Identification

Critiques

Terre-Dragon, Tome 1 : Le souffle des pierres, Erik L’Homme

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 03 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Terre-Dragon, Tome 1 : Le souffle des pierres, août 2014, 256 pages, 10,90 € . Ecrivain(s): Erik L’Homme Edition: Gallimard Jeunesse

 

Voilà qui inaugure bien cette nouvelle trilogie d’Erik L’Homme. Ce premier tome, palpitant d’aventures, donne envie de connaître sans tarder la suite de cette histoire, qui semble dotée d’une vraie originalité, dans la veine pourtant bien exploitée déjà de l’héroic fantasy.

Tout se déroule ici en Terre-Dragon. Une contrée fantastique entourée de montagnes et traversée par un étrange fleuve métallique, sur lequel ne peuvent naviguer que des bateaux de pierre, et cela uniquement dans le sens du courant. Cette contrée et ce fleuve sont honorés par le long poème épique d’un scalde, sorte de barde de temps plus anciens encore, nommé Rosk-le-Borgne. Un poème connu de tous et qui entrera régulièrement en résonance avec le fil de l’histoire. Dans une atmosphère plutôt sombre de paganisme magique, où plusieurs clans se côtoient sous la tutelle d’un énigmatique Roi-Dragon que personne n’a jamais vu, nous ferons la connaissance d’un jeune garçon revêtu d’une peau d’ours, au moment où celui-ci s’évade d’une cage, dans laquelle les Naatfarirs, qui avaient également tué ses parents, le gardaient inexplicablement prisonnier depuis des années.

Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Une constellation de phénomènes vitaux (A constellation of vital phenomena). Traduction de l'américain Dominique Defert Août 2014. 444 p. 22 € . Ecrivain(s): Anthony Marra Edition: Jean-Claude Lattès

 

Dans le fatras de rentrée, d’une qualité très inégale, il y a des trésors inattendus. Ce livre en est assurément un des plus beaux. Roman au grand souffle, qui rappelle les sagas célèbres, « Une constellation de phénomènes vitaux » captive et fascine, bien après sa lecture encore. La vie, l’amitié, la mort, la lâcheté, l’ignominie, l’amour en temps de guerre. On a connu aux USA, en Russie, en Espagne à travers la littérature. La Tchétchénie manquait et ce livre élève une ode à ce pays martyr – ne finissant jamais le cercle infernal d’une guerre à l’autre.

Quelle virtuosité dans ce roman ! L’histoire des quelques personnages se passe sur un jeu en abymes de temporalité. La narration première s’étend sur 5 journées d’Akhmed, Sonja, Havaa, et quelques autres – perdus dans les couloirs de l’hôpital N°6, sorte de navire fantôme abandonné de la plupart de ses occupants (il reste 3 membres du personnel sur plusieurs centaines !), sauf les blessés qui affluent en permanence, estropiés, explosés, déchiquetés. Sonja est la seule médecin compétente dans ce radeau de la Méduse, amputant, cousant, courant. L’hôpital N°6 comme métaphore d’un pays, d’un monde qui disparaît, s’efface, ne subsiste plus que par le souvenir de ses habitants.

Depuis que la samba est samba, Paulo Lins (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, La rentrée littéraire, Asphalte éditions

Depuis que la samba est samba, traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot, septembre 2014, 287 p. 22 € . Ecrivain(s): Paulo Lins Edition: Asphalte éditions

 

Née sur un terreau magique et malfamé, à la croisée des continents, des cultures et des religions, au cœur des années 20, la samba racontée par Paulo Lins prend la forme d’une femme, sourire aux lèvres, qui chaloupe au son de la cavaquinho, d’hommes qui frappent sur des assiettes, et lancent la jambe dans un cercle de capoeira, de familles qui festoient sous le regard bienveillant des esprits dans un terreiro, de malandros qui boivent un verre en guettant la police. Voilà ce qu’est la samba et bien plus encore.

Paulo Lins parvient à recréer pour son lecteur une époque lumineuse et complexe, un quartier qui irriguera toute la ville de Rio, puis tout le pays, de sa nouvelle musique comme d’un flux vital renouvelé, avec la puissance et la densité d’un roman naturaliste. Il donne corps aux artistes de cette renaissance : Ismaël Silva, l’ange chétif, compositeur et père de la samba, Bide, Bastos, Mario Reis, Baiaco, Francisco Alves, le grand chanteur qui permit que se diffuse la musique d’abord tant décriée… Associé à ces figures, se dessine tout un peuple du quartier réservé, de la pauvreté et de la spiritualité syncrétique de l’umbanda.

L’espion qui venait du livre, Luc Chomarat

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 02 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman, Rivages/noir

L’espion qui venait du livre, avril 2014, 188 pages, 7 € . Ecrivain(s): Luc Chomarat Edition: Rivages/noir

 

Minable resucée d’OSS 117, Bob Dumont est le héros récurrent des livres de John Davis et, accessoirement, celui qui permet aux éditions Delafeuille de garder la tête hors de l’eau. Mais après des décennies de bons et loyaux services, Dumont est définitivement has been et John Davis de plus en plus mauvais. C’est pourquoi, afin de tenter de sauver sa maison d’édition mise sous la tutelle d’un jeune conseiller issu d’une école de commerce, Delafeuille décide de pénétrer dans le dernier ouvrage de Davis afin de conseiller directement Bob Dumont.

Entre mise en abyme et pastiche de roman d’espionnage, on pense bien entendu en lisant L’espion qui venait du livre au Magnifique de Philippe de Broca ou à Last Action Hero de John McTiernan pour le cinéma, ou encore, par certains aspects, côté littérature, au Adios Shéhérazade de Donald Westlake. Si, en trame de fond se dessine un portrait bien peu flatteur et très pessimiste du devenir du milieu de l’édition, c’est avant tout le côté très loufoque du roman que l’on retiendra ; les tentatives vouées à l’échec de Delafeuille pour faire évoluer le monolithique Dumont et son auteur notamment. Comme lorsque, dans un des premiers chapitres, l’éditeur infiltré dans une scène se déroulant à Singapour essaye de convaincre Dumont/Davis d’abandonner les qualificatifs racistes.

L’idiot du palais, Bruno Deniel-Laurent

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 01 Octobre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Table Ronde

L’idiot du palais, août 2014, 140 pages, 16 € . Ecrivain(s): Bruno Deniel-Laurent Edition: La Table Ronde

 

Ce court roman traite de façon crue des rapports de force entre les nantis et ceux qui n’ont rien.

Certes la toute-puissance de l’argent n’est pas spécifique de notre époque, mais l’auteur nous introduit dans ces kystes modernes d’omnipotence qui ont tendance à s’incruster un peu partout, à se généraliser, à se mondialiser par-delà toute forme de frontière.

En l’occurrence, on dénonce ici, en usant évidemment du filtre fictionnel, l’installation en toute légalité, en France par exemple, de nababs venus d’ailleurs, qui rachètent de luxueux hôtels particuliers où ils entretiennent en permanence, pour les y accueillir dignement lors de leurs séjours plus ou moins brefs dans l’hexagone, un régiment de domestiques recrutés aux quatre coins du monde, sur lesquels règnent en maîtres absolus les régisseurs de ces maisons, closes aux regards et aux intrusions, dont l’auteur décrit les rouages d’une organisation et d’une vie quotidienne échappant aux lois de la République.