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Critiques

Bienvenue à Mariposa, Stephen Leacock

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 01 Décembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Canada anglophone, Wombat

Bienvenue à Mariposa, octobre 2014, traduit de l’anglais (Canada) par Thierry Beauchamp, graphisme, illustration et postface de Seth, 288 pages, 29 € . Ecrivain(s): Stephen Leacock Edition: Wombat

 

Une couverture or, orange, blanche et noire recouvre un volume épais. L’œil est attiré. Elle représente une ville stylisée. Vous voilà au cœur de Mariposa, une ville fictive de l’Ontario, au début du XXe siècle. La main saisit puis ouvre le livre : bienvenue dans l’univers de Stephen Leacok et de ses personnages, citoyens d’une bourgade impayable, touchante et loufoque, à la fois, hors du temps et bien de son temps.

« Par exemple, je suis certain que Billy Rawson, le télégraphiste de Mariposa, aurait facilement pu découvrir le radium. Dans le même ordre d’idées, il suffit de lire les annonces nécrologiques de M. Gingham, l’entrepreneur de pompes funèbres, pour savoir que le poète qui sommeille toujours en lui aurait pu écrire des vers sur la mort beaucoup plus intéressants que ceux de La Thanatopsis de Cullen Bryant, et qu’il aurait choisi un titre moins susceptible de choquer les mœurs des lecteurs. C’est lui-même qui me l’a confié ».

La disparition du nombril, Émilie de Turckheim

Ecrit par Pauline Fouillet , le Samedi, 29 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

La disparition du nombril, octobre 2014, 224 pages, 18,00 € . Ecrivain(s): Emilie de Turckheim Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Est-ce un état de grossesse qui fait adorer ce livre ou est-ce l’auteur qui est pourvu de cette écriture simple et franche qui amène sans faille le lecteur dans son monde ?

En toute objectivité, on pencherait pour la seconde option considérant que la première serait plutôt un surplus d’émotions et de connectivité entre le personnage et le lecteur.

C’est sous la forme d’un journal que l’auteur a décidé de nous faire vivre la seconde grossesse et les 9 mois qui vont avec. Les chapitres, ou plutôt passages journaliers, sont courts et rythmés. A chaque journée correspond son événement, sa réflexion, son avancée personnelle… à deux. Les phrases, les mots, les développements sont incisifs et donnent envie de savoir, d’aller plus loin, de partager avec les autres, avec Émilie. L’écriture est lumineuse et entraînante, on vit à travers elle. Le récit se fait de plus en plus intime, car outre sa grossesse physique et mentale, Émilie de Turckheim nous fait entrer également dans sa vie entière. Celle de son passé, de ses amis, de sa famille, de sa création littéraire.

Rivages intimes, Thierry Radière & Marc Decros

Ecrit par Vincent Motard-Avargues , le Samedi, 29 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Arts

Rivages intimes, octobre 2014, 96 pages, 22 € . Ecrivain(s): Thierry Radière & Marc Decros

 

Un couple s’aime. Jusque là, rien de bien exceptionnel, rare. Mais ce couple écrit. On en connaît d’autres, et certains prestigieux.

Pourtant, ce couple a ceci de particulier que, si l’un est publié, l’autre ne l’est pas, ne le souhaite pas vraiment, même si, même si… elle en rêve, ne croit pas tout à fait que cela lui soit possible, que son écriture touche l’autre, le lecteur, le vrai lecteur, pas celui, passager, qui feuillette par instants, volage, léger ; non, le lecteur assidu, gourmand, vorace, qui ne se contente pas de mets ordinaires, attend un goût de révolution lettrée. Élitisme ? Non, exigence… de soi, surtout. Elle veut atteindre la surface de son rêve, pas nager sous la ligne de l’ordinaire.

Et lui, qui est publié, faisant sciemment fi de ces mêmes réflexions ; lui, tente de toutes ses forces, c’est-à-dire avec une insistante discrétion, de démontrer à sa femme que le style, en littérature, la grandeur du style tient plus en l’authenticité de l’auteur, qu’en sa manière d’appuyer une attitude formelle.

La Variation lexicale des français, Dictionnaires, bases de données, corpus, Hommage à Claude Poirier

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 28 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions Honoré Champion

La Variation lexicale des français, Dictionnaires, bases de données, corpus, Hommage à Claude Poirier, Annick Farina et Valeria Zotti (dir.), août 2014, 368 pages, 60 € Edition: Editions Honoré Champion

Nous tous qui nous passionnons pour la langue française, dans la « pluralité » qui en est le suc, le sang, dans la « diversité » qui constitue l’entrelacs de ses nerfs, que nous soyons lexicologues, métalexicographes, lexicographes, ou simples amoureux de la richesse ontologique d’une langue qui nous a permis de naître à nous-mêmes…, nous toutes, nous tous, nous demeurons des élèves… – l’étymologie de ce dernier terme, en tant que déverbal d’élever, « faire monter plus haut », n’est pas sans noblesse –, des élèves de Claude Poirier, promoteur sans relâche de la connaissance de la variation linguistique francophone.

En effet, la « variation lexicale du français » est le thème-clef auquel plus que tout autre Claude Poirier aura apporté sa dimension. Ce linguiste peut être considéré comme un précurseur dans la diffusion de la connaissance de la variation linguistique francophone et dans la promotion de cette variation. Au point d’imposer le pluriel à la langue française, l’observation scientifique des français ne pouvant plus, grâce à ses recherches, être ignorée. C’est le thème de cet ouvrage à plusieurs voix, bel hommage rendu.

Demain Berlin, Oscar Coop-Phane

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 28 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Demain Berlin, coll. La petite vermillon, préface de Frédéric Beigbeder, septembre 2014, 163 pages, 7,10 € . Ecrivain(s): Oscar Coop-Phane Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Le moteur de Demain Berlin tourne à plein régime à la page 66, quand l’auteur écrit :

Qu’allait-il faire maintenant que ses habitudes étaient bien empilées tout autour de lui ? Devait-il se contenter de les regarder, tous ces petits gestes indépendants, si indépendants qu’ils se déplaçaient tout seuls, comme des bestioles motorisées, sans qu’il ait besoin de les conduire ? Il les avait si bien polies, il les avait serrées si fort entre ses paumes, qu’elles étaient comme hors de lui toutes ces petites habitudes de vie. L’enthousiasme du rituel que l’on crée décapité par la tristesse de l’habitude. Et, au milieu de toute cette viande sale, Tobias s’ennuyait.

Cet extrait résume la course éperdue que mènent les trois adolescents Tobias, Franz et Armand, jeunes paumés épris d’absolu, en lutte contre la routine quotidienne dont le lecteur suit les dérives et les déceptions au long de la première partie, L’éloignement des peines. Ils semblent en effet tout tenter pour sortir de cette fuite en avant qui les emporte toujours plus loin au-delà de leurs désirs, écorchés / blessés / insatiables épris de Liberté.