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Critiques

Les chiens de l’aube, Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Les chiens de l’aube, D’un noir si bleu, septembre 2014, 348 p. 22 € . Ecrivain(s): Anne-Catherine Blanc

 

Après Moana blues, intense petit roman à la langue « métissée » s’inspirant d’un sombre fait divers polynésien, L’astronome aveugle, joli conte léger et lumineux à l’écriture emplie de charme, et Passagers de l’archipel, recueil de nouvelles où elle bousculait nos clichés sur Tahiti, Anne-Catherine Blanc nous offre un second roman qui vient confirmer l’éclectisme de son talent.

Les chiens de l’aube, sorte de roman d’aventures atypique se déroulant dans un espace restreint et conté par un narrateur ayant tout de l’anti-héros, combine en effet le réel le plus sordide et l’imagination la plus délirante. Multipliant les péripéties et les rebondissements inattendus pendant près de 350 pages, l’auteure possède sans conteste l’art de raconter des histoires, mais aussi de faire voir la beauté là où on ne l’attend pas, de trouver les mots justes qui conduiront le lecteur à entrer en empathie avec des personnages au prime abord bien étrangers. Sans jamais nous lasser, elle mène son récit sur un rythme soutenu, l’aérant régulièrement de courts flashes-back, des descriptions évocatrices et des réflexions imagées de son héros ainsi que de quelques dialogues. Un récit haut en couleurs à la langue forte, familière et rocailleuse, alliant l’ironie à la tendresse, dont il émane une grande vitalité et une grande humanité. Un roman violent et caustique, émouvant et poétique, distrayant et critique, qui porte toute une philosophie de la vie.

Je te vois, Murièle Modély

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Je te vois, Ed. du Cygne, septembre 2014, 112 pages, 13 € . Ecrivain(s): Murièle Modély

 

Le couple, « nous sommes ensemble et seul », colonne vertébrale de ce recueil, qui vient prendre et surprendre le lecteur, comme sait si bien le faire Murièle Modély avec cette langue et ce style bien à elle.

Dans Je te vois, il est question du corps, des mots, des maux du corps et du corps des mots dans l’aquarium du couple. Et donc de sexe forcément, presque un acte de survie, pour faire taire un temps les angoisses, pour que la tête se taise et que l’animal en nous, « nos dents crissent nos mains aboient », fasse obstacle et contrepoids, le temps d’une rupture de conscience, à la banale horreur du monde, « ce rat crevé qui soubresaute ».

« je ne suis pas la première/à vouloir que le noir/m’arrache les cheveux/et le cuir/et le crâne/et les lobes/et les yeux/à vouloir que la baise/me fasse sentir mieux ».

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 16 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Verticales

Mécanismes de survie en milieu hostile, octobre 2014, 192 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Olivia Rosenthal Edition: Verticales

 

 

Si vous cherchez un livre qui vous apporte le confort et l’oubli des contraintes du jour, un livre reposant, qui vous offre le plaisir de l’instant, avec une intrigue linéaire qui se dévoile peu à peu et vous conduise pas à pas vers une fin paisible et prévisible, avec un narrateur omniscient qui agite des personnages comme un marionnettiste qui a tout pouvoir, qui connaît d’avance chaque mouvement des corps et des esprits, alors ne vous précipitez pas d’acheter le dernier roman d’Olivia Rosenthal, Mécanismes de survie en milieu hostile, paru en août de cette année. Vous n’y trouverez pas du tout ce que vous cherchez.

Par contre, si vous n’avez pas peur d’être bousculé, chahuté, alors, n’hésitez pas un instant, vous serez comblés. Au fil des pages, vous basculerez dans les méandres de vos mémoires refoulées, de vos sentiments les plus intimes et les plus inavouables, dans vos terreurs les plus archaïques.

Le cercle des tempêtes, Judith Brouste

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 16 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Le cercle des tempêtes, septembre 2014, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Judith Brouste Edition: Gallimard

 

« Ainsi c’est Frankenstein qui m’apprit à mourir et à renaître. C’est sa mort, dans les eaux glacées fictives d’une scène, qui m’a fait résister au monde tel qu’il se présentait pour accéder à celui de l’invisible. Dans la peur et la conscience du danger. Je vis que dans l’histoire on avait le droit de se révolter pourvu qu’on joue sa vie ».

Naissance du roman : une ville, un corps, une tempête théâtrale dont les éclats scintillent de page en page, mais aussi, un poète en disgrâce et en Acte permanent, des amours gagnés et perdus, des passions, et une certitude chevillée à la peau : la littérature sauve des tumeurs du monde. De Bordeaux à Londres en passant par Naples et Rome, la vie incandescente du Cercle des tempêtes embrase les corps et les idées, celles de Shelley, Fanny, Harriet, Mary, Byron, guerre sociale permanente dans l’Europe du début du 19° siècle. Frankenstein, Prométhée délivrée, Les Cenci, ils sont là sous nos yeux ces livres de tous les dangers qui flamboient sous la main romanesque de Judith Brouste, qui sait qu’être attentif aux révoltes qui se lèvent revient à être soucieux de la manière dont tout cela se vit et s’écrit.

D’Images et de bulles (11) - Mots rumeurs, mots cutter, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 15 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Mots rumeurs, mots cutter, septembre 2014, 72 pages, 15 € . Ecrivain(s): Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini Edition: Gulf Stream Editeur

 

Après Rouge Tagada, le premier opus de cette série de BD faisant un focus sur chaque ado d’une photo de classe imaginaire, Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini se consacrent à Léa, une jeune fille aux prises avec les effets pervers d’une rumeur et à une manipulation de son image, phénomène de plus en plus fréquent à notre époque où la technologie est devenue banale et omniprésente et où la média-mania amène bien trop souvent la sphère privée en place publique.

Léa n’a jamais fait trop de vagues au collège, elle connaît les codes et les règles qui permettent d’être dans les bonnes grâces des plus en vue, comme le fait de supporter à longueur de journées des gens plutôt inintéressants ou suiveurs. Cette machinerie bien huilée va se gripper le jour où elle rencontre Mattéo, un garçon qui la trouve à son goût et avec lequel elle s’entend bien, partageant de plus en plus de moments ensemble. Malheureusement pour Léa, Solveig a des vues sur ce garçon et elle prépare une vengeance dans l’ombre.