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Critiques

Jamais par une telle nuit, Magali Brénon

Ecrit par Frédéric Aribit , le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Mot et le Reste

Jamais par une telle nuit, février 2014, 140 pages, 17 € . Ecrivain(s): Magali Brénon Edition: Le Mot et le Reste

 

De chair, de sueur, de sexe, de sang, de larmes, l’amour est toujours un monde personnel. L’infinitif, au contraire, un mode impersonnel.

Toute la beauté du livre de Magali Brénon vient sans doute de cette contradiction-là. Un tragique d’ordre quasi-grammatical mine ainsi cet audacieux roman qui invente un nouveau lyrisme de l’échec amoureux. Disons donc roman, pour faire simple : « elle », qui dit « je », rencontre un homme, Marcello, puis le perd. Autant résumer la Recherche en 15 secondes, comme l’avaient proposé jadis les Monthy Python. Du reste, il y a sans doute autant de Proust que de Duras dans ce livre-là, qui déroule une étonnante partition musicale faite de silences et d’échos, de bruissements hurlants et de cris retenus, de halètements courts et rythmés et soudain de souffle sans virgule, sans ponctuation, de souffle coupé et perdu. Luxuriance et luxure : d’une sensualité toujours frissonnante, la déambulation éperdue de la narratrice à la recherche de l’autre et donc d’elle-même, dessine sous ses pas parfois perdus un paysage d’une rare efflorescence littéraire où, d’Orcival à Rome, de Rome à Montevideo, le corps se parcourt comme une géographie du désir. Tout y est fragile, ténu, sensible. La matière durcie du monde ne se donne qu’à la subtilité des mots pour le dire, qu’au corps du texte qui le suggère, veut le donner à voir, à entendre, à saisir et ressentir.

Roman avec cocaïne, M. Aguéev (1936)

, le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Roman, Belfond

Roman avec cocaïne, Trad du russe par Lydia Chweitzer, 200 p. 14,50 € . Ecrivain(s): M. Aguéev Edition: Belfond

 

L’obscurité équivoque de ce roman le dispute avec le vaste mystère qui a longtemps entouré son auteur. La véritable identité de M. Aguéev ne fut révélée qu’il y a peu : Mark Levi, de son vrai nom, serait né aux alentours de 1900 et aurait vécu entre Moscou, Istanbul et Erevan. On le croit mort en 1973, en Arménie, où il était professeur de langues dans un lycée de la capitale.

Publié pour la première fois en 1936 en France dans la revue Les Nombres, Roman avec cocaïne – l’unique ouvrage que l’on connaisse d’Aguéev – fit scandale au moment de sa parution car il abordait de manière fort abrupte un sujet encore méconnu et délibérément tu en Russie : la drogue.

Lydia Chweitzer, jeune écrivaine russe installée en France, eut entre les mains à cette époque un exemplaire du roman écrit en russe, puis l’opuscule disparut et ne fut plus guère réédité pendant des décennies. En 1983, L. Chweitzer en retrouva un exemplaire, décida de le traduire en français, et proposa aux éditions Belfond de le faire paraître à nouveau. Le succès fut immédiat, car le secret était encore quasi complet autour d’Aguéev, certains allant même jusqu’à attribuer Roman avec cocaïne à Vladimir Nabokov, qui démentira formellement.

Le sang des papillons, Vivian Lofiego

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 16 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Le sang des papillons, mars 2014, 284 pages, 20 € . Ecrivain(s): Vivian Lofiego Edition: Jean-Claude Lattès

 

Peut-on évoquer les horreurs de l’histoire récente de son pays par le biais romanesque ? C’est le choix fait par Vivian Lofiego dans son premier roman, Le Sang des papillons. Nous sommes en Argentine en 1976. Tamara, très jeune enfant, voit son père se faire emmener de force vers un probable lieu de détention ou d’exécution, elle ne le sait pas encore. Très vite, le roman, qui a la particularité de n’inclure que très peu de dialogues directs, s’imprègne du sentiment de la peur, de l’omniprésence de la mort. Après avoir évoqué la situation d’un lieu à Buenos Aires, La ESMA, l’auteure rappelle ce que ce lieu a représenté pour les Argentins qui y furent internés : un centre de torture, d’internement. Vivian Lofiego précise les méthodes de répression :

« Ces terres donnèrent une fleur atroce. Une fois que les prisonniers avaient été interrogés, humiliés, torturés, on les assassinait. (…) En réalité, ils montaient dans les vols de la mort. Endormis, nus on les jetait, on les précipitait en plein vol dans le fleuve. On appela ce crime une forme chrétienne de mort ».

L’Enfer, Dante (Edition bilingue)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Italie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

L’Enfer, La Table Ronde (La petite vermillon) mars 2014, édition bilingue, traduction de William Cliff, 405 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Dante Alighieri Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

La parution en collection de poche et en version bilingue d’une nouvelle traduction de L’Enfer de Dante par le poète belge William Cliff pourrait être l’occasion d’affronter cette fameuse Comédie – poème s’inscrivant dans un genre populaire et écrit en langue vulgaire et non en latin – que Boccace qualifia de « divine ». D’affronter au moins sa première partie qui, bien que la plus connue et la plus facile d’accès, n’est pas forcément tant lue. L’occasion aussi pour ceux qui maîtrisent plus ou moins bien l’italien d’oser l’aborder dans sa langue originale, dans ce dialecte toscan médiéval qui fonda l’idiome moderne de la péninsule.

La Comédie est un long poème en tercets d’hendécasyllabes à rimes enlacées, composé de trois cantiques eux-mêmes divisés en trente-trois chants, à l’exception du premier qui en compte un supplémentaire, portant à cent leur nombre total. Un nombre figurant l’unité et confirmant la portée Trinitaire de cette symbolique numérique structurelle et rythmique.

En remontant vers le Nord, Lilyane Beauquel

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 15 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

En remontant vers le Nord, janvier 2014, 235 pages, 18 € . Ecrivain(s): Lilyane Beauquel Edition: Gallimard

 

 

La trame est claire et épurée, à l’image d’un conte comme le qualifie du reste le bandeau. Mais c’est une histoire dense, avec des personnages intenses, qu’ils soient principaux ou secondaires. Au point que le lecteur, tout le long, suppose sans cesse un sens métaphorique qui ne se laisse pas aisément saisir.

Un pays nordique, à la fin du XIXè siècle. Sven, le narrateur, a fui sa vallée natale à l’âge de dix-sept ans. Pendant dix ans, il erre à travers le monde, étudie, devient ingénieur ; puis le voici de retour, chargé d’une mission : creuser un tunnel qui désenclavera ces vallées recluses.

Les tout premiers chapitres du roman décrivent avec un surprenant mélange de vigueur et de poésie la fuite de Sven puis ses retrouvailles avec le pays.