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Critiques

Sur ce chemin, Gisèle Prevoteau

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 10 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Sur ce chemin, iPagination Editions, mai 2014, 290 pages, 15,10 € . Ecrivain(s): Gisèle Prevoteau

 

Catherine est depuis des années cadre supérieur d’une entreprise où elle est la spécialiste impitoyable de l’organisation des « plans sociaux », expression moderne du plus cruel cynisme pour désigner les mises à la porte massives, les licenciements collectifs, les charrettes remplies…

Très appréciée pour sa rigueur, son implication, sa motivation et son manque absolu d’humanité dans la mise en application froide et systématique de ces programmes d’épuration, elle vit seule et n’a d’autre passion que son travail, d’autre horizon que ses dossiers, d’autre famille que son collègue Gérard, son assistant, le frère de Paul, l’unique partenaire avec qui elle ait eu pendant quelque temps une vie de couple, Paul, qui a mis fin tout à coup à cette union en se suicidant.

Et voilà qu’un jour, rompant avec un quotidien professionnel très rigoureusement réglé, elle pète les plombs : au lieu de se rendre à son travail, sans savoir pourquoi, sans l’avoir prémédité, elle laisse sa voiture la conduire sur un chemin de hasard, toute volonté brusquement anéantie, tout contrôle de soi brutalement perdu, tout désir de vivre soudainement abandonné.

Péguy en la Pléiade - Œuvres poétiques et dramatiques, Charles Péguy

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Poésie, La rentrée littéraire, Théâtre, La Pléiade Gallimard

. Ecrivain(s): Charles Péguy Edition: La Pléiade Gallimard

 

Œuvres poétiques et dramatiques, Charles Péguy, nouvelle édition sous la direction de Claire Daudin, avec la collaboration de Pauline Bruley, Jérôme Roger et Romain Vaissermann, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, n°60, 18 septembre 2014, 1888 pages

 

« La postérité retient parfois de Péguy l’efficacité du polémiste, le prophétisme du philosophe de l’Histoire, le moraliste aigu, l’anarchiste irréductible ou le socialiste humaniste et, d’une manière peu discutée, le patriote martyr. Mais le poète, le connaît-on vraiment ? », s’interrogent les éditeurs.

L’on aurait envie d’ajouter ici : peut-on seulement le connaître ? En effet, Péguy se tient tout entier reclus (reclus pour être découvert) dans ses contrastes, dans la façon qu’il a de prendre la fuite face à la saisie que l’on pourrait opérer – saisie sans cesse recommencée – et du sens et de la musique que ses longues pièces jettent à la vue et à l’oreille. En effet, ses « Dialogues ne sont pas des dialogues, ses Notes n’ont rien de superfétatoire, ses Mystères gardent leur mystère, ses Ballades nous égarent, et nul ne sait vraiment ce que sont ses Tapisseries… »

Le Quartier chinois, OH Jung-hi

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Nouvelles, La rentrée littéraire, Serge Safran éditeur

Le Quartier chinois, traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot, septembre 2014, 216 p. 17,50 € . Ecrivain(s): OH Jung-hi Edition: Serge Safran éditeur

 

OH Jung-hi nous décrit une Corée peu familière : celle de l’après-guerre, un pays encore en proie à un conflit, celui entre le nord et le sud, l’un des épisodes marquants de la Guerre froide. Le texte se compose de trois nouvelles distinctes en apparence, mais s’attachant à décrire la difficulté de grandir et de vivre.

Dans la première nouvelle intitulée Le Quartier chinois, une fillette de neuf ans quitte la campagne pour une ville portuaire. Le nom de quartier chinois est assimilé à un repère géographique : il est près du port. C’est aussi un lieu de perdition, de débauche. Evoquant la présence de Chinois, la petite fille les décrit ainsi :

« Pour nous, ils étaient contrebandiers opiomanes, coolies cachant de l’or sous chaque point des coutures de leurs guenilles, brigands martelant la terre gelée au galop de leurs chevaux barbares (…) Ce qui se trouvait derrière les portes fermées (…) était-ce de l’or ? de l’opium ? ou de la méfiance ? ».

Le livre des étreintes, Eduardo Galeano

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Poésie, Nouvelles

Le livre des étreintes (El libro de los abrazos, 1989), Lux éditeur, 2012, traduit de l’espagnol par Alexandre Sánchez . Ecrivain(s): Eduardo Galeano

 

Mille touches de colère et de poésie


Les moins jeunes ont sans doute en mémoire Les veines ouvertes de l’Amérique latine, écrit en 1971 et publié en 78 dans la célèbre collection Terres humaines (Plon). C’est aujourd’hui un éditeur québécois qui s’attache à nous faire découvrir ou redécouvrir une autre partie de l’œuvre d’Eduardo Galeano en français. Quatre volumes sont parus chez Lux ces dernières années : Le livre des étreintes, les voix du temps ; Paroles vagabondes ; et Mémoire du feu.

Entre nouvelles et aphorismes, Le livre des étreintes rassemble un peu moins de 200 textes qui vont de quelques lignes à une ou deux pages. Du merveilleux, de l’ironie et de l’humour (bienveillant), des colères humanistes, des choses vues et entendues, des souvenirs et des témoignages, il y a de tout cela dans ces courts textes qui peuvent prendre des allures d’aphorisme ou de journal.

Le Manoir des sortilèges, Serge Brussolo

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 09 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Masque (Lattès)

Le Manoir des sortilèges, Le Masque poche, mai 2014, 405 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Serge Brussolo Edition: Le Masque (Lattès)

 

Le Manoir des sortilèges nous entraîne dans un Moyen Âge tourmenté, violent et voué à des puissances occultes. Serge Brussolo installe avec talent cette ambiance sombre et magique et se plaît à en déconstruire un à un chaque élément. Lorsque le lecteur, suivant les traces de Gilles l’écuyer, finit par céder à l’une de ces croyances, l’auteur fait surgir le rationnel là où on ne l’attendait plus. Cependant le doute continue de planer, laissant une impression vague de crainte non élucidée et donnant au récit toute sa saveur.

Suite à un tournoi qui aura dégénéré en bain de sang, Gilles se retrouve privé de son maître vieillissant. Selon la coutume, le voilà devenu la propriété du vainqueur, un mystérieux jouteur à l’armure rouillée, souillée de sang. Ce chevalier peu loquace se nomme Foulques de Braz. Sa légende n’est pas usurpée : cet homme est un véritable maître de guerre, jamais repu de mort et de combats. Mais son passé par trop sanglant l’a voué à une malédiction ignoble : à chaque pleine lune, le noble guerrier doit assouvir sa faim dévorante, qu’il aura refoulée jusqu’à l’apparition de l’astre nocturne. Braz dévore les enfants ; et pour ce faire, il égorge, étripaille tout et tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Son écuyer assiste, impuissant, à ses scènes atroces.