48 pages, 10,60 €

 

Depuis maintenant prêt de 7 décennies, la série des Lucky Luke parodie avec efficacité et jubilation l’univers du western, devenant une référence et une des plus grandes réussites de la culture populaire. Reprise après la mort de Morris, elle prolonge le plaisir pour le plus grand bonheur de ses fans, petits et grands. Alors, lorsqu’il passe par la tête des scénaristes de faire en plus un clin d’œil au cinéma français, à travers l’un de ses films cultes, Les Tontons flingueurs, on ne peut qu’être intrigué et alléché.

L’entrée en matière permet aux auteurs de rappeler que les frères Dalton ont un cousin méconnu, Emmett, et que ce desperado aujourd’hui troué comme une passoire a eu un fils, nommé Junior. Le gamin se voit confié aux bons soins de ses oncles… bien évidemment dans l’incapacité de le prendre en charge depuis leur pénitencier. Mais la justice étant bien faite, voilà les Dalton en liberté surveillée, à Rupin City, sous l’œil détaché mais aiguisé de Lucky Luke. Le brave cow-boy se voit catapulté baby-sitter d’une famille Dalton agrandie et bientôt rejointe par la célèbre Ma Dalton et son Sweety ; puis confronté, ainsi que toute la bande, à l’hostilité des habitants de la ville et en particulier de ceux qui y ont développé un lucratif commerce…