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Critiques

Cent ans, Herbjorg Wassmo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, 10/18

Cent ans, traduit du norvégien par Luce Hinsch, 2013, 592 pages, 9,80 € . Ecrivain(s): Herbjørg Wassmo Edition: 10/18

 

Quelque part du côté de ces Tolstoï, ces Gogol, baignés de leur lumière unique, tout en haut de l’arbre littéraire. Ces livres qui portent à eux seuls toute la littérature, par la force des personnages, l’impeccable du rendu des lieux, et de l’Histoire en fond d’écran… Wassmo – lue autant que la Bible, en terre scandinave – est de ce terreau-là. Quand on la lit, le reste de la bibliothèque prend un coup de nuit polaire ; c’est comme ça !

Petite, en robe noire et cheveux blancs, souriante et sérieuse, lors de la récente Comédie du livre de Montpellier dont elle était « la » vedette, la dame du grand nord a posé ce qu’il fallait d’estime et d’encouragements pour les femmes – toutes, et sans doute surtout celles qui veulent tenir debout. Celles de ses romans-saga ; une Dina, une Tora ; toutes éclairées par ce soleil si particulier du Nord de la Norvège, au bord des lacs glacés. Dans Cent ans, ce sont les siennes, celles de sa famille, quatre générations en amont d’elle, Herbjorg, dont on assiste à la naissance dans les derniers mots du livre, comme une fin de passage de témoin.

Tant de larmes ont coulé depuis, Alfons Cervera

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, La Contre Allée

Tant de larmes ont coulé depuis (Tantas lágrimas han corrido desde entonces), traduit de l’espagnol par Georges Tyras, avril 2014, 224 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Alfons Cervera Edition: La Contre Allée

 

Voici le quatrième roman d’Alfons Cervera, l’écrivain valencien qui nous est offert, traduit en français par le fidèle et complice George Tyras. Après La couleur du crépuscule et Maquis à La fosse aux ours (premiers titres du cycle de la mémoire qui compte 5 romans), puis Ces vies-là à la Contre allée, voici Tant de larmes ont coulé depuis, Tantas lágrimas han corrido desde entonces, dernier titre publié outre Pyrénées (2012).

Le principal narrateur de ce roman – mais l’on serait tenté de mettre la catégorie « roman » entre guillemets – a émigré en France, à Orange, il y a des années et revient aujourd’hui à son village perdu dans la « Serranía valenciana », Los Yesares, pour l’enterrement de la mère de son ami Alfons. Le récit s’inscrit donc dans une certaine continuité avec le cycle de la mémoire et avec Ces vies-là, et mêle présent et passé, faits réels revisités ou réinventés, voix multiples… révélant et construisant une mémoire d’aujourd’hui sur les souvenirs du passé.

Les lois de la frontière, Javier Cercas

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Actes Sud

Les lois de la frontière, traduit de l’espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic, janvier 2014, 352 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Javier Cercas Edition: Actes Sud

 

Les zones de fluctuation

Un écrivain engagé par une maison d’édition doit écrire un livre sur un personnage controversé prénommé Zarco. Délinquant multirécidiviste et célèbre pour ses braquages dans les années 70, Zarco suscite dans l’inconscient collectif des habitants de Gérone une certaine ambivalence teintée d’admiration. Lui et sa bande parcourent la ville en commettant délit sur délit jusqu’à ce fameux été 1978 où la police met un terme à la survie de la bande. Mais Zarco n’a pas dit son dernier mot…

Marqué comme tout le monde par cet événement, l’écrivain entame une enquête et convoque les personnalités qui ont connu Zarco afin de recueillir leurs souvenirs sur la relation que ce dernier entretenait avec ses proches. Parmi les témoins comme l’ancien inspecteur de police qui avait connu la bande à l’apogée de sa violence, le directeur de la prison où Zarco avait exécuté sa peine, il va aussi rencontrer l’avocat qui avait défendu Zarco. Ce dernier était un des membres de la bande mais aussi un des plus proches amis de Zarco impliqués dans les braquages de l’été 1978.

Le Ciel identique, Stéphane Blok

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Campiche

Le Ciel identique, mars 2014, 125 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphane Blok Edition: Campiche

 

« C’est étrange de ne pas penser à ce que l’on fait ».

Tous les jours sont différents. Et pourtant. Tous les jours, on a des gestes, une façon de vivre, que l’on enregistre, que l’on ne pense plus et que l’on produit machinalement ou reproduit mécaniquement :

« Je ne pense en fait pas (ou très rarement) aux actions que j’effectue. Est-ce que cela change quelque chose de penser ou non aux actions que j’effectue ? (…) A tel point que je doute de me rendre réellement compte de la présence des autres autour de moi quand nous sommes à plusieurs. (…) Je ne vois pas vraiment ce que je vois, ni n’entends ce que j’entends. (…) … mû par mes plus anciens instincts – attention la voiture, la plaque est brûlante, la fille est désirable ».

Toutes ces petites choses, cumulées les unes aux autres, font de nous des « automates ». L’être humain vit sous un « ciel identique » : chacun d’entre nous se brosse les dents, remplit ses poubelles, éteint les plaques, allume son ordinateur, vérifie mille trucs avant de quitter son appartement, surtout avant un départ ou un voyage. Tics et tocs : « Ne surtout pas oublier la poubelle, le chargeur, le cash, les clefs, les cartes de crédit, le passeport ».

Sept années de bonheur, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Moyen Orient

Sept années de bonheur, traduit de l’anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 197 pages, 18 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Pour ceux que cela intéresse, voici un aspect curieux de ma pitoyable personnalité que j’ai appris à connaître avec les années : quand il s’agit de prendre un engagement, il existe une relation directe, inversement proportionnelle, entre la proximité dans le temps de ce à quoi on me demande de m’engager et ma disposition à le faire. C’est ainsi, par exemple, que je risque de répondre poliment non à une demande bien modeste de ma femme – “Tu me préparerais une tasse de thé, s’il te plaît ?” – alors que je suis prêt à accepter généreusement d’aller acheter des provisions le lendemain. Je me porte volontaire sans hésiter pour aider un parent éloigné à déménager, du moment que c’est dans un mois, et si le délai de grâce passe six mois, je serais prêt à me battre à mains nues contre un ours polaire. Le seul ennui – mais de taille – de ce trait de caractère, c’est que le temps passe inexorablement et qu’à la fin, quand on se retrouve tremblant de froid, au beau milieu de la toundra gelée en Arctique, nez à nez avec un ours à la fourrure blanche qui montre les dents, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu tout simplement dire non six mois plus tôt » (p.149).