Identification

Critiques

Dark Lord, un démon au collège, Jamie Thomson

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 19 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Dark Lord, un démon au collège, traduit de l’anglais par Yves Sarda, octobre 2014, 304 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Jamie Thomson Edition: Seuil Jeunesse

 

Une chute sans fin, la douleur puis le choc. Une vérité insoutenable qu’il faut affronter.

Non, ce n’est pas lui, ce gamin humain de 13 ans, à la peau lisse et rose, faiblard et sans panache. Non, cette absence de cornes impressionnantes ou de « crocs jaunâtres pour inspirer la crainte et la terreur », ce n’est pas lui. Lui, Dark Lord, « le Seigneur des Ténèbres », « l’Incarnation du Mal », le Seigneur des Terres Obscures et Maître de « la Tour de Fer du Désespoir ». Et pourtant, Dark Lord doit bien se résigner, le voilà incarné dans un corps humain, privé de ses pouvoirs magiques et de ses Légions d’Effroy, au cœur d’un monde qui n’est pas le sien, suite à un sortilège de son pire ennemi, Hasdruban le Pur.

Les terres du couchant, Julien Gracq

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 18 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions José Corti

Les terres du couchant, octobre 2014, 258 p. 20 € . Ecrivain(s): Julien Gracq Edition: Editions José Corti

 

Œuvre de publication posthume, dans ces Terres du couchant, comme dans toutes les œuvres de Julien Gracq, le personnage principal, la fonction narrative, fait montre d’un singulier détachement. Cette fois-ci, rien n’arrive par lui, c’est le guetteur attentif, sans nom, de l’événement, presque un correspondant de presse, ou de guerre.

Cette œuvre, remisée par Gracq, aurait dû prendre place entre Le Rivage des Syrtes, où Aldo appelle l’événement, le provoque, et le Balcon en forêt, où l’aspirant Grange le voit venir à lui.

Comme toujours encore, la richesse stylistique donne vie à un lexique qui s’anime :

« Un instant les souffles se taisaient pour laisser hésiter le point suprême, le rayon vert de la journée d’embellie – un rai miellé coulé au ras du sol qui engluait d’un fil d’or chaque brin de la fourrure soufflée et respirante – puis la fraîcheur tombait en nappe, les ombres dévalaient des haies submergées, couraient maintenant comme une marée ; la campagne se claquemurait. La nuit soudain était là, assise au bord des mares, la jour immobile contre le reflet louche où les bêtes vont boire » (p.58).

Karina Sokolova, Agnès Clancier

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 18 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Arléa

Karina Sokolova, janvier 2014, 227 pages, 20 € . Ecrivain(s): Agnès Clancier Edition: Arléa

 

Histoire d’amour


« – Pourquoi tu m’as adoptée ?

– Parce que tu n’avais pas de maman pour s’occuper de toi et que je n’avais pas de petite fille ».

C’est aussi simple que cela l’histoire fusionnelle d’une fillette et de sa mère adoptive.

Le destin de Karina Sokolova, abandonnée quelques jours après sa naissance dans les rues glacées de Kiev, pourrait être dramatique. Mais non !

Petits oiseaux, Yôko Ogawa

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 17 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Japon

Petits oiseaux, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, septembre 2014, 272 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Yoko Ogawa Edition: Actes Sud

 

Il est des livres qui nous émeuvent, d’autres qui nous agacent, nous passionnent, nous émerveillent ou nous font rire. Certains nous font frémir, d’autres nous épatent quand certains nous révoltent. Il en est peu, bien peu, qui nous apaisent. Petits oiseaux est de ceux-ci.

Petits oiseaux raconte l’histoire de deux frères, l’aîné et le cadet, que rassemble l’étrange « maladie » de l’aîné. Celui-ci, en effet, ne parle qu’une langue connue de lui seul, à l’exception de son cadet qui la comprend naturellement. Cette langue, le pawpaw, ne ressemble à rien, sauf, peut-être, au chant des petits oiseaux qui ont la volière d’un proche jardin d’enfants pour abri. Leur mère a disparu et l’on ne saura rien de leur père. Elle, elle est toujours là, sur une photo vieillie, accompagnée de broches que son aîné a patiemment collées et découpées à partir de papiers de bonbons avec des images d’oiseaux, toujours les mêmes mais parés de couleurs différentes.

Bad girl, Nancy Huston

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 17 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Bad girl, octobre 2014, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Nancy Huston Edition: Actes Sud

 

Roman des origines, origine des romans… Bad girl s’avère un livre-clef dans la littérature prolifique et exigeante de Nancy Huston. On y pénètre dans les coulisses de son imaginaire, qu’on savait depuis toujours travaillé par les questions d’identité, de filiation, et de maternité. Entre création et procréation, quoi de plus audacieux que cette « autobiographie intra-utérine » qui donne la parole à Dorrit, le fœtus qu’elle fut et qui faillit ne pas naître, n’eût-été son obstination à s’accrocher et à faire avorter l’avortement qu’on avait planifié pour lui ?

Je est une autre : cette autre à laquelle l’auteur s’adresse à la deuxième personne du singulier. Je, donc, est tu, et c’est elle qu’on voit renaître d’entre les siens, dans la tragédie pas ordinaire d’une famille de l’ouest canadien tiraillée entre morale protestante, déchirements amoureux, et ambitions empêchées. La culpabilité, viscérale chez elle, vient de loin et a de qui tenir.