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Critiques

La plage de Scheveningen, Paul Gadenne

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 30 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

La plage de Scheveningen, Gallimard, coll. L’Imaginaire, 308 pages, 10,15 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Gallimard

 

Comme beaucoup d’écrivains de sa génération, Paul Gadenne fut marqué par la guerre et l’extermination massive, impensable, des Juifs. Et la collaboration avec l’occupant, la « trahison » de son compagnon d’étude et ami Robert Brasillach, comme l’épuration qui accompagna la victoire, ajoutant encore pour lui au « gâchis », le bouleversèrent profondément : des hommes avides de vengeance n’hésitaient pas en effet, au nom d’une justice aveugle, à prononcer la condamnation définitive de certains des leurs… La plage de Scheveningen qui se situe dans le contexte de la Libération est ainsi un roman hanté par le mal et la culpabilité, et surtout par la question du jugement et du salut. Un roman « fraternel », cherchant à comprendre et non à juger, s’affirmant comme une quête de la lumière au sein de l’« horreur » de la nuit.

Automne 1944. Guillaume Arnoult retrouve Paris après cinq ans de guerre. Cinq ans, six ans peut-être : c’est aussi le temps écoulé depuis le départ inexpliqué d’Irène. A la perte de la femme aimée avec laquelle il avait vécu des « choses très belles », s’ajoute celle d’un ami, Hersent – figure à peine déguisée de Brasillach. Une double perte marquant la fin de sa propre innocence :

Datura, François Bellec

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 30 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Datura, mai 2014, 450 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): François Bellec Edition: Jean-Claude Lattès

Second volet des aventures de François Costentin, cartographe dieppois, après L’arbre de nuit, Datura emmène le lecteur sur la route des Indes au début du XVIIe siècle. Le héros a abandonné la France pour se consacrer à son rêve, devenir pilote pour le compte de la Casa da India, une institution créée à Lisbonne en 1503, qui s’occupait de la navigation et du commerce avec l’Orient et assurait le monopole royal sur ce commerce.

Une fois promu pilote sous le nom de Francisco da Costa, il retourne à Goa en 1620 afin de poursuivre sa carrière sur les routes maritimes reliant les comptoirs portugais, mais aussi pour retrouver les deux femmes, l’une Indienne, l’autre une « senhora » portugaise dont il est épris et qui lui ont donné chacune un enfant.

Disons-le tout de suite, l’intrigue romanesque qui sert de fil rouge au roman, et qui fleure gentiment l’eau de rose, manque de sel, un comble pour un roman d’aventures maritimes. Ce n’est pas forcément elle qui retient le plus l’attention du lecteur. En revanche, l’amiral François Bellec est un orfèvre pour nous conter les vicissitudes des périples en mer, nous familiariser avec les techniques de navigation en employant un vocabulaire précis, souvent dans son jus d’origine, toujours étayé par des références aux écrits de l’époque ainsi qu’à des documents plus anciens. On regrettera à cet égard que le lexique d’une quarantaine de termes en fin d’ouvrage ne soit pas plus étoffé. C’est tout dire.

Du Guesclin, Les aventures d’un chevalier, Sylvie Bages

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 30 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Du Guesclin, Les aventures d’un chevalier, Belin jeunesse, avril 2014, 192 pages, 7,90 € . Ecrivain(s): Sylvie Bages

 

« Avant de devenir… » s’enrichit d’un volume très intéressant autour d’un personnage peu connu, le chevalier Du Guesclin, futur connétable de Charles V. Auréolé d’une légende noire, associant son goût pour la violence et sa laideur, ce personnage historique sera assurément une découverte pour les lecteurs, petits et grands.

Suivant le principe de la collection, nous suivons l’enfance puis la jeunesse du héros, avant qu’il ne devienne célèbre. L’histoire commence en Bretagne en 1326, au manoir de la Motte-Broons, alors que Bertrand Du Guesclin a six ans. Déjà à cet âge tendre, le garçon se fait remarquer pour son habileté à se bagarrer, à diriger les bandes d’enfants et à refuser toute forme d’autorité. Ces talents ne sont pas au goût de ses parents qui le punissent et le rabrouent et qui renoncent même à le faire instruire. Bertrand en tant qu’aîné de sa nombreuse fratrie est pourtant censé devenir l’héritier du domaine.

Le petit déjeuner des champions, Kurt Vonnegut

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 28 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Le petit déjeuner des champions (Breakfast of champions), Traduction (USA) Gwilym Tonnerre, avril 2014. 312 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Kurt Vonnegut Edition: Gallmeister

 

Disons-le d’entrée, peu importe l’histoire. Il paraît qu’il y en a une ! Mais on peut parfaitement l’oublier, dans tous les cas la mettre largement de côté ! Kurt Vonnegut ici ne raconte pas d’histoire ! Il règle ses comptes, avec l’Amérique, la modernité, le « progrès » ou plutôt la folie qu’on a affublée de ce nom.

Tout y passe : la publicité en tout premier lieu, cet affichage obscène, doublement obscène parce que vendant n’importe quoi à n’importe qui mais aussi avec des arguments qui tiennent à la une forme de pornographie permanente sous couvert de « communication ». C’est de cela que Kilgore Trout est censé parler lors d’un colloque.

« Il était supposé y participer à un colloque intitulé ‘L’avenir du roman américain à l’heure de McLuhan ». Il souhaitait déclarer lors de ce colloque : « Je ne sais pas qui est McLuhan mais je sais ce que c’est de passer la nuit avec une foule de vieux sagouins dans un cinéma new yorkais. Et si on parlait de ça ? »

Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 28 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Manuel d’écriture et de survie, mai 2014, 176 pages, 14 € . Ecrivain(s): Martin Page Edition: Seuil

 

« J’ai des points communs avec des dessinateurs, des peintres, des biologistes, des musiciens, avec des personnes qui ne pratiquent aucun art mais qui exercent leur profession avec imagination. Je déteste l’idée de groupe et de corporatisme. Aller voir ailleurs profite toujours à notre art ».

Sur le ring du roman, Martin Page invite Daria, une jeune femme romanesque qui se livre à quelques exercices littéraires. Il répond à ses lettres imaginaires, comme à l’entraînement : esquive, pas de danse, jambes souples, souffle contrôlé et poings prêts à frapper, pour lui montrer ce qu’il convient d’éviter si elle veut gagner aux points. Il témoigne de ses combats permanents, de sa lutte incessante contre les assis et contre lui-même. Le doute comme une paire de gants de cuir où l’on se glisse, les incertitudes comme des cordes qui renvoient l’écrivain au centre du ring, exposition totale, où se découvrir peut être fatal. Mais aussi toujours avancer, même lorsque l’on perd du terrain. Ecrire et ne jamais baisser la garde, écrire et s’en donner les moyens.