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Critiques

Laure, Flaubert et moi… Maupassant, Cécile Delîle

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 31 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Laure, Flaubert et moi… Maupassant, éditions du Petit Pavé, 204 pages, 20 € . Ecrivain(s): Cécile Delîle

 

Dès le titre de ce deuxième roman, Cécile Delîle installe sa biographie de Guy de Maupassant sous deux ombres tutélaires, et même sous une double filiation car il lui plaît d’adhérer à la thèse – jamais avérée – faisant de l’auteur de Boule de suif le fils naturel adultérin et clandestin de Laure Le Poittevin – épouse « de Maupassant » – et de son ami d’enfance Gustave Flaubert. Un parti pris qui lui permet d’accentuer l’aspect romanesque de cette figure marquante que fut cette belle femme intelligente et cultivée, mariée à un peintre infidèle au médiocre talent qui ne visait que sa dot, et dont, humiliée, elle se sépara. Une femme libre, passionnée et rebelle, lucide et volontaire, à la fois « mondaine et républicaine, aristocrate et féministe tout en gardant sa féminité » qui reniera Dieu, sa famille et son mari. Mais aussi une mère sensible et aimante qui pressentit et encouragea les dons de son fils, l’aiguilla « sur la route du père », construisant pour une large part son destin littéraire. La prise en charge de l’éducation du jeune homme par Flaubert et l’affection qu’il lui témoigna s’affirment alors dans ce livre comme une reconnaissance de paternité, tout comme l’accession de Maupassant au statut d’écrivain semble la consécration de cet amour caché de Laure pour son « vieil ami ». Satisfaction de la mère, revanche sur ce mari méprisé mais aussi sur la violence et l’hypocrisie d’une société ne reconnaissant pas aux femmes leurs droits.

La clandestine du voyage de Bougainville, Michèle Kahn

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 31 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

La clandestine du voyage de Bougainville, Le Passage Editions, mars 2014, 252 pages, 19 € . Ecrivain(s): Michèle Kahn

 

Qui est Jean Bonnefoy ?

« Il était laquais chez un Genevois établi à Paris.

Il voulait voir la mer.

Il est sans attache aucune ».

En 1766, Jean Bonnefoy, valet du naturaliste Commerson, appareille. L’Etoile va rejoindre la Boudeuse. La flûte a rendez-vous avec la frégate de Bougainville aux îles Malouines. « Jean sait lire, recopier les noms des plantes, et signer de son nom, mais n’a jamais su écrire les phrases qui se forment dans sa tête ». Il a sauvé, guérisseur, son maître Philibert Commerson. Jean vient de la plèbe mais Jean connaît les herbes qui soignent et les champignons. Jean est jeune. 22 ans.

Le Chevalier double, Modrimane, d’après un conte de Théophile Gautier

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 31 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Le Chevalier double, scénario et dessins de Modrimane, La Boîte à bulles, février 2014, 64 p. 13 € . Ecrivain(s): Modrimane

 

 

Le Chevalier double est un conte intemporel et magique, un récit fascinant et plein de rebondissements sur la dualité de l’être : Modrimane s’empare de cette histoire inventée par Théophile Gautier pour en faire une bande dessinée inspirée et élégante.

Dès la couverture, on est saisi par l’image de ce jeune garçon dont le reflet a changé de couleur, ainsi que par la force de l’illustration qui nous plonge d’emblée dans un monde reculé, médiéval et inquiétant. Ce sont des couleurs profondes et vives, tranchées, toutes en contraste, cerclées de noir comme dans de vivants vitraux qui s’offrent à nous. Le livre cartonné, dans un format atypique, tient à la fois du grimoire et de l’album contemporain.

Putain de pupitres !, Park Bum-shin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman

Putain de pupitres !, Decrescenzo Editeurs, janvier 2014, traduit du coréen par Ko Kwang-dan et Eric Bidet, 240 p. 21 € . Ecrivain(s): Park Bum-shin

Putain de pupitres ! est le premier ouvrage traduit en français de Park Bum-shin, un auteur coréen très populaire dans son pays, et il est réjouissant de pouvoir ainsi accéder à ce merveilleux roman d’une grande qualité littéraire et d’une portée universelle.

Le titre évoque ces pupitres où on inculque aux « élèves modèles » une certaine lecture du monde mais aussi le bureau de l’écrivain qui cherche, lui, à écrire ce monde en entremêlant imagination et réalité. Mais ce n’est pas sur les bancs de l’école ou du lycée, ni même de l’université que se comprend l’essentiel du monde : « comprendre la vie et la mort, cela suffit pour recevoir les signes universels dans la sombre cellule de la conscience de soi ». Cette compréhension intuitive, émotionnelle, dont s’éloigne l’homme mûr encombré de sa logique, résulte surtout de l’« étincelle », de la combinaison d’images dont certaines gisent dans notre inconscient. Une compréhension que Park Bum-shin nous fait brillamment entrevoir par son écriture car, dans ce roman tout en échos et résonances qui souvent nous renvoie à ces images que font naître les voix des grands écrivains, il juxtapose ou enchaîne une multitude de courts tableaux dans un va-et-vient de flashes ou un déroulement de films, faisant miroiter une magnifique langue métaphorique, une langue concrète n’excluant pas une saine crudité, qui recourt à toute une palette symbolique.

Tu ne mourras pas, Bénédicte Heim, Edmond Baudoin

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Arts, Les Contrebandiers

Tu ne mourras pas, 128 pages, 25 € . Ecrivain(s): Bénédicte Heim, Edmond Baudoin Edition: Les Contrebandiers

 

La rencontre. Le choc. La stupeur. L’éblouissement. Le lâcher-prise, jamais entièrement quitté par les difficultés. L’amour.

Livre après livre, Bénédicte Heim relate, avec une infinie délicatesse et une infinie précision, et une ferveur ardente devenue phrases, ce moment où les âmes, entrant en contact, au mépris de toutes les convenances, de l’attendu, font advenir ce feu qui les embrase, et les fait fondre suffisamment, pour que naisse de ce contact une seule âme, sans que jamais les deux morceaux qui la composent se voient voler une part de leur identité, de leur singularité.

Et cette façon qu’ont les deux âmes de s’embrasser au point de ne pouvoir décoller, l’une de l’autre, leurs lèvres, est toujours liée à une déflagration de la douceur et de la découverte. Et de l’envolée sur place. Au plus profond de l’autre.