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Critiques

Un ciel rouge, le matin, Paul Lynch

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 19 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Albin Michel

Un ciel rouge, le matin, mars 2014, traduit de l’Anglais (Irlande) par Marina Boraso, 283 pages, 20 € . Ecrivain(s): Paul Lynch Edition: Albin Michel

 

Course poursuite à travers le vaste monde


Le talent de conteur de Paul Lynch happe le lecteur dès la première page du roman et laisse entrevoir une intrigue sombre et sûrement funeste pour ses personnages. Mais attardons-nous un instant sur sa prose poétique torturée : « D’abord il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre ». On devine aisément toute la poésie résultant des chuintantes, des sifflantes et des sonorités dures ou gutturales de la langue anglaise dans cette description présageant une matinée hors du commun…

Creole Belle, James Lee Burke

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 19 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Creole Belle (Creole Belle, 2012), traduit de l’anglais (USA) par Christophe Mercier, avril 2014, 620 pages, 22 € . Ecrivain(s): James Lee Burke Edition: Rivages/Thriller

 

C’est au lendemain des mésaventures contées dans L’arc-en-ciel de verre que l’on retrouve Dave Robicheaux dans un lit d’hôpital, recevant la visite de Tee Jolie Melton, jeune créole, chanteuse d’un groupe de zydeco. Tee Jolie, avant de disparaître, explique à Dave qu’elle a des ennuis qui ont à voir avec un homme qu’elle fréquente et qui est en rapport avec l’industrie pétrolière. Abruti par la morphine, Robicheaux, qui plane quelque part entre le monde des morts et des vivants, ne sait pas s’il a vraiment vu la jeune fille. Jusqu’à ce que, une fois sorti de l’hôpital, il apprenne que celle-ci a disparu depuis des semaines et retrouve le cadavre de sa sœur.

Comme de coutume, Robicheaux et son acolyte Clete Purcel vont mettre les mains dans un panier de crabes au fond duquel ils vont croiser quelques voyous à la petite semaine, mais aussi et surtout de riches familles louisianaises corrompues et déviantes, bien décidées à défendre leurs gains malhonnêtement accumulés dans le plus grand mépris de leur prochain, en particulier s’il est plus pauvre et moins puissant qu’eux.

Nageur de rivière, Jim Harrison

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 17 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Flammarion

Nageur de rivière, traduit de l’américain par Brice Matthieussent, mars 2014, 257 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: Flammarion

 

 

Le sacre de la nature

Le nouveau récit du maestro est composé de deux textes, Au pays du sans-pareil et Nageur de rivière. Ce dernier donnera le titre à l’ouvrage. Dans les deux récits, Jim Harrison met en scène deux hommes à des âges différents de la vie. Clive, qui a la soixantaine, est décrit comme un critique, expert en peinture, conférencier et professeur. Clive a arrêté de peindre et l’auteur le considère comme un artiste raté en proie aux malheurs et à l’incompréhension de son temps :

« A soixante ans, il vivait en célibataire depuis vingt ans, mais son divorce était toujours la rupture la plus douloureuse de son existence. Il avait ensuite perdu le feu sacré, du moins le crut-il alors, et il renonça à peindre pour devenir professeur d’histoire de l’art, courtier, expert, homme à tout faire du monde de la culture. En fait, il avait laissé le temps brouiller les cartes… »

Le jeune homme qui voulait ralentir la vie, Max Genève

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 17 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Le jeune homme qui voulait ralentir la vie, mai 2014, 224 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Max Genève Edition: Serge Safran éditeur

 

C’est un roman rafraîchissant, plaisant que nous livre en cette occasion Max Genève. Son livre, intitulé Le jeune homme qui voulait ralentir la vie, débute simplement : c’est le sort d’un jeune magasinier dans une quincaillerie, Benoît. Il vit dans la rue des Pyrénées dans le vingtième arrondissement de Paris, ce qui jusque-là est très ordinaire. Il éprouve cependant une aspiration particulière : ralentir le temps, réaménager la vie. Pour ce faire, il fonde un mouvement, le MPL, Mouvement pour la Promotion de la Lenteur en compagnie de M. Belon, inspecteur de police à la retraite.

Ses employeurs de la quincaillerie lui demandent d’accompagner Pauline et une amie en Espagne pour les vacances d’été. A Bilbao, ils rencontrent un bien curieux personnage : le marquis Heitor Carjaval de Benito Sousa. Et c’est là que le roman bascule : tout d’abord dans le fantastique, puis dans l’onirique car ce marquis fait visiter par son imaginaire, très dense, des contrées inconnues à ses visiteurs. Ces terres sont lointaines ; elles se situent dans les mers australes mais ce n’est pas l’exotisme qui nous habite, mais une véritable réflexion sur le temps et les rapports que notre civilisation de l’éphémère et de la vitesse entretient avec lui.

Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 16 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Regarde les lumières mon amour, mars 2014, 72 pages, 5,90 € . Ecrivain(s): Annie Ernaux Edition: Seuil

 

 

L’épicerie normande

Annie Ernaux, en 2008, publiait Les années, livre majeur dans lequel elle tissait l’étoffe de toutes les vies : la sienne et les nôtres. D’une certaine manière, en participant au projet éditorial de Pierre Ronsavallon avec cette nouvelle collection au Seuil, de livres, et de publications en ligne consacrées « au parlement des invisibles », elle accomplit le même itinéraire, celui qui va de soi aux autres et des autres à soi, mais ici plus modestement par le format du texte (moins de 100 pages), l’unité réduite du lieu : l’hypermarché Auchan de Cergy et le genre du journal intime tenu entre le 8 novembre 2012 et le 22 octobre 2013, journal des « choses vues ». Il s’agit à la fois d’une entreprise à la première personne, autobiographique, avec l’évocation de souvenirs anciens et d’une démarche politique : Il y a vingt ans, je me suis trouvée à faire des courses dans un supermarché à Kosice, en Slovaquie.