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Critiques

Un homme au singulier, Christopher Isherwood

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Grasset

Un homme au singulier (A single man). Traduction de l'anglais Léo Dilé. Avril 2014. 175 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Christopher Isherwood Edition: Grasset

 

Dire à chaque opus d’Isherwood qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre va finir par paraître conventionnel. Et pourtant que dire d’autre en tout premier sur ce bijou de roman qu’est « un homme au singulier » ? Un condensé de vie, de douleur, de solitude et d’apaisement nous attend dans ce petit livre.

Une journée, une, dans la vie au crépuscule de George. Il est seul, envahi par le souvenir omniprésent de Jim, mort il y a peu et qui l’a laissé derrière, désemparé. La vie continue certes mais quelle vie ? Ecornée, étrangère à soi, orpheline. On ne se fait pas à la mort de l ‘autre, on vit autour d’une béance, d’un trou infini.

« Et c’est ici, presque tous les matins, que George, arrivé au pied de l’escalier, a cette sensation de se trouver soudain au bord d’une corniche à pic, brutalement creusée, aux arêtes vives – comme si la route avait été emportée par un glissement de terrain. C’est ici qu’il s’arrête pile et sait, avec une acuité à donner la nausée, presque comme pour la première fois : Jim est mort. Est mort. »

Un kilo de culture générale, Florence Braunstein, Jean-François Pépin

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 03 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, PUF

Un kilo de culture générale, février 2014, 1700 pages, 29 € . Ecrivain(s): Florence Braunstein, Jean-François Pépin Edition: PUF

 

 

Un projet pédagogique imposant :


Florence Braunstein et Jean-François Pépin sont les co-auteurs de 1 kilo de culture générale. Ils sont tous deux universitaires. Le titre est certes surprenant pour ce livre-pavé, mais le contenu ne l’est pas moins. C’est un véritable monument de 1700 pages. Le livre est découpé en 24 chapitres qui suivent un fil conducteur en couvrant les fondamentaux de la culture depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours. Dans ce livre, nous faisons connaissance avec les civilisations des quatre continents. Projet démesuré pourrait-on penser avant de s’y plonger. En fait, c’est juste un projet ambitieux qui a demandé aux auteurs des années de recherche approfondie.

Les rêves de guerre, François Médéline

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 03 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Manufacture de livres

Les rêves de guerre, mai 2014, 320 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

Ça commence par quatre pages dans lesquelles les mots s’entrechoquent et résonnent. On est en mars 1944 et deux hommes et une femme viennent de fuir Mauthausen. Quatre pages qui frôlent l’exercice de style agaçant, le tape-à-l’œil du genre « regardez, je suis un vrai écrivain qui joue avec les mots et le rythme et qui va vous forcer, parce que vous n’avez rien compris, à dire que c’est génial ». Quatre pages d’où émerge surtout un fragment de phrase qui sauve l’ensemble et qui en est le cœur : « ils ont tué notre mort » ; quatre pages qui, surtout, vont acquérir leur sens dans les trois cent vingt suivantes.

Car de mars 1944, on passe à novembre 1989. Là, Michel Molina, inspecteur de police lyonnais, trouve dans sa boîte aux lettres deux coupures de presse. La première évoque la mort de Ben Wallace à Yvoire, sur les bords du lac Léman, assassiné en 1969 par Jean Métral. La seconde évoque la mort de Paul Wallace, frère de Ben, assassiné en novembre 1989 par un Jean Métral sorti de prison. Le lien entre les deux affaires, c’est bien sûr Molina lui-même, ami d’enfance des deux frères Wallace. Et l’inspecteur de filer avec « le Vieux », son collègue alcoolique et pêcheur amateur, à bord de la CX de ce dernier pour mettre son nez dans l’affaire et remuer le marigot d’Yvoire tout en faisant ressurgir un passé que tout le monde, lui compris, avait pourtant pris soin de bien enterrer.

L’Exception, Audur Ava Olafsdottir

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 02 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Zulma

L’Exception, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, avril 2014, 338 p. 20 € . Ecrivain(s): Auður Ava Ólafsdóttir Edition: Zulma

 

Une femme dans la tourmente


Maria ne pensait pas que son mari Floki allait la quitter pour son amant du même nom. L’annonce de la séparation s’est faite le soir de la Saint-Sylvestre alors que dehors on célébrait la nouvelle année :

« Je devine au mouvement de ses lèvres que mon mari me parle, mais sans l’entendre ; le bruit des feux d’artifice qui dégringolent du ciel embrasé l’oblige à se répéter. Il me regarde bien en face, braquant vers moi la bouteille comme un fusil sur sa cible, puis il se détourne et fait sauter le bouchon en direction du sorbier ».

Et la vie continue. Maria se réveille le lendemain. Le rêve de bonheur s’est envolé ainsi que le mari qui dès la fin de l’annonce s’en est allé rejoindre l’autre Floki. Maria continue à faire bonne figure. Cependant, le sort s’acharne sur elle. Loin d’être remise de cette rupture, elle fait la connaissance de son père biologique et apprend aussi la double vie de sa mère. Au même moment, dans sa vie chamboulée, elle doit partir accueillir l’enfant adoptif qui l’attend à l’autre bout du monde…

Le système d, Nathan Larson

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 02 Juillet 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Asphalte éditions

Le système D (The Dewey Decimal System), traduit par Patricia Barbe-Girault, juin 2014, 256 p. 21 € . Ecrivain(s): Nathan Larson Edition: Asphalte éditions

Dans un New York ravagé après une pandémie de grippe et des attaques terroristes, Dewey Decimal, ancien soldat, amnésique, hypocondriaque, paranoïaque, affligé de troubles obsessionnels compulsifs mais aussi bibliophile vivant dans la bibliothèque municipale, est l’exécuteur des basses œuvres du procureur de la ville. Quand ce dernier lui demande d’éliminer un gangster ukrainien, Decimal part en chasse. Mais, comme de bien entendu, rien ne va se passer comme prévu et le héros ne va pas tarder à s’apercevoir que sa mission est autrement plus dangereuse et complexe que ce que lui en a dit son commanditaire.

Errant dans cet New York post-apocalyptique d’autant plus inquiétant que l’auteur ne cherche pas à trop en faire et instaure une ambiance pesante par le biais de descriptions et réflexions elliptiques, Dewey Decimal, personnage de science-fiction et de roman noir quelque part entre Robocop et John McClane est, plus que l’intrigue – minimale bien qu’alambiquée – ce qui fait l’intérêt du Système D. Personnage attachant bien que doué d’une conscience qui ne l’embarrasse finalement qu’assez peu hormis lorsqu’il se trouve obligé d’éliminer quelqu’un qui ressemble un peu trop à ce qu’il suppose être son ancien lui, soldat perdu à tel point qu’il a fini par se complaire dans ce nouveau lui qui lui permet de remodeler celui qu’il a pu être selon ses désirs ou l’expression de son subconscient, Dewey Decimal se révèle complexe et fascinant.