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Critiques

Quand je serai un animal, Aurélia Alcaïs

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 14 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Quand je serai un animal, mai 2014, 32 pages, 15 € . Ecrivain(s): Aurélia Alcaïs Edition: Seuil Jeunesse

 

Métamorphoses et songes sont au cœur de ce bel album accessible aux plus petits : on y parle de l’envie de se transformer et de gagner en force, en puissance…, d’être autre que soi, d’accéder au monde secret des adultes, de grandir aussi. Dans cet inventaire onirique qui donne envie d’être poursuivi soi-même, un enfant, garçon ou fille, apparaît – en partie – sous les traits d’un animal dont il s’approprie une qualité.

« Quand je serai Raton-laveur, je garderai mon masque de Zorro ».

« Quand je serai Tigre, je ne mangerai plus que de la viande, sans couverts et sans serviette ».

« Quand je serai Lapin, avec mes grandes oreilles, j’entendrais tous les secrets des grands ».

« Quand je serai Hibou, je chasserai les cauchemars qui traînent dans les forêts ».

Retour dans la neige, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue allemande, Nouvelles, Points

Retour dans la neige, traduit de l’allemand par Golnaz Hauchidar, préface de Bernhart Echte, juin 2014, 158 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Points

 

Retour dans la neige, petit recueil inépuisable de Robert Walser vient d’être à nouveau réédité. Il réunit vingt-cinq courts récits écrits par l’écrivain suisse entre 1899 et 1920 à Berlin – où il résida plusieurs années – et à Bienne, sa ville natale, où il revint en 1913.

Ce recueil, d’une grande unité de ton, frappe par sa simplicité et sa douceur apaisée, par la lumière qui en émane. L’auteur flâne dans les rues et la campagne, prenant le temps d’observer la ville et la nature, les choses et les gens avec un même souci du détail et une distance amusée. Ses descriptions semblent mettre tout sur le même plan, avec une nette tendance à la personnification de la nature et des choses.

Et à ce regard curieux et étonné s’exerçant sur son environnement quotidien et sur le comportement des hommes comme sur lui-même, s’ajoutent une profonde empathie pour l’autre et une capacité à se fondre dans l’univers.

Englebert des collines, Jean Hatzfeld

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 12 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Gallimard

Englebert des collines, avril 2014, 105 pages, 11,90 € . Ecrivain(s): Jean Hatzfeld Edition: Gallimard

 

Hatzfeld était là, en Avril 94, au journal du soir. Sa voix s’était brisée : « le Rwanda – disait-il – il faut faire quelque chose ! il faut au moins que chacun sache… », et il avait pleuré.

Pour vous, sans doute aussi, à ce moment-là, le génocide Rwandais entrait dans votre existence et votre mémoire.

Depuis, 900.000 morts après, l’auteur, inlassablement, s’applique de livre en livre à nous marquer au fer rouge, de ses récits coupants comme autant de machettes, qu’on lit et relit – essayant, mais c’est vain – de ne pas y croire… toujours pas.

Il y a eu – retable étrange à panneaux, montrant, comme au Moyen Age, l’infini récit de ces hommes capables de faire cela à d’autres hommes – Dans le nu de la vie, puis Une saison de machettes. Chacun de ces petits livres denses, signé du talent de Hatzfeld : précision chirurgicale, sobriété, aucun effet de plume, décrire, faire parler, poser les faits et ne pas oublier – écriture parfaite et littéraire, le regard de celui-ci ou de celui-là, que nous emporterons tous, en refermant le livre, que ne guettera jamais la poussière des fonds de bibliothèque.

Juste après la pluie, Thomas Vinau

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 12 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Alma Editeur

Juste après la pluie, janvier 2014, 281 pages, 17 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Alma Editeur

 

Comme il l’écrit lui-même dans sa postface intitulée Lignes de fuite : « Ma poésie n’est pas grand-chose, elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. J’ai pensé à ce projet plus conséquent. Un gros livre de petits poèmes ». Pari osé, ce roman-poésie, car on sait bien, l’offre en poésie dépasse de loin la demande, beaucoup en écrivent, peu en lisent ; « je travaille beaucoup à la simplicité » nous dit Thomas Vinau, or rien n’est plus difficile à atteindre que la simplicité, cependant chacun pourra très certainement puiser dans ce « gâteau de miettes » quelque chose à son goût.

D’ailleurs, poésie du quotidien peut-être, mais comme le souligne l’air de rien l’intitulé de la postface, il semble qu’écrire de la poésie soit justement pour Thomas Vinau une façon d’échapper au quotidien, ou tout au moins de le rendre parfois plus respirable, plus supportable. C’était peut-être moins évident dans des recueils plus anciens, mais ici on peut distinguer plus nettement des fêlures, des fragilités, dans les constructions qui protègent un quotidien, qui est surtout celui de l’intimité, de soi, du couple, de la famille, comme à opposer à un monde devenu bien trop fou, bien trop agressif pour qui a la sensibilité à fleur de peau.

L’Amour en moins, et autres nouvelles, Pierre Vandrepote

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 12 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Apogée

L’Amour en moins, et autres nouvelles, janvier 2014, 176 pages, 17,00 € . Ecrivain(s): Pierre Vandrepote Edition: Apogée

 

 

Nouvelles pudiques, où la syntaxe épouse le frémissement d’êtres qui se cherchent, se trouvent, s’évitent, se perdent, se retrouvent, s’oublient, ne s’oublient jamais.

Parce que chaque nouvelle est courte, l’auteur parvient à faire vibrer le non-dit, comme il fait vibrer l’absence que ses histoires convoquent, avec la façon qu’il a de faire cheminer son style.

Le non-dit, l’auteur le sculpte comme un bois, et les vibrations qui épousent le muscle du bois – suite à l’envol des phrases – déchaînent l’harmonie. Une musique – sourde, presque éteinte, mais néanmoins intense – s’élève, et nous étrangle la gorge, parfois, tant l’émotion, à la lecture, dit son nom.