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Critiques

Depuis que la samba est samba, Paulo Lins (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, La rentrée littéraire, Asphalte éditions

Depuis que la samba est samba, traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot, septembre 2014, 287 p. 22 € . Ecrivain(s): Paulo Lins Edition: Asphalte éditions

 

Née sur un terreau magique et malfamé, à la croisée des continents, des cultures et des religions, au cœur des années 20, la samba racontée par Paulo Lins prend la forme d’une femme, sourire aux lèvres, qui chaloupe au son de la cavaquinho, d’hommes qui frappent sur des assiettes, et lancent la jambe dans un cercle de capoeira, de familles qui festoient sous le regard bienveillant des esprits dans un terreiro, de malandros qui boivent un verre en guettant la police. Voilà ce qu’est la samba et bien plus encore.

Paulo Lins parvient à recréer pour son lecteur une époque lumineuse et complexe, un quartier qui irriguera toute la ville de Rio, puis tout le pays, de sa nouvelle musique comme d’un flux vital renouvelé, avec la puissance et la densité d’un roman naturaliste. Il donne corps aux artistes de cette renaissance : Ismaël Silva, l’ange chétif, compositeur et père de la samba, Bide, Bastos, Mario Reis, Baiaco, Francisco Alves, le grand chanteur qui permit que se diffuse la musique d’abord tant décriée… Associé à ces figures, se dessine tout un peuple du quartier réservé, de la pauvreté et de la spiritualité syncrétique de l’umbanda.

L’espion qui venait du livre, Luc Chomarat

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Rivages/noir

L’espion qui venait du livre, avril 2014, 188 pages, 7 € . Ecrivain(s): Luc Chomarat Edition: Rivages/noir

 

Minable resucée d’OSS 117, Bob Dumont est le héros récurrent des livres de John Davis et, accessoirement, celui qui permet aux éditions Delafeuille de garder la tête hors de l’eau. Mais après des décennies de bons et loyaux services, Dumont est définitivement has been et John Davis de plus en plus mauvais. C’est pourquoi, afin de tenter de sauver sa maison d’édition mise sous la tutelle d’un jeune conseiller issu d’une école de commerce, Delafeuille décide de pénétrer dans le dernier ouvrage de Davis afin de conseiller directement Bob Dumont.

Entre mise en abyme et pastiche de roman d’espionnage, on pense bien entendu en lisant L’espion qui venait du livre au Magnifique de Philippe de Broca ou à Last Action Hero de John McTiernan pour le cinéma, ou encore, par certains aspects, côté littérature, au Adios Shéhérazade de Donald Westlake. Si, en trame de fond se dessine un portrait bien peu flatteur et très pessimiste du devenir du milieu de l’édition, c’est avant tout le côté très loufoque du roman que l’on retiendra ; les tentatives vouées à l’échec de Delafeuille pour faire évoluer le monolithique Dumont et son auteur notamment. Comme lorsque, dans un des premiers chapitres, l’éditeur infiltré dans une scène se déroulant à Singapour essaye de convaincre Dumont/Davis d’abandonner les qualificatifs racistes.

L’idiot du palais, Bruno Deniel-Laurent

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Table Ronde

L’idiot du palais, août 2014, 140 pages, 16 € . Ecrivain(s): Bruno Deniel-Laurent Edition: La Table Ronde

 

Ce court roman traite de façon crue des rapports de force entre les nantis et ceux qui n’ont rien.

Certes la toute-puissance de l’argent n’est pas spécifique de notre époque, mais l’auteur nous introduit dans ces kystes modernes d’omnipotence qui ont tendance à s’incruster un peu partout, à se généraliser, à se mondialiser par-delà toute forme de frontière.

En l’occurrence, on dénonce ici, en usant évidemment du filtre fictionnel, l’installation en toute légalité, en France par exemple, de nababs venus d’ailleurs, qui rachètent de luxueux hôtels particuliers où ils entretiennent en permanence, pour les y accueillir dignement lors de leurs séjours plus ou moins brefs dans l’hexagone, un régiment de domestiques recrutés aux quatre coins du monde, sur lesquels règnent en maîtres absolus les régisseurs de ces maisons, closes aux regards et aux intrusions, dont l’auteur décrit les rouages d’une organisation et d’une vie quotidienne échappant aux lois de la République.

Blond cendré, Éric Paradisi

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Blond cendré, septembre 2014, 249 pages, 18 € . Ecrivain(s): Éric Paradisi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Le roman d’Eric Paradisi met en scène deux personnages au temps de l’Italie fasciste : Maurizio est coiffeur dans le ghetto de Rome, Alba est une militante, elle transmet des messages de la Résistance au péril de sa vie. Ils se rencontrent à Rome et tombent amoureux l’un de l’autre. Les autorités allemandes décident la déportation des Juifs italiens, par le biais de rafles organisées à grande échelle. Maurizio est déporté à Auschwitz ; il survit en devenant coiffeur, le barbier de sa baraque. Il se souvient d’Alba, de la couleur de ses cheveux, le blond cendré, dont il a conservé une mèche. Au retour des camps, Maurizio décide d’émigrer vers l’Argentine en 1948, pour tenter de fuir l’Europe, meurtrie par la guerre, n’ayant pas encore mesuré toute la dimension spécifique et unique de la Shoah.

Pourtant, Maurizio s’applique à exercer correctement son métier, ce qu’il parvient excellemment à faire, se constituant une clientèle fidèle qui fait prospérer son salon. Il perpétue l’amour de cette femme, Alba, et repense à ce qu’aurait pu être sa vie avec Alba :

Le Complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 30 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire, Zulma

Le Complexe d’Eden Bellwether, traduit de l’anglais par Renaud Morin, août 2014, 497 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Benjamin Wood Edition: Zulma

« La vérité est la torche qui luit dans le brouillard sans le dissiper » (Helvétius)

 

Ici, ce qui capte le lecteur sur presque cinq cents pages, ce n’est pas tant l’histoire elle-même, bien qu’elle soit absolument digne d’intérêt, mais bien l’art de l’auteur de lui donner une tension et un souffle vraiment très particuliers, et quand on sait que c’est un premier roman, on ne peut que saluer la prouesse. La plume de Benjamin Wood nous promène toujours sur le fil du rasoir, dans ce qui pourrait être un thriller cérébral, dans une ambiance qui frôle parfois le gothique, mais sans jamais basculer dedans.

Bien que l’intrigue prenne place à Cambridge en juin 2003, l’ensemble du roman semble légèrement teinté de sépia, sans qu’il ne sente pour autant la poussière. Il y a bien sûr en fond de décor l’illustre université, beaucoup de livres et une maison de retraite et puis, il y a la musique aussi, musique de chambre ou de chapelle, et l’instrument central du roman, presque un personnage à lui tout seul : l’orgue. Un orgue qui va servir à des rituels bien étranges, et peut-être même dangereux…