Identification

Critiques

Jeux, Dominique de Rivaz

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Récits, Editions Zoe

Jeux, février 2014, 142 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Dominique de Rivaz Edition: Editions Zoe

 

Décrivons d’abord l’objet : un livre au format atypique, horizontal si l’on peut dire, du beau papier et quelques phrases, parfois une phrase, par page. Il faut une grosse vingtaine de minutes (à une vitesse normale, sans qu’on se prononce sur le concept de normalité en la matière) pour lire Jeux. Mais le livre est loin d’être épuisé après cette première lecture. C’est l’impression de concentration de qualité, de prose poétique et de choix méticuleux de chaque mot qui ressort de la plupart des pages. L’impression aussi qu’il y a des connexions entre différentes pages, que c’est tout de même une espèce d’histoire qu’on nous donne. La relecture permet de savourer ces sens cachés (ou de les laisser intacts) et d’extrapoler seul. Elle permet aussi d’apprécier cette économie du langage et ce travail sur le texte court, sur la densité du sens inversement proportionnelle au nombre de phrases.

Cela tourne autour d’un même lieu : un square d’une ville. L’auteur nous donne quelques fragments de scènes de vie ayant lieu autour ou dans ce square, des pensées de personnes habitant autour de ce square (ou peut-être pas d’ailleurs). Le plus souvent, nous sommes en présence de textes forts et bien affûtés :

Théorie de la vilaine petite fille, Hubert Haddad

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 04 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Zulma

Théorie de la vilaine petite fille, janvier 2014, 400 pages, 20 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

Hydesville, comté de Monroe, mars 1848.

« Le soleil du crépuscule illuminait l’escalier à travers les fenêtres de l’étage. Assise sur une marche de bois cru, Kate observait la poussière. Celle-ci voletait à l’intérieur d’une lance de cristal comme suspendue au travers de la maison. Fascinée elle retenait son souffle. Chaque grain avait l’air de suivre une trajectoire bien à lui, dans la compagnie dansante de ses infimes voisins et il y en avait des milliers, des millions, davantage que d’étoiles fixes ou filantes par les nuits sans lune ».

Kate Fox a onze ans, l’âge des rêves et des histoires que l’on se raconte le soir pour jouer à se faire peur, pour oublier pêle-mêle le décès d’un jeune frère, celui de sa vieille chienne, la maison délabrée où l’on vient d’emménager et qui a la réputation chez les fermiers alentour d’être hantée. Kate est somnambule, dialogue avec Mister Splitfoot, l’esprit « frappeur » de la maison, convainc sa sœur Maggie de son existence, ainsi que sa mère et enfin sa sœur Leah, de vingt ans plus âgée, qui va flairer rapidement tout le potentiel commercial d’un don surnaturel.

Que ton règne vienne, Xavier de Moulins

Ecrit par Gilles Brancati , le Mardi, 04 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Que ton règne vienne, février 2014, 220 pages, 18 € . Ecrivain(s): Xavier de Moulins Edition: Jean-Claude Lattès

 

 

Saint-Exupéry disait qu’un livre est achevé quand il n’y a plus rien à retirer. Xavier de Moulins a parfaitement réussi cet exercice et nous propose un roman sobre sans être dépouillé. Ses phrases courtes donnent le rythme qui convient à l’histoire qu’il nous raconte et dans laquelle il nous entraîne. Il y a de très belles pages comme la 155. C’est l’histoire de gens ordinaires, sans pathos, sans fioritures inutiles, sans surcharge. Ce qui leur arrive pourrait nous arriver et pourtant on n’a pas envie de lâcher, on s’y attache. L’alternance des chapitres datés font passer du présent, date de la reconstruction de Paul, à son passé et aux évènements qui l’ont conduit à sa dégringolade. Jusqu’à la page 150 on attend, on espère un basculement, une tragédie, enfin un de ces rebondissements qui relance. Il viendra. On le pressent, puis on se dit que non, puis finalement, que si, c’était bien ça. La construction est donc réussie.

Pucelles à vendre, Londres 1885, William Thomas Stead

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 04 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Récits, Alma Editeur

Pucelles à vendre, Londres 1885, 294 pages, octobre 2013, 22 € . Ecrivain(s): William Thomas Stead Edition: Alma Editeur

 

Pucelles à vendre est un livre singulier. Le titre tout d’abord, un titre accrocheur qui laisserait supposer que le texte est consacré à des scènes plus ou moins érotiques pour des lecteurs en mal de sensations ou en déficit amoureux… Il n’en est rien et les contempteurs d’une sexualité débridée ou les adeptes de la « moraline » seront déçus. Ce livre voulait justement aller contre une immoralité qui, à Londres, fit des ravages chez les jeunes filles, ou pire, chez les adolescentes. Qu’on en juge…

Si la prostitution a toujours existé, certains ont semble-t-il affiné leurs désirs en matière sexuelle, la prostitution « classique » ne parvenant plus à les satisfaire. On se tourne donc vers les femmes les plus jeunes, autrement dit les adolescentes, qu’on exige vierges. Et c’est là tout le scandale, puisqu’à une demande il faut répondre, on allait donc fournir des vierges à ces hommes exigeants et dotés d’un réel « pouvoir d’achat ».

Lautréamont, Marcelin Pleynet

Ecrit par Alhama Garcia , le Lundi, 03 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Gallimard

Lautréamont, Gallimard Collection Tel, juin 2013, 224 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marcelin Pleynet Edition: Gallimard

 

Se pourrait-il que parmi les lecteurs de La Cause Littéraire, certains osent avouer n’avoir jamais lu Lautréamont ? Le jeune âge fait beaucoup pardonner, mais il y a des limites à la magnanimité, à la patience… juste avant le désespoir.

Cette réédition de l’ouvrage de 1967 (collection Ecrivains de toujours) de Marcelin Pleynet éclaire un texte quelque peu obscurci (paradoxal, non ?) par des travaux de linguistique fort intéressants par ailleurs mais qui ne satisfont guère l’amateur de poétique (et de poésie). Il règle le sort de l’apport de la biographie, à peine plus riche que celle d’Archiloque ; et par des approches successives d’abondantes citations, nous présente les rares problématiques qui restent ontologiquement, pourrait-on dire, attachées au texte. Un des intérêts majeurs de son travail de 67 (et il l’est toujours) est le rapprochement entre les Chants et les Poésies, les deux textes se répondant par diverses passerelles.