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Eclats éphémères, Christophe Vallée

Ecrit par Patryck Froissart 01.11.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Ipagination, Essais

Eclats éphémères, mai 2016, 111 pages, 12,90 €

Ecrivain(s): Christophe Vallée Edition: Ipagination

Eclats éphémères, Christophe Vallée

 

Cet ouvrage du philosophe Christophe Vallée inaugure la collection Savoirs que lancent les Editions iPagination et qui vient compléter une palette déjà riche de genres littéraires (romans d’amour, nouvelles, poésie, polar, science-fiction, fantastique…).

L’ouvrage se présente comme une compilation de quarante courts articles développant chacun une notion, comme une sorte de dictionnaire philosophique comportant quarante entrées. On peut considérer les deux premières entrées (Le signe et La philosophie), comme une association de concepts formant la clé qui ouvre les textes qui suivent.

Christophe Vallée, en effet, dans chacun des articles, part du signe, de cette part du signe qui constitue le signifiant, pour cheminer, par le canal d’un discours philosophique qu’on peut tenir pour clair et éclairant, tant pour les familiers du genre que pour les néophytes, vers le signifié, ou plutôt vers un possible signifié. En ce sens, l’auteur se présente comme un lampadophore qui guide le lecteur consentant vers une lumière, ou vers des lumières, vers une vérité qui n’est toutefois jamais affirmée comme étant LA vérité.

Fondamentalement, chaque entrée est modestement une introduction, une invitation, une amorce de réflexion, une piste vers une recherche de sens, une petite lueur, un « éclat éphémère », une étincelle qu’il appartient au lecteur de transmuer en une flamme vivace. Les thèmes s’enfilent logiquement, l’un induisant l’autre, et se répondent, se complètent, correspondent, même lorsqu’ils ne sont pas consécutifs dans l’espace livresque. Ainsi L’instrument appelle L’outil, sur quoi l’auteur enchaîne bien des pages plus loin avec L’appareil, à quoi fait écho plus loin encore La machine, selon un plan défini initialement.

Un même objet technique peut être défini par plusieurs termes : un appareil électroménager peut s’appeler une machine. […] Un avion est un appareil pour le pilote, une machine pour le mécanicien, et le navigateur a affaire à des instruments de bord…

Ainsi encore, La philosophie est en réseau avec La caverne, article qui est lui-même en relation avec Les lumières, mais aussi avec Apparence, et encore avec Interprétation, et, plus loin, avec L’imaginaire.

Sur la piste de ce jeu fléché subtil auquel se livre implicitement notre philosophe, l’esprit du lecteur est aiguillé, conduit à tisser, à filer, à (se) faufiler. Au « fil » des pages, peut-on dire pour « filer » la métaphore, se dessine un patron, un modèle. On est là dans la confection tranquille, point après point, d’une façon philosophique globale. Mais si c’est du cousu main, ce n’est pas de la petite main. On est d’évidence dans la haute couture. La construction de l’ouvrage transgresse les limites de la simple réflexion intellectuelle, de l’intériorité. Christophe Vallée s’évade, vagabonde, re-situe sa pensée dans les espaces qu’il a traversés et dans les temps qu’il a vécus, et traverse l’intertexte.

Les articles L’écriture, L’imaginaire et Comme si, font ainsi référence à la littérarité de l’île Maurice, où Christophe Vallée a enseigné. L’auteur y montre comment, subjectivée par des poètes et romanciers aussi divers que Bernardin de Saint-Pierre dans Voyage à l’île de France, par Alexandre Dumas dans Georges, par Baudelaire dans A une dame créole, par Joseph Conrad dans A smile of Fortune, par Edouard Maunick, Carl de Souza, Bertrand de Robillard, Shenaz Patel et, bien sûr, par JMG Le Clezio et Malcolm de Chazal, l’île n’est pas l’île physique des géographes ni l’île humaine des sociologues, ni celle des historiens, mais une autre île, un espace romanesque, fictionnel, une « re-présentation ».

L’imaginaire littéraire de l’île Maurice est plus réel que l’île elle-même : l’île Maurice des écrivains n’est pas une carte postale au sens où Jacques Derrida parlait du cadre de la représentation. L’espace romanesque est un espace intérieur…

Comme l’écrit Malcolm de Chazal, l’écrivain recrée la carte de l’île.

L’ouvrage se lit facilement, se feuillette. Sa construction permet le va-et-vient, l’aller-retour, la relecture non linéaire. Qu’on se le dise, il existe encore en France de vrais philosophes doublés d’authentiques pédagogues ! Ce sont ces philosophes-là qui nous sont utiles. Christophe Vallée en est. Ouvrage à recommander en particulier aux lycéens, aux étudiants, et en général à tout esprit souhaitant « philosopher » sur l’homme, sur sa condition, sur sa relation à l’autre et au monde, sur sa créativité essentielle, sur sa capacité à inventer un sens aux choses, sans pour autant se casser la tête dans les méandres de pensées amphigouriques.

 

Patryck Froissart

 


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A propos de l'écrivain

Christophe Vallée

 

Christophe Vallée a été élu à l’unanimité des membres des jurys, plus jeune Docteur de France en Sorbonne en philosophie à l’âge de 23 ans sous la direction de Jean-Toussaint Desanti, et a été Lauréat de la Fondation de la vocation, promotion Yves Coppens, Collège de France. Il a enseigné au Collège international de philosophie à l’invitation de Jacques Derrida puis a vécu dans l’archipel des Comores, à Mayotte, à l’Île de la Réunion, à l’Île Maurice, en Hongrie avec des missions à Madagascar, en Inde, en Afrique du Sud, au Danemark, en République tchèque… Docteur d’université, il est actuellement professeur Agrégé de Philosophie dans l’enseignement supérieur en Île-de-France. Depuis une quinzaine d’années, il alterne les livres, romans, essais, dont une préface commune avec Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de Littérature, les articles, les conférences de philosophie et de littérature en Afrique, dans l’Océan Indien, en Europe centrale et orientale, dans les Instituts Français à l’étranger, en Université en France. Son dernier roman, L’amante interdite, publié aux éditions iPagination en 2014, a été préfacé par Ananda Devi.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littératures française, indienne, arabe, africaine, créole, étrangère en général

Genres : romans, poésie, éssais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Zulma, Actes Sud, JC Lattès

 

Patryck Froissart, originaire du Borinage, à la frontière franco-belge, a enseigné dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l'Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur de l'Education Nationale puis proviseur, et de diriger à ce titre divers établissements à La Réunion et à Maurice.

Professeur de Lettres, il a publié: en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en 2012, La Mystification, un conte fantastique (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions) pour lequel lui a été décerné le Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF.

Il est co-auteur de Fantômes (2012) et de La dernière vague (2012), ouvrages publiés par Ipagination Editions.

Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix.

Actuellement conseiller en poésie et directeur de publication pour les Editions Ipagination, rédacteur de chroniques littéraires, Patryck Froissart est engagé dans diverses actions en faveur de la Francophonie.

Membre de la SGDL (Société des Gens de Lettres), et de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France), Patryck Froissart est également membre du jury du Prix Jean Fanchette, que préside JMG Le Clézio.