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Critiques

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Les Vaches de Staline, Stock La Cosmopolite, 524 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Après l’énorme succès obtenu par Purge l’an dernier, les éditions Stock publient l’un des précédents livres de Sofi Oksanen, paru initialement en 2003, Les Vaches de Staline.

Les vaches de Staline, c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas pour se moquer de la propagande soviétique qui assurait que le régime produisait des vaches exceptionnelles.

« La vache de Staline, c’est une chèvre ». Une chèvre toute maigre, comme Anna, une brindille de quarante kilos qui souffre de troubles alimentaires. Anna ne sait pas manger. Elle est boulimarexique, c’est-à-dire qu’elle est à la fois boulimique et anorexique.

Pour soulager son ventre « interminablement avide de sucreries », elle ingurgite des quantités astronomiques de nourriture, de quoi nourrir un régiment pendant plusieurs jours.


« Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories », dit-elle.


Fumisteries. Naissance de l'humour moderne 1870-1914

Ecrit par Frédéric Saenen , le Lundi, 12 Septembre 2011. , dans Critiques, Les Livres, Anthologie, Editions Omnibus

Fumisteries. Naissance de l’humour moderne 1870-1914, Anthologie 2011 1007 p. 29 €. . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin Edition: Editions Omnibus

« Le fumisme est incomparablement supérieur à l’esprit. […] L’esprit dure un moment, comme une fusée, et l’ineptie est éternelle. » Ainsi s’exprimait, sous la plume de Félicien Champsaur, le personnage de Sapeck, excentrique qui dans les années 1880 écrivit peu mais sut ponctuer son existence de facéties scandaleuses et absurdes, à l’image d’un humour qui commençait alors à être en vogue.

Dadaïste, surréaliste, voire situationniste avant la lettre, le « fumisme » ne fut pas à proprement parler un mouvement structuré, mais plutôt un non sense à la française, qui par certains aspects s’articula aussi bien au symbolisme le plus hermétique qu’à la veine pamphlétaire. Voilà pourquoi, dans l’excellente anthologie qu’en proposent Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin, Mallarmé jouxte Bloy, Laforgue flanque le pas à Tailhade, Huysmans se tient non loin de Rictus…

C’est que l’humour fumiste, au-delà d’un simple tour de force ludique avec les ressources de la langue ou de la prosodie, comporte une irréductible part de subversion. Le rire qu’il provoque n’est pas celui de la grosse farce qui amène à se claquer sur la cuisse ou à s’étrangler au-dessus de son assiette. Les mâchoires grincent, les commissures des lèvres se retroussent en demeurant bien pincées, les yeux s’arrondissent devant les énormités que l’on est en train de lire… C’est qu’au pays des Hydropathes, des Zutiques et autres Incohérents, la Raillerie est reine, toute de jaune vêtue, et son Fou a des allures de croque-mort.

Les cages flottantes et Chéri-Bibi et Cecily, Gaston Leroux

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 09 Septembre 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fantastique, Le Masque (Lattès)

Les Cages flottantes et Chéri-Bibi et Cécily, Le Masque, « Labyrinthes », 2011, 285 et 318 pages, 7,50€ chacun. . Ecrivain(s): Gaston Leroux Edition: Le Masque (Lattès)

 

Voici la réédition des aventures du célèbre Chéri-Bibi, forçat de son état, innocent devenu grand maître du crime, matricule 3216. Saluons cette excellente initiative des éditions du Masque qui permet d’offrir cette saga infernale à de nouveaux lecteurs en livre de poche.

Délaissant Rouletabille, Gaston Leroux donne naissance en 1913 à un personnage mythique et à sa célèbre formule Fatalitas ! Chéri-Bibi est un nouveau Jean Valjean poursuivi par son Javert, Costaud ! Car il est bel et bien un héros tragique comme il le souligne lui-même dans le second volet en établissant un parallèle entre sa personne et Œdipe, jouet d’un destin impitoyable. En effet les crimes commis par Chéri-Bibi découlent d’une injustice qui révulse le lecteur. Ce dernier frémit alors, non des méfaits du forçat, mais des délais apportés à la résolution de cette méprise première.


Voyage au bout de la névrose : Une nuit à Reykjavik de Brina Svit

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Une nuit à Reykjavík de Brina Svit (Ed. Gallimard, 2011, 167 p.)

Une femme en crise attend un homme qu’elle paie pour passer une nuit ensemble, une seule nuit, sur une île en crise. En Islande, à Reykjavík, où la nuit commence l’après-midi et ne se termine que le lendemain à 11 heures, Lisbeth Sorel donne rendez-vous à Eduardo Ros. C’est un Argentin rencontré par hasard dans une milonga de Buenos Aires, où cet homme, plus jeune qu’elle, gagne sa vie comme partenaire de tango pour les dames riches.

On pourrait s’attendre à un roman où les scènes érotiques se succèdent dans un rythme affolant, à une rencontre pleine de passion entre le jeune macho sud-américain et la Française encore belle et désirable, qui sait – quand elle le veut – mettre en valeur ses charmes.

Or, il n’en est rien de tout cela dans ce roman dont le syntagme du titre n’est qu’un prétexte pour donner à l’héroïne l’occasion de revisiter un passé douloureux, marqué par la mort récente de sa sœur cadette, Lucie, photographe d’art, dont elle partage non seulement les initiales, mais aussi – à un moment de leur existence – l’homme aimé.

Personne, Gwennaëlle Aubry

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 20 Août 2011. , dans Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard, Mercure de France

Personne, prix Femina 2009 . Ecrivain(s): Gwennaëlle Aubry Edition: Mercure de France

Personne. C'est le mot de passe qu'Ulysse exprime pour tromper le cyclope anthropophage et sauver ainsi sa peau.

Personne. C'est rien et ce n'est que quelqu'un de quelconque, comme personne, comme tout le monde.

Personne. C'est le masque qui nous constitue et une personne, c'est important.

Quand Personne campe la figure du père, Antigone prend la plume et Iphigénie veut comprendre.

Le cadre oulipien est déclaré. Sous les auspices de Perec, l'auteur écrit « parce que nous avons vécu ensemble... ombre au milieu de leurs ombres... ». Où nous dirige cet abécédaire filial qui commence avec Artaud et qui se clôt avec Zélig ? Du génie fou vers le caméléon mimétique, du moine dans le Jeanne d'Arc de Dreyer (où l'autre moine sous pseudonyme, le moine de Lewis) vers le suicidé de la société, psychanalysé et victime d'une société devenue plus folle que les individus qui croient la constituer, faut-il demander à la spécialiste de Plotin si cette progression, sous les astuces des limites de l'Oulipo, évoque, un tant soit peu, des hypotyposes, qui consistent à décrire des faits comme s'ils se déroulaient sous nos yeux ? Oui.