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Critiques

La Porte du Messie, Philip le Roy

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 10 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi

La Porte du Messie, mai 2014, 384 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Philip le Roy Edition: Le Cherche-Midi

 

Captivant, haletant, passionnant, il n’est pas difficile de trouver des qualificatifs pour encenser ce thriller théologique, encore plus enthousiasmant quand on sait que cette fiction est basée sur des recherches historiques, linguistiques, archéologiques, littéraires et théologiques donc, tout à fait sérieuses, encore peu diffusées, sur les origines du Coran et que certains de ces chercheurs ont mis pour elles leur carrière, mais même parfois leur vie, en danger. D’ailleurs une des protagonistes de ce roman va elle-même transmettre toutes ces informations à son auteur, pour qu’il en fasse bon usage, lors d’un salon du livre à Porto-Vecchio en juillet 2013, ce qui laisse habilement le lecteur à cheval sur un fil fragile entre fiction et réalité.

Simon Lange, diplômé en théologie, apprend à Beyrouth, le jour des funérailles de ses parents, un couple franco-libanais mort dans un accident de voiture à Paris, qu’il a été adopté et que son père adoptif donc, lui a laissé des documents concernant son origine dans le coffre d’un hôtel à Jérusalem. Quand il s’y rend en compagnie d’un ami de la famille rencontré lors des funérailles, un certain Markus, le coffre est vide. Simon Lange, grand amateur très peu raisonnable de Talisker, le « rocher escarpé » en langue nordique, un whisky de l’île de Skye, noiera son dépit dans les bars de Jérusalem en compagnie de ce Markus.

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, Lise Benincà

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, La rentrée littéraire, Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, août 2014, 212 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Lise Benincà Edition: Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, récit de neuf mois de résidence d’écriture de Lise Benincà « au milieu des choses », est d’abord l’histoire d’une improbable rencontre entre une démarche d’insertion sociale et la démarche artistique d’un écrivain.

Emmaüs Défi tente de sortir de la rue des hommes et des femmes en grave difficulté en leur procurant, au travers de la collecte, du tri et de la vente d’objets de récupération, un travail qui leur permette de survivre et de retrouver l’estime de soi. Une estime perdue au cours de nombreuses années de galère où ils furent exposés à l’indifférence ou au mépris de l’autre. Quant à Lise Benincà, elle s’est lancée dans une aventure à première vue bien différente mais comportant aussi sa part de rêve et de défi. Désirant « porter la littérature dans un lieu où on ne s’attend pas à la trouver », elle avait pour projet de faire parler ces objets dépareillés, patinés, récupérés par Emmaüs, mais aussi toutes ces personnes en réinsertion professionnelle, ces bénévoles ou ces encadrants salariés qui œuvrent ensemble dans le vaste entrepôt parisien de la rue Riquet. « Un lieu riche en histoires, … riche en humains » qui, chaque samedi, se transforme en hall d’exposition et de vente pour accueillir les clients démunis du quartier comme les bobos parisiens. « Un lieu de brassage, de passage et d’échanges, avec un mélange des genres à tous les niveaux ».

Depuis que la samba est samba, Paulo Lins

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, La rentrée littéraire, Asphalte éditions

Depuis que la samba est samba, Trad. du portugais (Brésil) par Paula Sainot, septembre 2014, 287 pages, 22 € . Ecrivain(s): Paulo Lins Edition: Asphalte éditions

 

 

Le roman de Paulo lins se déroule dans le Rio des années 20, et plus précisément dans le quartier de l’Estácio, où se croisent des malfrats, des proxénètes, des prostituées, des homosexuels, des immigrés. On y trouve également des artistes, des musiciens susceptibles d’incarner la bohème locale. Ismael Silva est compositeur, il aspire à changer la musique, à l’adapter à la culture de tous les Brésiliens, autrement dit, d’incorporer dans la musique les traditions issues des origines indienne et africaine du Brésil. Son ami, Brancura, ambitionne d’écrire des sambas ; il apparaît très vite beaucoup plus doué pour le proxénétisme, qu’il développe dans son quartier, en proie aux bagarres dans les bars, au trafic de drogue, aux descentes fréquentes de la police. Brancura a un rival, Sodré, fils d’immigrés portugais ayant passablement bien réussi. Ils aiment la même femme, Valdirène, l’une des plus belles filles de l’Estácio, prostituée de son état. Sodré est blanc, Brancura est noir, descendant d’esclaves.

La Vieille maison, Oscar Peer

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

La Vieille maison, Traduit du romanche par Walter Rosselli, Ed. Plaisir de Lire, novembre 2013, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Oscar Peer

C’est un monde où règnent les silences et les non-dits ; une vallée campagnarde du siècle dernier, avalée par les montagnes suisses. Une communauté paysanne comme on en trouve encore au cœur des régions les plus reculées, où le monde est tenu à l’écart par la géologie sévère et les hommes durs et froids, aux regards comme des couteaux.

Le cadre est très rapidement posé. Chasper vient de perdre son père et hérite de la vieille maison, séculaire héritage des temps passés. Et puis, avec la maison, il hérite aussi des dettes énormes qui deviennent son fardeau monumental. Il doit rembourser beaucoup et il doit rembourser vite. Commence dès lors une chasse au trésor ; dans ce royaume du silence isolé de tout, Chasper part en quête de richesses pour honorer les dettes du défunt.

La Vieille maison est une récit intime, mettant en scène des personnages forts dans un milieu intraitable. Bientôt, Chasper sera le paria de la communauté, mis à l’écart par le maire et ses sbires, et d’autres – ses amis – lui tourneront le dos. La narration est centrée sur les visages ; de gros plans en plans rapprochés, nous ressentons tout des individus et de leurs commérages. Le village bruisse bientôt de ragots qui seront comme autant de poisons. Il va pourrir de ses propres silences.

Grand Poème Prose, Claude Minière

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Tarabuste

Grand Poème Prose, Collection Brèves Rencontres, juin 2014, 110 pages, 10 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Editions Tarabuste

« N’avez-vous jamais dans la nature, sur le Campo Santo, au bord du ruisseau, murmuré c’est là ? Quelque chose, tout, est là. Le murmure, intérieur et extérieur à la fois, ne veut pas dire “je suis ici” mais bien “c’est là”. C’est ».

Le Grand poème en prose de Claude Minière tend l’arc de la poésie en son œuvre comme jamais, elle en est aussi le recueil le plus abouti. C’est à la lecture un grand livre que vous ouvrez entre vos mains. Du premier nom prononcé, « le dragon », aux derniers mots, « grand poème en prose plié » qui clôturent le recueil et donnent le titre au livre, un véritable jeu de papiers se déploie entre vos doigts.

Minière, convoquant dans les premières pages Dante et Parménide, précise à ses lecteurs de quoi il va en être : « Les mots les plus simples vous arrivent sur les lèvres, à travers le ventre, ils vous arrivent du fond des temps, et voici le début de l’éternité : il y a quelque chose plutôt que rien et c’est un rien à l’évidence de justice. Comme enfoncer une porte ouverte ». La poésie pour Minière ne saurait être sans impliquer en tout premier lieu le rapport à l’art : « Comme souvent les artistes hachurent une zone de la toile ou du papier et créent un espace dans l’espace. La première lettre d’une phrase est une rayure et un départ ». Une rayure nous dit Minière, et un départ. Le poème commence.