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Critiques

911, Shannon Burke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 20 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

911 (Black Flies) traduit de l’anglais (USA) par Diniz Galhos, juin 2014, 208 pages, 16 € . Ecrivain(s): Shannon Burke Edition: Sonatine

 

« Nos voisins de Manhattan ont des boulots, ils votent, ils paient leurs impôts. Les gens qu’on a ici, c’est de la racaille. Des parasites. Et dès que quelqu’un essaie de les aider, ils se mettent à hurler, jamais un merci. Je leur souhaite tous de crever. Je leur souhaite tous de se prendre une putain de balle dans le foie et de crever de la mort la plus douloureuse qui soit. Mais s’ils souffrent, s’ils sont mes patients, je les soignerai mieux que Verdis. […] Ma façon de voir les choses, c’est que, pour préserver l’objectivité et la distance professionnelle qui s’imposent, le mieux pour un ambulancier, c’est de détester ses patients ».

Quand, au début des années 1990, le jeune Ollie Cross, recalé à l’examen d’entrée en fac de médecine, trouve un travail d’ambulancier et se trouve affecté à la station 18, sur la 136ème rue, au cœur de Harlem, il pénètre dans un monde effarant à plus d’un titre. D’une part parce que l’extrême pauvreté de ce ghetto en fait un lieu d’une violence extrême prompte à se retourner contre tout représentant d’une quelconque autorité officielle, secouristes compris. D’autre part parce que les ambulanciers expérimentés qui l’accueillent oscillent entre un recul frisant l’indifférence, à l’image de Rutkovsky, l’équipier d’Ollie, une agressivité et un racisme assumé comme LaFontaine, ou une empathie peut-être trop importante pour Verdis.

Et la colère monta dans un ciel rouge et noir, Hafid Aggoune

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Et la colère monta dans un ciel rouge et noir, Ed. Storylab, juin 2014, 67 pages, 3,99 € . Ecrivain(s): Hafid Aggoune

« Il se portait mieux que nous tous, mais quand on l’auscultait on entendait les larmes bouillonner dans son cœur ».

Gabriel Garcia Marquez

 

Passionné de football, Henrique Da Silva, professeur de littérature, est dans une colère noire : « A l’approche du premier match de la vingtième Coupe du monde, la frustration du Professeur s’était lentement changée en sentiment d’injustice, puis en colère. La rage et la folie prirent le pas, inexorablement, le jour où Luiz reçut une balle perdue, comme sa mère quelques années plus tôt. Le business du plus grand événement sportif au monde tuait le romantisme du jeu et écrasait les plus pauvres au nom des intérêts économiques et logistiques. Le Professeur se sentait impuissant face aux bulldozers et aux hélicoptères de l’armée. Tout cet argent des sponsors, des droits TV, des contrats immobiliers, amassés, brassés, circulant en si peu de temps pour un mois de compétition, tandis que des générations de Brésiliens crevaient de faim, ne pouvaient ni se loger ni se soigner, et voyaient tomber leurs enfants dans les enfers quotidiens et banalisés du deal, de la prostitution et des pires dérives humaines, sexe, pornographie, trafics d’organes et autres atrocités innommables ».

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Barzakh (Alger)

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

Visible la nuit, Franck Maubert

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fayard, La rentrée littéraire

Visible la nuit, 20 août 2014, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Franck Maubert Edition: Fayard

 

Momo, dit Mao-Mao, a vingt ans et des poussières lorsque son chemin croise, en pleine canicule de 1976, celui de Robert Malaval, de vingt ans son aîné, « un long type avec une belle gueule, vêtu de jeans portés haut, d’une chemise imprimée de petits éclairs de couleur et coiffé d’un feutre malgré la chaleur ».

De cette rencontre naît une amitié réciproque qui liera les deux hommes jusqu’au suicide d’une balle dans la tête en août 1980 de l’un des représentants parmi les plus mythiques de la création picturale française des années 60 à 80. Dans Visible la nuit, Franck Maubert brosse le portrait en deux cents pages non seulement de l’artiste disparu et partiellement oublié, mais il reconstitue également l’ambiance de bouleversements et de changements majeurs dans les arts que connut une époque où le modèle de la société occidentale d’après-guerre fut particulièrement critiqué. L’Art-action, les happenings, les performances s’enchaînent et créent une forme d’espace démocratique où se rapprochaient l’art et la vie.

Ce que dit un naufrage, Éric Dubois

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Encres vives

Ce que dit un naufrage, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches . Ecrivain(s): Eric Dubois Edition: Encres vives

 

 

Le titre, en évoquant la réalité d’un naufrage, laisse entrevoir un recueillement peut-être d’épaves ; une écriture du désastre. Épaves terrestres, épaves du ciel / reste à voir /on envisage / pour ce : ouvrir les pages…

L’illustration de la 1ère de couverture d’André Falsen emporte dans le même élan que les mots encore mystérieux du titre, dans le mouvement d’un voyage aux tracés d’une aile morcelée ? du grand large en accostages de lignes brisées ou fracassées, de falaise et/ou de craie ? au bord du noir & du vide… On envisage encore / sur ce : ouvrir le naufrage…

Quel(s) accident(s) de navigation guide / a désorienté ici le poète ? A brisé / brise la digue dans ses jets d’encre & ses vagues démontées ?