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Critiques

Alger, ombres et lumières, Alain Vircondelet

Ecrit par David Campisi , le Jeudi, 04 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Flammarion

Alger, ombres et lumières, avril 2014, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Alain Vircondelet Edition: Flammarion

 

Il faut imaginer. Imaginer le petit matin et le clapotis humide de l’eau sur le navire tandis qu’apparaissent enfin les côtes et la ville qui surgit de l’horizon, de la ligne bleue, et s’impose dans son immense lumière qui avale le monde. Un surgissement merveilleux de plages, de jasmin et de lauriers roses fleuris qui exhalent leur parfum sucré.

Imaginer, encore, la clarté immaculée et blanche d’énormes villas flanquées sur les hauteurs et qui contemplent la mer sous la lumière qui inonde les squares, les places, le port, les façades.

Alger la flamboyante. Ses maisons cubiques dégringolent jusqu’au front de mer, partent à l’assaut des collines. Alger la mystérieuse, auréolée de secrets et de fantômes. Alger, éclat de lumière surgi de la mer, un écrin blanc lové dans sa baie. Alger et ses maisons qui se calent les unes contre les autres dans un dédale, comme un escalier géant, serpentée de venelles qui laissent présager des intérieurs somptueux, des cours entièrement carrelées de faïence.

Terminus Allemagne, Ursula Krechel

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue allemande, Roman, La rentrée littéraire, Carnets Nord

Terminus Allemagne, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine, Carnets Nord/ Editions Montparnasse, 4 septembre 2014, 448 p. 19 € . Ecrivain(s): Ursula Krechel Edition: Carnets Nord

 

Prix du livre allemand en 2012 – l’équivalent du Goncourt – Terminus Allemagne est un long roman touffu dans lequel Ursula Krechel, journaliste et écrivain, surtout connue comme dramaturge et poète, explore les zones d’ombre de l’histoire de son pays dans les années 1930 et 1940.

Au travers d’un protagoniste principal réel au nom fictif dont elle reconstitue minutieusement la ligne de vie en s’appuyant sur les nombreux documents d’archives retrouvés pendant près de dix ans de recherche, mais aussi des multiples histoires et personnages ébauchés en arrière-plan, elle s’interroge sur les raisons profondes de l’échec de la réintégration de ces 5% de « personnes déplacées » (contraintes à l’exil par les lois du Troisième Reich) revenues en Allemagne après la guerre. Des personnes qui à leur retour furent de nouveau rejetées par leur pays, exclues de cette « reconstruction démocratique » censée permettre la croissance d’une « autre Allemagne ». Un sujet pointu et dérangeant car il met tout un pays en accusation comme semble l’indiquer le titre original ambivalent, Landgericht, qui désigne certes le Tribunal de région, cette sorte de microcosme où évolue le héros du livre, mais signifie aussi « jugement sur un pays ».

Par ailleurs (exils), Linda Lê

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Christian Bourgois, La rentrée littéraire

Par ailleurs (exils), août 2014, 168 p. 13 € . Ecrivain(s): Linda Lê Edition: Christian Bourgois

 

Quel peut être le rôle de l’exil, du déracinement dans la vision du monde d’un écrivain ? Frein, déclin ou ressourcement ?

Dans un essai intitulé Par ailleurs (Exils), Linda Lê aborde cette question en évoquant tour à tour le sort d’écrivains en dissidence, exilés de l’intérieur ou contraints au départ physique. Elle y évoque également le cas de ceux qui ont changé de langue pour écrire et s’approprier ainsi un nouvel univers intellectuel autant que linguistique. La conduite d’un exilé, apprend-on, doit éviter de nombreux écueils : Edward Saïd met en garde de tomber dans « le narcissisme masochiste » et de ne pas faire de l’exil un « fétiche, une pratique qui l’éloigne de tout rapprochement ou engagement ».

Sur ce qui déclenche l’exil, comme sentiment intérieur, Linda Lê cite avec grande pertinence André Gide qui avait en son temps mené bataille contre les liaisons dangereuses entre nationalisme et littérature. Il répondit que la France devait beaucoup « à un confluent de races » et que les grands artistes étaient « les produits d’hybridations et le résultat de déracinements, de transplantations ». Un autre exilé des lettres, Klaus Mann, vit dans l’exil un aiguillon, il se définissait comme « un cosmopolite d’instinct », « toujours inquiet, toujours en quête ».

La sauvage, Jenni Fagan

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié

La sauvage, traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller (The Panopticon), Métaillé, coll. Suites, septembre 2014, 320 p. 12 € . Ecrivain(s): Jenni Fagan Edition: Métailié

 

La sauvage plonge son lecteur en apnée, lui assène une série de coups de poing qu’il encaisse, éreinté et désorienté. Et pourtant, c’est un récit dont on ne décroche pas une seconde et que l’on referme à regret. C’est le récit d’une voix qui touche à l’os, qui parle juste et sans détour, une voix qui choque et qui percute. Celle d’Anaïs, une gamine qui n’en est plus une, errant d’un foyer à l’autre et au bord de finir sa jeunesse dans un centre pour délinquants mineurs.

Il ne s’agit pas là d’un énième témoignage à caractère sociologique, d’un portrait attendu et misérabiliste d’enfant perdue et vouée à la déchéance. Bien au contraire. Jenni Fagan offre à son personnage de prendre la parole et de nous chanter, de nous hurler sa force de vie, sa résistance face à tout ce système qui ne permet pas de sortir des cases, sa liberté absolue et son envie de continuer encore et malgré tout.

La peau de l’ours, Joy Sorman

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 02 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La peau de l’ours, août 2014, 160 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Joy Sorman Edition: Gallimard

Avec La peau de l’ours, Joy Sorman s’intéresse à nouveau à ce rapport de l’homme à l’animal qui, en lui ouvrant des portes fantasmatiques, lui permet d’aborder de manière romanesque l’histoire de l’humanité et la définition même de l’humain. Et elle tente encore de s’immerger à fond dans un monde qui lui est étranger en en exploitant tous les éléments. Une démarche qui lui avait réussi dans Comme une bête, fable délirante et jubilatoire retraçant sur une cadence endiablée le parcours initiatique d’un jeune apprenti boucher, mais qui s’avère peu convaincante dans ce dernier roman.

C’est que Comme une bête, perfusé par le langage technique de la boucherie, encore vierge en littérature, fut totalement galvanisé par l’inventivité de la langue. Entrer dans la peau d’un ours était sans doute beaucoup plus ambitieux, et, privée du langage de l’animal – dont les grognements auraient  difficilement pu renouveler la langue –, l’écriture de Joy Sorman, variant peu les temporalités et recourant trop souvent à de fastidieuses énumérations, s’avère plutôt prévisible et monotone. On trouve alors laborieux le déroulement linéaire de ce récit dépourvu d’humour. Et ceci d’autant plus que les mondes parcourus par l’auteure ayant été déjà bien explorés par d’autres, le texte essentiellement nourri de toutes ces références reste sans surprise, son ancrage initial dans l’archaïsme et le merveilleux du conte semblant même curieusement avoir été un frein à l’imagination…