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Critiques

Trop tard, Hajar Bali

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 19 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Barzakh (Alger)

Trop tard (nouvelles), 2014, 176 pages . Ecrivain(s): Hajar Bali Edition: Barzakh (Alger)

 

L’infime et l’intime


Le recueil d’Hajar Bali est constitué de huit récits intimistes : à la première personne ou à la troisième, ils explorent les pensées d’un être solitaire enfermé entre ses murs ou dans un destin étriqué, dont il ne parviendra pas à se défaire. Quelque chose comme une toile d’araignée, tout en légèreté et dont les fils pourtant vous empêchent implacablement de fuir, chétif insecte qui avez cru pouvoir passer dans le coin obscur du plafond en toute innocence.

La première nouvelle met aux prises une femme avec le naufrage de son couple, à travers l’image d’un minuscule insecte sur le rebord immaculé du lavabo : ce qu’elle prend pour un grain de pastèque, infime grain de sable dans la mécanique bien huilée de sa vie quotidienne, est un cafard qui exprime tout ce qu’elle ressent en repensant à la distance surgie entre son mari Samir et elle, à la solitude que lui laissent en héritage ses deux fils trop vite grandis, devenus de parfaits étrangers. L’étrangeté surgie du quotidien familier est au cœur de ce récit inaugural du recueil.

Visible la nuit, Franck Maubert

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fayard, La rentrée littéraire

Visible la nuit, 20 août 2014, 208 pages, 17 € . Ecrivain(s): Franck Maubert Edition: Fayard

 

Momo, dit Mao-Mao, a vingt ans et des poussières lorsque son chemin croise, en pleine canicule de 1976, celui de Robert Malaval, de vingt ans son aîné, « un long type avec une belle gueule, vêtu de jeans portés haut, d’une chemise imprimée de petits éclairs de couleur et coiffé d’un feutre malgré la chaleur ».

De cette rencontre naît une amitié réciproque qui liera les deux hommes jusqu’au suicide d’une balle dans la tête en août 1980 de l’un des représentants parmi les plus mythiques de la création picturale française des années 60 à 80. Dans Visible la nuit, Franck Maubert brosse le portrait en deux cents pages non seulement de l’artiste disparu et partiellement oublié, mais il reconstitue également l’ambiance de bouleversements et de changements majeurs dans les arts que connut une époque où le modèle de la société occidentale d’après-guerre fut particulièrement critiqué. L’Art-action, les happenings, les performances s’enchaînent et créent une forme d’espace démocratique où se rapprochaient l’art et la vie.

Ce que dit un naufrage, Éric Dubois

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Encres vives

Ce que dit un naufrage, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches . Ecrivain(s): Eric Dubois Edition: Encres vives

 

 

Le titre, en évoquant la réalité d’un naufrage, laisse entrevoir un recueillement peut-être d’épaves ; une écriture du désastre. Épaves terrestres, épaves du ciel / reste à voir /on envisage / pour ce : ouvrir les pages…

L’illustration de la 1ère de couverture d’André Falsen emporte dans le même élan que les mots encore mystérieux du titre, dans le mouvement d’un voyage aux tracés d’une aile morcelée ? du grand large en accostages de lignes brisées ou fracassées, de falaise et/ou de craie ? au bord du noir & du vide… On envisage encore / sur ce : ouvrir le naufrage…

Quel(s) accident(s) de navigation guide / a désorienté ici le poète ? A brisé / brise la digue dans ses jets d’encre & ses vagues démontées ?

Une affaire de trois jours, Michael Kardos

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Série Noire (Gallimard)

Une affaire de trois jours (The Three-Day Affair, 2013), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Guillot, mai 2014, 275 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michael Kardos Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Comme tous les ans, Will, Nolan, Jeffrey et Evans, anciens camarades de l’université de Princeton ayant eu des fortunes diverses, doivent se retrouver le temps d’un week-end pour jouer au golf et se remémorer leur jeunesse étudiante. Cette année c’est chez Will, le narrateur, musicien et ingénieur du son dans une petite ville du New Jersey que les amis ont prévu de se voir. Mais dès le premier soir, Jeffrey, patron d’une start-up qui l’a rendu riche avant de le ruiner, entre dans un drugstore le temps d’un achat et en ressort avec la caissière que, sur un coup de tête, il vient de braquer et de kidnapper. Will, et Nolan, candidat à un poste de sénateur dans le Missouri, se trouvent entraînés avec lui dans cette folie dans les jours qui vont suivre.

« Ça aurait pu ne pas arriver – l’enlèvement et tout ce qui s’est passé ensuite. C’est ce qui me navre le plus, même maintenant ». Une phrase d’ouverture qui en dit déjà long, à commencer par le fait que si les protagonistes sont tous issus de Princeton, ils n’en sont pas moins de sacrés crétins et que cette affaire ne les a d’évidence pas rendus plus intelligents. C’est sans doute là la plus grande faiblesse de ce roman : il est nécessaire d’accepter l’idée que les personnages que l’on a en face de soi sont des idiots et ont agi en conséquence.

Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sepúlveda

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 05 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Ingrédients pour une vie de passions formidables, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, avril 2014, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

L’autre Sepúlveda


Ingrédients pour une vie de passions formidables présente au lecteur un Luis Sepúlveda, chez lui, débarrassé de sa plume. Le livre s’ouvre sur une réunion de famille autour d’un repas où sont réunis enfants et petits-enfants. Luis Sepúldeva accède ici au rang de patriarche et on l’appelle par respect le Viejo.

Le récit est présenté comme une conversation avec le lecteur. Les chapitres sont courts. L’auteur aborde tous les sujets du quotidien. Il évoque ses années auprès de Salvador Allende et l’admiration qu’il nourrit depuis toujours pour cette figure politique. Il confie aussi sa relation difficile et ambivalente envers le Chili mais aussi envers l’Espagne, son pays d’accueil. Fidèle à sa position d’écrivain engagé, il dénonce les malversations financières et la corruption qui faisaient loi avant que la bulle financière n’éclate en Espagne.