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Critiques

L’Art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière

Ecrit par Romain Vénier , le Mercredi, 24 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

L’Art presque perdu de ne rien faire, septembre 2014, 432 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Dany Laferrière Edition: Grasset

 

Dans L’Art presque perdu de ne rien faire, on prend son temps et c’est très agréable. Dany Laferrière vous convie à un de ces voyages dont il a le secret, guidant le lecteur à pas modéré par ses sentiers favoris, comme on converse après un bon repas avec un ami proche pour le reste de l’après-midi. Son ouvrage, essai, journal, récit tout à la fois, se déploie par petites touches. Il est composé de brèves réflexions libres qui tiennent essentiellement de la critique littéraire, de la pensée philosophique, de la poésie, de l’évocation autobiographique ou d’instants de la vie quotidienne.

De « ne rien faire », il n’est vraiment pas question dans le livre de Laferrière. Tout au contraire, l’art de l’écrivain consiste à explorer ces petites et grandes choses qui se cachent derrière ce « rien », et elles sont nombreuses. Au gré de ses lectures et rencontres, d’anecdotes, il évoque tous les sujets qui lui traversent l’esprit : la guerre, le temps, l’enfance, ses amitiés, ses auteurs de prédilection, son rapport au monde et à ce qui s’y passe. Par la forme comme pour le fond, L’Art presque perdu de ne rien faire est proche de son précédent livre, Journal d’un écrivain en pyjama.

Un tango en bord de mer, Philippe Besson

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 24 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, La rentrée littéraire, Julliard, Théâtre

Un tango en bord de mer, Théâtre, éd. Julliard, septembre 2014, 76 pages, 9 € . Ecrivain(s): Philippe Besson Edition: Julliard

 

 

Un huis clos romantique dont la sensualité & la violence du dialogue ouvrent par la parole échangée la scénographie d’un véritable « tango en bord de mer ».

Un tango sur la scène du théâtre, confrontation & joutes verbales, une rencontre ambivalente de deux ex-amants dont l’amour passionné, en partage quelques années auparavant, s’est cristallisé en ressentis amers ou ressentiments / rancœurs ravivés par des retrouvailles imprévues, nostalgie…

Une danse sensuelle & provocante, dont il semble parfois que la tension du dialogue va rompre les amarres de l’oubli, pour chavirer les digues où s’est retranché le désir de continuer de vivre & d’aimer en tentant de refermer les blessures amoureuses.

Yvonne, l’enfant château, Delphine Vaute

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 24 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, Jeunesse

Yvonne, l’enfant château, Delphine Vaute, éditions Vide Cocagne, septembre 2014, 80 pages, 16 € . Ecrivain(s): Delphine Vaute

 

Dans une ambiance presque proustienne, se dévoilent des enfants et leurs expériences lors d’un été à la campagne : une petite fille isolée qui rêve, un garçon qui prend des photos, un autre garçon qui allait devenir un ours. Les uns et les autres pratiquent la collection : animaux morts, photos d’animaux morts ; la chasse au Dahu, à la mouche ou au lapin ; la solitude et la tristesse ; l’incompréhension face au monde des adultes.

« Après le repas de midi j’aimais bien m’asseoir devant la maison au soleil.

Je rêvais qu’un cheval débarquait au triple galop dans la cour.

Un cheval indomptable que seule ma petite personne arrivait à maîtriser.

Je n’utilisais même pas cette magnifique monture pour m’enfuir

vers d’autres contrées où je pourrais vivre

de fabuleuses aventures comme dans les livres ».

La Dame de pique, Pouchkine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La Dame de pique, traduit du russe par André Gide, août 2014, 112 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Pouchkine Edition: Folio (Gallimard)

 

La Dame de pique, célèbre nouvelle d’Alexandre Pouchkine publiée en 1834, est peut-être, tout comme son roman en vers, Eugène Onéguine, ou sa tragédie, Boris Godounov (1), moins connue des lecteurs que des mélomanes, le magnifique opéra qu’elle inspira à Tchaïkovski en 1890 se donnant toujours régulièrement sur les scènes occidentales. Dostoïevski y voyait à juste titre un sommet de l’art fantastique et on peut rapprocher cette nouvelle de La Venus d’Ille (2) de Prosper Mérimée parue en 1837 peu après la mort de Pouchkine.

Les deux auteurs se vouaient une admiration réciproque et c’est Mérimée qui le premier traduisit en français La Dame de pique en 1849. Elle fut ensuite l’objet de nombreuses traductions, la plus renommée restant celle d’André Gide en 1935 que reprend fort opportunément cette nouvelle édition. Une édition scolaire certes destinée aux élèves de collège, auxquels elle propose le texte intégral et des pistes pour rendre compte de leur lecture, mais qui intéressera certainement un public beaucoup plus vaste. Car le consistant dossier établi par Sylvie Howlett, enseignante en lettres et traductrice, enrichit considérablement l’appréhension de cette œuvre en la mettant largement en perspectives et en nous faisant pénétrer au cœur-même de la littérature.

L’art de rendre les femmes fidèles, Aurélien Scholl

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Mille et une nuits

L’art de rendre les femmes fidèles, août 2014, 56 pages, 2,50 € . Ecrivain(s): Aurélien Scholl Edition: Mille et une nuits

 

Mission impossible !

Les éditions Mille et une nuits publient un court opus d’un auteur tellement oublié que je croyais que c’était un débutant. Or il est mort depuis 1902.

Aurélien Scholl appartient à cette catégorie des chroniqueurs étincelants qui apparurent avec l’essor de la presse à grand tirage au 19è siècle.

L’art de rendre les femmes fidèles se lit facilement et la misogynie (feinte ou réelle) de l’auteur amuse, même si certains propos datent un peu. Toutes les femmes lui semblent infidèles mais il n’y a rien à faire pour y remédier car « l’homme et tous les autres singes ne sont pas faits pour vivre seuls ».

Et la conclusion à laquelle il parvient mérite un détour. Seul un mari peut rendre sa femme fidèle : en étant jaloux, ombrageux, grossier et brutal. « A ces conditions, sa femme sera fidèle… à son amant ! »