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Critiques

La peau de l’ours, Joy Sorman

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 02 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La peau de l’ours, août 2014, 160 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Joy Sorman Edition: Gallimard

Avec La peau de l’ours, Joy Sorman s’intéresse à nouveau à ce rapport de l’homme à l’animal qui, en lui ouvrant des portes fantasmatiques, lui permet d’aborder de manière romanesque l’histoire de l’humanité et la définition même de l’humain. Et elle tente encore de s’immerger à fond dans un monde qui lui est étranger en en exploitant tous les éléments. Une démarche qui lui avait réussi dans Comme une bête, fable délirante et jubilatoire retraçant sur une cadence endiablée le parcours initiatique d’un jeune apprenti boucher, mais qui s’avère peu convaincante dans ce dernier roman.

C’est que Comme une bête, perfusé par le langage technique de la boucherie, encore vierge en littérature, fut totalement galvanisé par l’inventivité de la langue. Entrer dans la peau d’un ours était sans doute beaucoup plus ambitieux, et, privée du langage de l’animal – dont les grognements auraient  difficilement pu renouveler la langue –, l’écriture de Joy Sorman, variant peu les temporalités et recourant trop souvent à de fastidieuses énumérations, s’avère plutôt prévisible et monotone. On trouve alors laborieux le déroulement linéaire de ce récit dépourvu d’humour. Et ceci d’autant plus que les mondes parcourus par l’auteure ayant été déjà bien explorés par d’autres, le texte essentiellement nourri de toutes ces références reste sans surprise, son ancrage initial dans l’archaïsme et le merveilleux du conte semblant même curieusement avoir été un frein à l’imagination…

L’Incroyable Histoire de Wheeler Burden, Selden Edwards

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 02 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

L’Incroyable Histoire de Wheeler Burden, traduit de l’anglais (USA) par Hubert Tézénas, 2014, 650 pages, 20 € . Ecrivain(s): Selden Edwards Edition: Le Cherche-Midi

 

 

Ce roman à la construction extrêmement élaborée, d’une densité vertigineuse, nous emporte avec son personnage principal dans un tourbillon d’évènements, dont une bonne partie a pour théâtre la ville de Vienne. Frank Standish Burden III, alias Wheeler Burden, champion de base-ball dans ses années étudiantes comme son père avant lui, puis célèbre musicien de rock des années 70, a abandonné la musique pour consacrer une dizaine d’années à l’écriture d’un livre. C’est suite à la sortie de ce livre, en 1988 donc, que Wheeler, rentrant d’une soirée qui lui était consacrée, se retrouve tout d’un coup à Vienne ! Ce fait est déjà fort surprenant, mais le plus incroyable, c’est que la Vienne dans laquelle il se retrouve ainsi transporté est la Vienne de 1897 ! Un inexplicable et soudain bond en arrière qui marque le début d’une aventure tout aussi impensable.

Les révolutions de Jacques Koskas, Olivier Guez

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 01 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

Les révolutions de Jacques Koskas, août 2014, 336 p. 19 € . Ecrivain(s): Olivier Guez Edition: Belfond

 

« Ce soir-là, toute la faune qu’on pouvait croiser chez Raymond semblait réunie : marins d’eau douce, maquereaux à gourmettes, assassins en goguette, éjaculateurs précoces, footballeurs manchots, canailles boiteuses, militaires pacifistes, crooners baroques, sionistes repentis, médecins fumeurs, amants éconduits, schnorers polyglottes, rabbins défroqués, chômeurs prospères, troubadours sédentaires et probes antiquaires ; des petites frappes, des causeurs impénitents et des grands cœurs, des valeureux et des seigneurs, des Séfarades avec un S majuscule qui ne donnaient pas d’argent au KKL, ne buvaient jamais du Coca Light et ne promenaient pas leur maîtresse en Porsche Cayenne – ils n’avaient pas de Porsche Cayenne ».

 

Jacques Koskas traverse ses révolutions un peu comme Woody Allen ses films, un pied dans le judaïsme, l’autre dans les soirées où l’on ne reste jamais très longtemps un verre vide à la main.

Les Temples de l’Oubli, Christian Amstatt

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 01 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Les Temples de l’Oubli, Poèmes assortis de Photographies de l’auteur, éditions Couleurs de rimes, 43 p. 8 € . Ecrivain(s): Christian Amstatt

 

Si la porte d’Apollon ouvre Les Temples de l’Oubli, en première de couverture et en lieu de photographie prise par l’auteur lui-même

Si la porte d’Apollon ouvre ce recueil – on se dit que la déesse grecque de la Mémoire et mère des Muses, Mnémosyne, doit elle aussi veiller sur ces temples tant,

Ici, la Mémoire & la Poésie se touchent.

Et nous touchent,

jusqu’à éveiller ou réveiller des souvenirs telles des pierres levées sous les pas en connaissance, ou non, du pays ici chanté.

Dans Les Temples de l’Oubli, Christian Amstatt nous parle d’un pays d’éternité, en l’occurrence de la Grèce, dont le prologue dessine d’emblée le visage poétique ou le fait réapparaître : « (…) on sait que notre poésie plonge ses racines au plus profond de la Grèce antique – d’ailleurs le mot de poésie vient du grec Poiésis qui signifie créer, fabriquer… »

Joseph, Marie-Hélène Lafon

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Buchet-Chastel

Joseph, août 2014, 144 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Buchet-Chastel

« Ecrire ça commence comment ? J’ai attendu longtemps. J’avais trente-quatre ans, c’était à l’automne 1996, et j’ai eu le sentiment de manquer ma vie, de rester à côté ; j’étais comme une vache qui regardait passer le train et les vaches ne montent pas dans les trains. Je me suis assise à ma table et j’ai commencé à écrire… ».

Depuis ce moment, et depuis qu’un éditeur a pris ses mots en estime, Marie-Hélène Lafon n’a quitté ni l’écriture, ni son éditeur. Tenace et fidèle.

En septembre 2014, paraît Joseph, toujours chez Buchet Chastel.

« Mes livres viennent du pays… de ce coin du monde de la vallée de la Santoire… des pays frappés, évidés, récurés… des lignées finissantes des miens… des attachés, des empêchés d’aller ailleurs, comme l’écrit Ramuz dans Salutations. Je n’écrirais d’abord et avant tout que de ça, que de là-haut, pays perché perdu, tondu… ».

Marie-Hélène Lafon est fidèle à ses « pays ».