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Critiques

La tante d’Amérique, Leonardo Sciascia

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard), Italie

La tante d’Amérique. Traduit de l'italien par Mario Fusco mars 2014. 85 p. 2€ . Ecrivain(s): Leonardo Sciascia Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Avertissement au lecteur : ce tout petit livre est un pur moment littéraire ! Tout l’art de Leonardo Sciascia se retrouve condensé dans ce court récit de l’arrivée des troupes américaines dans un petit village italien. C’est à la fois un exemple limpide de l’écriture fluide et lumineuse de Sciascia – celle qui nous éblouissait dans le conseil d’Egypte ou Le Contexte – et un morceau savoureux de comédie italienne à la Vittorio de Sica ou Mario Monicelli, avec ses personnages déjantés, immoraux, bruyants, hypocrites, lâches et, finalement, furieusement attachants.

A commencer par le jeune narrateur, gamin type des rues villageoises du sud de l’Italie : dégourdi, un peu voyou, malin, qui adore repérer les imbéciles et les harceler. Sa rencontre avec les Gis est un vrai choc de civilisations !

Une année qui commence bien, Dominique Noguez

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Flammarion

Une année qui commence bien, 2013, 383 pages, 20 € . Ecrivain(s): Dominique Noguez Edition: Flammarion

 

Parler de soi. C’est-à-dire parler d’un amour impossible. Amour construit non « par des réalités » mais « par des manques ». Non par « des plaisirs » mais par « des désirs ». Restituer les grandes et farouches et douloureuses lueurs d’un amour déçu, vécu dans l’absence de partage, dans l’idéalisation, dans l’espoir sans cesse recommencé, qui finit par se confondre avec les minutes, avec la façon qu’elles ont de passer, au travers de soi, arrachant des bouts de rien, des bouts de rêves, des bouts de tout.

Espoir que tout change et que la clairière brûlée (étendue intérieure, mais qui finit par épouser de ses contours sans contours l’ensemble du visible, de ce en quoi l’on est amené à vivre) à laquelle nous soumet l’autre idéalisé et aimé laisse place à une douce brume d’abandon de soi, de véritable vie à deux, fût-elle le fait d’un seul instant.

La dernière frontière, Howard Fast

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 18 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

La dernière frontière (The Last Frontier, 1941), traduit de l’anglais (USA) par Catherine de Palaminy, mai 2014, 320 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Howard Fast Edition: Gallmeister

 

Déportés en 1877 dans le Territoire indien de l’Oklahoma où ils subissent famine et épidémies, trois Cheyennes fuient en juillet 1878 la réserve dans laquelle ils sont parqués. Une évasion qui met en branle un système aveugle et entraîne bien vite une échappée bien plus grande. En effet, confrontés à une administration qui entend prendre une partie d’entre eux en otages en attendant la capture des trois qui sont partis, ce sont pas moins de trois cents Cheyennes qui décident de rejoindre quoi qu’il advienne leurs terres des Black Hills à plus de 1500 kilomètres de là. Dans un pays en mutation, où les ranchers ont fait main basse sur les terres de l’Ouest, où le chemin de fer commence à considérablement tisser sa toile, où le télégraphe permet de communiquer plus vite mais où l’Indien représente encore un obstacle à la civilisation et demeure un objet de crainte et de haine, cette longue marche, pied de nez à une autorité qui veut imposer sa volonté quoi qu’il en coûte, ne peut que virer au drame.

La vie rêvée des gens heureux, Katrina Onstad

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 17 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Belfond, Canada anglophone

La vie rêvée des gens heureux, traduit de l’anglais (Canada) par Françoise Rose, sortie mai 2014, 348 pages, 21,50 € (ce livre existe aussi en ebook, 14,99 €) . Ecrivain(s): Katrina Onstad Edition: Belfond

 

Katrina Onstrad a grandi à Vancouver, en Colombie-Britannique. Critique de cinéma, journaliste reconnue, elle tient actuellement une rubrique culturelle au Globe and Mail. Elle a été nommée pour le prestigieux Giller Prize pour La Vie rêvée des gens heureux (Everybody Has Everything en VO, 2012), qui vient juste de paraître aux éditions Belfond, décidément bien inspirées.

Le pitch ? Un couple urbain, James, réalisateur de documentaires à la télévision, et Ana, travaillant dans un cabinet, ont passé des années à tenter de faire un enfant. Avant de se résigner. Alors que James reporte son affection sur Finn, son filleul de trois ans, Ana se noie dans le travail. Survient alors le drame, l’accident de voiture de leurs meilleurs amis et parents de Finn. L’un mort et l’autre tombant dans le coma, James et Ana deviennent soudain les tuteurs du petit garçon.

Par des flashbacks fréquents, Katrina Onstad nous emmène peu à peu à la révélation d’espaces intimes, de non-dits où chacun va répondre à sa manière à la question de la perte, du doute et du désir, tout en explorant les notions de parentalité et d’accomplissement personnel.

La malédiction d’Azazel, Youssef Ziedan

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 16 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Albin Michel

La malédiction d’Azazel, traduit de l’arabe (égyptien) par Khaled Osman, janvier 2014, 445 p. 24 € . Ecrivain(s): Youssef Ziedan Edition: Albin Michel

Au Ve siècle, dans la partie proche-orientale de l’empire romain en bonne voie de christianisation forcée, Hiba, un moine copte, originaire de Haute-Egypte, rédige ses mémoires, sous le commandement d’un sombre mentor intérieur, son « ange » gardien, ou son intime démon, Azazel.

Alors Hiba conte, soi-disant à contrecœur, et commente.

Ce pieux chrétien assiste, souvent avec stupeur et consternation, à l’établissement brutal d’un christianisme conquérant qui persécute, à l’encontre du message christique de tolérance, de paix et de fraternité, tous ceux et toutes celles qui ne reconnaissent pas ses Lois, en leur faisant subir les mêmes sévices barbares que ceux qu’avaient connus précédemment les sectes chrétiennes.

Pire, à peine renversées les idoles païennes, à peine massacrés férocement des milliers de leurs adeptes, le pieux Hiba voit les chrétiens se déchirer eux-mêmes dans des luttes fratricides sur des détails du dogme naissant et sur l’interprétation des Evangiles, et se constituer à travers l’Empire en de multiples groupes rivaux, en nombre d’obédiences adverses, qui se déclarent réciproquement hérétiques et se vouent les uns les autres aux flammes de l’Enfer et bientôt à celles de leurs tribunaux religieux respectifs.