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Critiques

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson

Ecrit par Gilles Brancati , le Jeudi, 23 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Gallimard

S’abandonner à vivre, janvier 2014, 221 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Gallimard

 

Si on choisissait son livre à partir de la 4e de couverture et si on s’en tenait là, on hésiterait à choisir celui-ci. Que dit-elle cette 4e : « … soit on lutte … soit on s’abandonne à vivre … ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs… Et ils auraient mieux fait de rester au lit ». La presse poursuit dans ce sens qui dit : « Sylvain tesson invite au laisser-aller dans un recueil de nouvelles… de l’aventure, du voyage, des sentiments : la recette Tesson met en appétit pour la nouvelle année ».

Au vu de ces commentaires, il y aurait de quoi s’attendre à des récits de classe B, mais comme c’est du Sylvain Tesson il faut aller plus avant et ne pas croire des chroniqueurs qui n’ont fait qu’aménager la 4e de chez Gallimard.

Le chroniqueur ici s'est demandé comment présenter le livre sans parler de chacune des nouvelles, ce qui serait à coup sûr ennuyeux. C’est qu'il y a trouvé bien autre chose que de simples historiettes « sur des personnages qui auraient mieux fait de rester chez eux », et tant pis s'il a un peu intellectualisé les choses, ce recueil le mérite.

Mon Prochain, Gaëlle Obiégly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Roman, Récits, Verticales

Mon Prochain, septembre 2013, 185 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Gaelle Obiégly Edition: Verticales

 

Difficile de résumer Mon Prochain qui n’est pas plus un récit autobiographique, ni même à proprement parler un journal intime, qu’un roman, même si la narratrice, « écrivaine » se dédoublant parfois avec « [son] amie Gaëlle », semble l’alter ego de l’auteure.

Gaëlle Obiégly, s’affranchissant des genres littéraires comme de la chronologie, a construit en effet un étrange texte éclaté procédant par associations, ricochant d’un fragment à l’autre, dans lequel elle entremêle de multiples petites expériences prétextes à des ébauches de fictions possibles dont une seule, l’histoire de pinceloup, sera vraiment développée sur plusieurs chapitres mais de manière aléatoire et désordonnée. Des expériences faisant aussi surgir des souvenirs et naître des réflexions.

Gaëlle Obiégly explore notre monde au travers des perceptions de sa narratrice qui l’observe sans a priori, avec l’attention ingénue d’un enfant et une totale disponibilité. Elle se laisse ainsi dériver, s’abandonnant à ses sensations, à l’écoute de ce que lui dictent les choses, et des idées qui se forment sur son chemin. Une errance qui, au gré de son imagination, la conduit de Paris à Los Angeles, à Dublin ou en Turquie, et la fait divaguer dans l’espace mais aussi dans le temps.

Plein hiver, Hélène Gaudy

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Plein hiver, janvier 2014, 200 pages, 20 € . Ecrivain(s): Hélène Gaudy Edition: Actes Sud

 

Oh ! certes ! il y a de vraies solitudes. Des vies qui laissent indifférents tous les autres humains. Des êtres dont personne ne s’aperçoit qu’ils ne sont plus là. D’ailleurs, dans le roman d’Hélène Gaudy, Plein hiver, il y a un cas de ce genre ; à peu près. Il s’appelle Prince Buchanan. Mais même ainsi à l’écart de tous, dans cette maison qu’il « avait construite lui-même, rondin par rondin, sans demander l’aide de personne », Prince Buchanan n’est pas complètement ignoré. Quelques-uns des adolescents de Lisbon lui rendent volontiers visite ; pour se distraire d’un quotidien morne, il est vrai. (Et lorsqu’un de ces jeunes, David Horn, disparaît, qu’on se retrouve sans le moindre commencement d’une explication, on suspecte aussitôt… Buchanan.)

Lisbon ? David Horn ? C’est vrai ; reprenons dans l’ordre – un certain ordre – des faits extrêmement et vertigineusement emmêlés dans le roman. Lisbon, David Horn, ce sont là les trois mots à retenir, des noms qui reviennent sans cesse tout le long du roman. Les tout premiers mots du roman sont les suivants : « David revenu à Lisbon ». Comme un télégramme, jadis. (L’époque où se situe le roman n’est pas explicitement indiquée, mais il est une fois question de mail et d’Al-Qaïda.) Lisbon donc, c’est le lieu. Un de ces lieux dont on se demande, en les traversant en voiture, ce qui peut expliquer que des êtres y demeurent.

Duel dans la vallée, Guillaume Guéraud et Thomas Baas

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Duel dans la vallée, janvier 2014, Sarbacane, 64 pages, 6,95 €. . Ecrivain(s): Guillaume Guéraud et Thomas Baas

 

 

Après avoir exploré la comédie sentimentale, les histoires de monstres et autres mutants, le monde des gangsters, la décoiffante collection « Série B » chez Sarbacane sous l’égide de Guillaume Guéraud, se consacre au genre du western auquel elle rend un hommage plein de références et d’irrévérences, ambiance Anthony Mann et spaghetti de choix.

Dans ce court et efficace récit illustré, on ne fait pas dans la dentelle de Calais mais dans le colt chatouilleur : on dégaine plus vite qu’on ne bat des cils, on répand, dans des « cabrioles » spectaculaires, des litres de sang vite évaporé sur le sol brûlant, on pend de vieux Apaches tout ridés mais pas manchots. Les méchants y sont vraiment méchants, les badauds curieux et sans pitié, le croque-mort dégingandé et pince-sans-rire, les Peaux-Rouges des boucs-émissaires tout trouvés.

Feu pour feu, Carole Zalberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 21 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Feu pour feu. Actes Sud/un endroit où aller janvier 2014. 72 p. 11,50 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Actes Sud

Ce tout petit livre n’a guère besoin d’un mot de plus. Nous sommes là dans un exemple de l’économie littéraire : tout est dit – et comment – dans un souci de ciselure parfaite de la narration. Un petit bijou.

Mais dont les éclats font mal, aux yeux, au cœur, à l’esprit. Ce court roman est un choc dont l’onde se prolongera longtemps dans la mémoire du lecteur. Tragédie d’une vie arrachée – en apparence - à la mort mais qui restera frappée à jamais du sceau de la tragédie. Un père et sa fille. Il l’a sauvée au milieu des flammes de l’enfer de la guerre civile, tribale. Il l’a ramenée sur son dos, pour un interminable voyage, « comme un petit crabe se desséchant rivé à son rocher » vers la sécurité de la civilisation. De la Terre Noire au Continent Blanc. Plus qu’un voyage, une odyssée improbable, rendue possible par la force d’un père qui rêve pour sa fille d’un avenir meilleur.

La narration est à la première personne du singulier. Elle s’étire comme une longue phrase intérieure, adressée à la fille – pour elle ? Pour soi ? – pour exorciser en tout cas  la part d’ombre que porte le père. Ce « je » expulse l’horreur d’autrefois mais aussi (surtout) celle d’aujourd’hui car le Feu de l’enfer d’hier devient le Feu d’un autre enfer, celui d’aujourd’hui. Comme dans une boucle fatale, la marque de la douleur ne peut – et c’est le cœur du roman de Carole Zalberg – que produire de nouveau la douleur, encore et encore, dans un cycle frappé du sceau du fatum, de la tragédie.