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Critiques

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 04 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Denoël

Il pleuvait des oiseaux, août 2013, 205 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jocelyne Saucier Edition: Denoël

 

Avec un titre pareil, on s’attend en commençant la lecture à se faire emporter par un certain lyrisme, il n’en est rien. L’écriture ici est plutôt dépouillée, rêche, comme en retrait, à l’image de ces vieillards retirés du monde dans des cabanes au fond de la forêt. Ceci jusqu’à l’arrivée de Marie-Desneige, qui infusera dans l’histoire une poésie aussi pure et fragile qu’elle.

Au départ ils étaient trois, Ted, Tom et Charlie, plus leurs chiens, tous trois ont en commun d’avoir survécu il y a longtemps au Grand Feu de Matheson en 1916, un de ces violents incendies qui ont ravagé la région québécoise du Témiscamingue au début du XXe siècle. Tom avait ensuite brûlé sa vie dans l’alcool et Charlie, ancien employé des Postes et trappeur à ses heures, avait déjà été donné pour mort suite à une insuffisance rénale. Parti mourir dans la forêt, celle-ci lui avait offert une seconde vie. Ted, lui, son histoire est la plus mystérieuse. Après avoir perdu toute sa famille dans le Grand Feu, on a dit qu’il était devenu aveugle, puis fou… « Une blessure ouverte, disait-on le plus souvent ».

Matière première, Raphaël Enthoven

Ecrit par David Campisi , le Mercredi, 04 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Gallimard

Matière première, février 2013, 143 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Raphaël Enthoven Edition: Gallimard

 

Halte aux lourds concepts que nul ne comprend. La philosophie n’est pas réservée aux normaliens agrégés, aux écoles de pensée, aux professeurs qui cogitent et réfléchissent sur rien dans un sombre bureau sans jamais sortir de leur office, tel un Kant qui passa sa vie à ne rien achever, à créer, manier, manipuler puis diffuser des concepts déconnectés de la réalité, impossibles à comprendre pour qui n’est pas expert. La philosophie est démocratie, la philosophie n’est pas la tête mais le corps. Raphaël Enthoven incarne ici les grands philosophes de l’antiquité, ceux qui ne philosophaient pas dans un amphithéâtre comble mais qui proposaient leurs idées sur la place publique, là où tous pouvaient les écouter et les comprendre : les pêcheurs, les menuisiers, les badauds, riches et pauvres.

Il n’y a pas des sujets qui seraient aptes à la philosophie – l’être, le néant, l’univers, la mort, la vie, l’existence, l’amour – et des sujets qui ne le seraient pas. Tout est prétexte à philosophie : il existe un traitement philosophique de tous les sujets possibles, disait Nietzsche. Le football, le GPS, la carte de fidélité, l’iPhone, les capsules Nespresso, Lady Gaga.

La fille de la pluie, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

La fille de la pluie, octobre 2013, 271 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Série Noire Gallimard ; la crème des Polars, donc. Qui dit roman policier, entend meurtre, ou, mieux, assassinat – du rouge, encore du rouge ; une enquête rondement menée, par un type (pas trop, une femme) à la pipe entre les dents. A la fin, après moult méandres, on chope l’assassin, qui, souvent, n’est pas celui auquel vous pensiez. On peut en profiter – c’est mieux – pour distiller deux ou trois tranches de vraie vie dans les faubourgs de L.A., ou chez les bouchers de Montrouge ; ça s’appelle faire du sociétal.

Un policier, c’est ça, mais pas celui-là.

Là, c’est construit à l’envers : le mort n’arrive qu’à la fin ; l’enquête est pour le tome II à venir, mais, il n’y a pas une page, sans que vous n’attendiez le meurtre, le suicide, l’assassinat spectaculaire, si ce n’est multiple. Vous avancez, pris à la gorge : « sûr, ce sera… », et ce n’est toujours pas !

Réussi, au cordeau, cet opus oscillant entre suspense, sociologie rurale, éclairage psychologique de tréfonds pas bien nets. Au bout, un magistral roman noir, qui marche sur d’autres chemins que ceux de tout le monde.

L’Enéide, Virgile, illustrée par les fresques et les mosaïques antiques

Ecrit par Elisa Amaru , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Poésie

L’Enéide, illustrée par les fresques et les mosaïques antiques, Diane de Selliers Editeur, traduction du latin par Marc Chouet suivie du texte original, préface de Philippe Heuzé, 180 illustrations couleur, 484 p. septembre 2013 . Ecrivain(s): Virgile

 

L’Enéide vue par Diane de Selliers : 2000 ans de jeunesse


Que ceux que le latin scolaire et rébarbatif de l’enseignement public a à jamais brouillé avec les volutes capiteuses de la langue de Virgile ou d’Ovide se réjouissent ! Quant aux autres, qu’ils souhaitent s’instruire, ou juste rêver devant un livre d’images sans trouer leur porte-monnaie, « La petite collection » est un incontournable. Pensée par Diane de Selliers Editeur en 2007 comme une offre complémentaire à l’altière « grande collection » de la Maison, elle s’inscrit, par son format et son prix réduits, dans la logique de mettre les chefs-d’œuvre du patrimoine littéraire mondial à la portée du plus grand nombre. Une démarche chère à Diane de Selliers à l’heure numérique (voir notre interview consacrée à l’Enfer de Dante pour appli iPad).

African Tabloïd, Janis Otsiemi

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Afrique, Roman, Jigal

African Tabloïd, septembre 2013, 208 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Janis Otsiemi Edition: Jigal

 

Le titre du roman est à la hauteur de l’humour de son auteur. Si Janis Otseimi a sans nul doute une profonde admiration pour l’œuvre de James Ellroy, African Tabloïd n’est certes pas l’équivalent d’American Tabloïd, si ce n’est par l’effet d’une profonde dérision, voire de l’autodérision.

Nous sommes à Libreville, capitale du Gabon, ville opulente en façade, avec ses immeubles de verre et de marbre, mais qui abrite à sa périphérie « des agglomérations hétéroclites, des bidonvilles marécageux, infestés de rats et de moustiques ». Dans cette ville cosmopolite, dans un pays où se côtoient, sans pour autant s’entendre, au sens propre comme au figuré, près de 50 ethnies aux dialectes différents, policiers et gendarmes vont enquêter sur une série de délits et de crimes qui permettent à Janis Otsiemi d’illustrer avec une verve réjouissante quelques uns des maux qui rongent l’ancienne colonie française d’Afrique subsaharienne.

Au menu : corruption des forces de l’ordre, exécution d’un journaliste d’investigation dans un pays où la presse est à la solde du gouvernement, pédophilie et trafic de médicaments, inefficacité de l’administration dépourvue de méthodes et de moyens matériels et financiers, intrusion du pouvoir en place dans les enquêtes et collusions liées au népotisme…