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Critiques

Ailleurs simple, Cathy Garcia

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 07 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Ailleurs simple, Éditions Nouveaux Délits, illustrations Jean-Louis Millet . Ecrivain(s): Cathy Garcia

 

 

« A tous les voyageurs mobiles ou immobiles » avec, de ses propres mots : « un peu de rêve, d’étrange et d’étranger même » – Cathy Garcia signe avec Ailleurs simple un recueil de poèmes à siroter avec succulence, en vers libres et selon son rythme, en suivant ou non le fil anachronique des pages.

La couverture couleur d’argile annonce, si j’ose écrire, la couleur des textes, leurs paysages et leur style. On est en effet dans une poésie comme brute, animale, végétale, minérale, parcourue dans le sens inattendu du poil comme l’est souvent le contre-courant suivi par l’éditrice de la revue et du blog Nouveaux Délits. Une poésie sauvage.

L’identité malheureuse, Alain Finkielkraut

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres, Stock

L’identité malheureuse, octobre 2013, 240 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Finkielkraut Edition: Stock

 

Il faut lire le dernier ouvrage d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, paru aux éditions Stock en octobre 2013. Son parti pris est, que pour se faire une opinion personnelle, on a besoin d’être éclairé par d’autres et de prendre le temps de la réflexion pour problématiser le monde.

Alain Finkielkraut centre sa réflexion sur l’évolution du concept « d’identité » tel qu’il est envisagé en France aujourd’hui. Il apporte une vision toute personnelle en passant constamment de son histoire singulière où il dit « je » à une vision collective où il utilise le « nous » et le « on ».

Pour affermir sa démonstration, il cite des auteurs fondamentaux de la mémoire française, des auteurs étrangers, des auteurs d’origine juive, des auteurs de l’exil : Mandelstam, E. Badinter, Kant, Hegel, Lévi-Strauss, Goethe, Péguy, Levinas, Kundera, Valéry, Mandelstam, Proust, Diderot, Claudel, Pascal, Voltaire, Tocqueville, Hume, Molière, Montesquieu, Spinoza, Adorno, Arendt etc., qui se sont penchés sur ce thème avant lui. Arrive-t-il pour autant à nous convaincre ?

Baleine, Paul Gadenne

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Baleine, mars 2014, 34 pages, 10 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Actes Sud

 

Publié en 1949 dans la revue Empédocle par Albert Camus, Baleine fait partie du fonds Actes Sud depuis 1982 et vient d’être réédité fort opportunément dans la collection Les inépuisables.

Cette courte nouvelle de Paul Gadenne atteignant en tout point la perfection mérite en effet sans conteste de traverser le temps, et sa lecture ne peut qu’inciter le lecteur à découvrir – ou redécouvrir – l’œuvre essentiellement romanesque d’un grand écrivain malheureusement méconnu.

Baleine, c’est l’irruption du miracle dans le monde en décomposition de l’immédiat après-guerre marqué par l’horreur du « cataclysme européen » dans un monde privé d’espoir. Une histoire de foi et de rencontre avec l’autre, avec l’Autre. Une histoire d’Amour. Une révélation.

Un petit « cercle d’endormis » devise mollement, avachi dans les coussins d’un café enfumé et mal éclairé, « captif des velours et des soies », quand soudain une nouvelle rapportée par la gazette du coin secoue un instant cette torpeur : le cadavre d’une baleine blanche s’est échoué dans les sables à quelques kilomètres de là !

Los Angeles Nostalgie, Ry Cooder

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Nouvelles, 13ème note éditions

Los Angeles nostalgie (Los Angeles stories), Traduit (USA) par Ariane Bataille, 296 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Ry Cooder Edition: 13ème note éditions

 

Ryland Peter Cooder, ô combien mieux connu sous le nom de Ry Cooder, nous avait ébloui de son talent fabuleux de guitariste slide et de bluesman depuis la fin des années 60. Le voici dans un rôle d’écrivain, de nouvelliste, et le résultat est brillant.

Qu’on se rassure, Ry n’a pas oublié la musique. Elle est présente dans toutes les nouvelles de ce recueil. Sous toutes les formes – et Dieu sait qu’il y en a moult ! – qui le passionnent : le texmex, le blues, le jazz, le country. On croise à chaque coin des rues de LA des personnages rares, souvent déjantés, qui grattent pour des cachetons de misère, ou qui soufflent, ou qui poussent la chansonnette.

Le LA de Ry est celui qu’on attendait de lui et de ses convictions affichées « à gauche » (!) : c’est celui des pauvres, des ouvriers, des chicanos, des noirs, des paumés, des petits malfrats à la petite semaine. L.A. nostalgie compose un tableau bigarré et attachant de la Cité des Anges des années 50, celle de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett, des débuts du Rock and Roll, du règne du blues. Au détour d’une page, on rencontre John Lee Hooker, d’une autre page, TBone Walker. Et tant d’autres. Ry cooder rend hommage au berceau de son enfance.

L’envers du monde, Thomas B. Reverdy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 03 Avril 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Points

L’envers du monde, mars 2014, 242 p. 6,70 € . Ecrivain(s): Thomas B. Reverdy Edition: Points

L’envers du monde commence comme un roman policier. A New York, un jour d’été caniculaire de 2003, on découvre le cadavre d’un inconnu dans un trou de pompage du gigantesque chantier de Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre : un ouvrier arabe, si on en croit le badge qu’il porte sur son gilet orange, et sans doute un assassinat… L’inspecteur O’Molley mène son enquête. Une enquête qui au travers des héros va s’affirmer comme la quête identitaire d’un pays déboussolé, changé.

Thomas B. Reverdy recourt à la puissance symbolique de cette déflagration du 11 septembre qui a entamé cette image triomphante de l’Amérique reflétée par les hautes tours vitrées de Manhattan, une image grossie donnant la mesure quantitative et abstraite d’une nation dont la vérité n’avait rien à voir avec cette réalité qu’elle exhibait au monde et à elle-même. Vérité révélée par la disparition brutale des tours jumelles, qui naîtra de cette béance souterraine qu’on s’emploie à bétonner pour reconstruire une « tour de la liberté ». Avec une grande habileté, il répercute cette déflagration sur les héros-clé articulant son roman : Pete, l’ancien policier ayant participé aux secours qui fait visiter le site aux touristes, Candice, la serveuse dont le compagnon a disparu deux ans auparavant dans l’attentat, et Simon, un écrivain français venu de Paris pour écrire un livre sur le sujet. Trois héros à qui l’auteur offre à chacun une partie, le narrateur extérieur leur cédant brièvement la parole en leur sein.