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Critiques

Les gardiens de l’air, Rosa Yassin Hassan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Sindbad, Actes Sud

Les gardiens de l’air, traduit de l’arabe (Syrie) par Emmanuel Varlet, avril 2014, 249 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rosa Yassin Hassan Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Le combat des femmes syriennes

Anat Ismaïl est interprète à l’ambassade du Canada à Damas. Enceinte de trois mois au début du roman, elle passe ses journées à entendre les demandeurs d’asile évoquer la terrible histoire de leur vie. Ils ont tous été arrêtés et torturés dans d’abominables souffrances aux heures les plus sombres de la Syrie. Certains gardent encore les traces du traumatisme, comme Salva Quajee qui tente de survivre, submergé par la terreur.

Le lecteur devine alors le stress de la jeune femme qui essaie jour après jour de mener à bien son travail tout en mettant à distance ces récits de vie qui l’écorchent en profondeur. Mais à cette réalité d’un pays au bord du précipice se superpose une autre : l’histoire d’Anat elle-même et celle de ses amies, Mayyasa et Dola, la sœur de cette dernière. Ces femmes ont vu leur compagnon jeté en prison lors des répressions sanglantes orchestrées par Hafez-el-Assad pour affermir son pouvoir. Elles ont souffert de cette absence et tentent de trouver dans des amours sans lendemain des échappatoires à leur solitude.

Desports 4 Spécial Coupe du Monde

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Revues

Desports 4 Spécial Coupe du Monde, Olivier Guez, Bernard Chambaz, Adrien Bosc, Pierre-Louis Basse, Benoît Heimermann, Bernard Comment, et beaucoup d’autres, Ed. du Sous-sol, mai 2014, 196 pages, 17 €

 

« A 16h34, à la 79e minute de la rencontre, Alcides Ghiggia, l’ailier uruguayen, déboule, excentré. Il a éliminé Bigote, son vis-à-vis, et s’en va chercher la tête ou le pied de Schiaffino. Comme sur le premier but de la Celeste, Barbosa l’anticipe, légèrement avancé, oui, Barbosa anticipe le centre, il ne ferme pas bien l’angle de son but, Ghiggia l’a vu, tire, Barbosa se détend mais trop tard, la balle lui échappe, l’Uruguay marque. La Celeste même au score et le Brésil ne la rattrapera jamais, il va perdre « la Finale » ! (Le gardien maudit, Olivier Guez).

Comme la littérature, le football est affaire de détente et d’anticipation. Il faut bien fermer l’angle de son but pour éviter que la phrase lancée à vive allure ne finisse dans le filet. Comme la littérature, le football est affaire de stratégie, on occupe le terrain ou on semble se découvrir, mais c’est une ruse chinoise, les attaquants sont en place, mais un milieu jaillit comme un haïku, pied droit, pied gauche, déhanchement, retour sur le droit et exclamation finale, la clameur se poursuit longtemps en suspension comme chez Céline.

Trilogie de Corfou, Gerald Durrell

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Table Ronde

Ma famille et autres animaux et Oiseaux, bêtes et grandes personnes, traduits par Léo Lack, Le Jardin des dieux, traduit par Cécile Arnaud, avril 2014, 400, 352 et 304 pages, 14 € chaque volume . Ecrivain(s): Gerald Durrell Edition: La Table Ronde

 

Fuyant un maussade été anglais, la famille Durrell part pour Corfou, où elle restera cinq années idylliques, racontées par le plus jeune de la fratrie, Gerald. Âgé d’une dizaine d’années, le futur naturaliste évoque avec nostalgie son émerveillement pour la faune de Corfou. Féeries dans l’île : le titre choisi lors de la première parution française du volume inaugural de la trilogie (en 1958, chez Stock) rend bien compte de l’atmosphère enchantée de ce séjour qui semble baigné d’un éternel été.

Il masquait cependant la fantaisie et l’humour de l’ouvrage, rendu par la traduction ici littérale du titre anglais : Ma famille et autres animaux. Comme l’explique en effet Gerald Durrell dans sa préface, après avoir introduit les pittoresques membres de sa famille dans ce qui devait être un « exposé […] sur l’histoire naturelle de l’île », « ils s’y installèrent et invitèrent divers amis à partager avec eux les chapitres suivants ». Ce sont ces figures amicales qui dominent d’ailleurs le dernier volume, inédit en français, proposé par La Table ronde dans une traduction de Céline Arnaud. Les deux premiers volumes reprennent pour leur part dans une version révisée la traduction de Léo Lack, publiée pour la première fois aux éditions Stock, respectivement en 1958 et 1970.

Un jour nous serons humains, David Léon

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Théâtre, Espaces 34

Un jour nous serons humains, 22 pages, 2014 . Ecrivain(s): David Léon Edition: Espaces 34

 

 

« Le parti pris des animaux, le parti pris des hommes ».

 

L’œuvre de David Léon se tisse avec les voix. Un jour nous serons humains (opus 4) fait entendre sous la forme d’un poème dramatique un dire et un cri en humanité ou plutôt une parole du vivant : celle de « nos Bêtes » et la nôtre. Comme la citation-épigraphe de Deleuze ou les textes de Bailly l’affirment, nous sommes fraternellement liés aux animaux. L’ouverture du texte d’ailleurs est un envol annoncé par des points de suspension, qui en quelque sorte font passage entre le silence qui les précède et les premiers mots que les italiques enluminent.

La plage de Scheveningen, Paul Gadenne

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 30 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

La plage de Scheveningen, Gallimard, coll. L’Imaginaire, 308 pages, 10,15 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Gallimard

 

Comme beaucoup d’écrivains de sa génération, Paul Gadenne fut marqué par la guerre et l’extermination massive, impensable, des Juifs. Et la collaboration avec l’occupant, la « trahison » de son compagnon d’étude et ami Robert Brasillach, comme l’épuration qui accompagna la victoire, ajoutant encore pour lui au « gâchis », le bouleversèrent profondément : des hommes avides de vengeance n’hésitaient pas en effet, au nom d’une justice aveugle, à prononcer la condamnation définitive de certains des leurs… La plage de Scheveningen qui se situe dans le contexte de la Libération est ainsi un roman hanté par le mal et la culpabilité, et surtout par la question du jugement et du salut. Un roman « fraternel », cherchant à comprendre et non à juger, s’affirmant comme une quête de la lumière au sein de l’« horreur » de la nuit.

Automne 1944. Guillaume Arnoult retrouve Paris après cinq ans de guerre. Cinq ans, six ans peut-être : c’est aussi le temps écoulé depuis le départ inexpliqué d’Irène. A la perte de la femme aimée avec laquelle il avait vécu des « choses très belles », s’ajoute celle d’un ami, Hersent – figure à peine déguisée de Brasillach. Une double perte marquant la fin de sa propre innocence :